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Bac 2026
Philosophie (générale) – Amérique du Nord 2026 : correction détaillée
Philosophie · 4 heures · coefficient 8 · un sujet au choix parmi trois (deux dissertations, une explication de texte de Freud)
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Sujet 1 : « La science doit-elle être utile ? »20 points
Dissertation. Le candidat traite un seul des trois sujets. « Doit-elle » interroge une obligation : la science a-t-elle pour devoir ou pour finalité d'être utile ? Il faut distinguer science (recherche de vérité) et technique, utilité pratique, utilité sociale ou morale.
1La science doit-elle être utile ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction
À retenir Définir la science (connaissance rationnelle et méthodique du réel, qui vise des vérités universelles), l'utilité (ce qui sert à satisfaire un besoin, un intérêt, un bien), le devoir (obligation morale ou finalité attendue). Distinguer science pure/fondamentale et science appliquée.
- Définitions : la science cherche à connaître ; l'utilité est une valeur relative à des fins (besoins, bien-être, progrès). Le « devoir » peut être moral (la science doit servir l'humanité), social (elle est financée par la collectivité) ou épistémique (la vérité seule).
- Problématique : la valeur de la science tient-elle à ce qu'elle sert, ou à ce qu'elle vise la vérité pour elle-même ? Peut-on attendre d'elle de l'utilité sans la dénaturer ?
- Partie 1 : oui, la science doit être utile. Bacon : « savoir, c'est pouvoir » ; la science doit améliorer la condition humaine. Descartes, Discours de la méthode VI : la science doit nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Les enjeux de santé, d'alimentation, d'énergie justifient les financements publics. Une science indifférente à ses effets est irresponsable (Rabelais : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme »).
- Partie 2 : non, elle ne doit pas l'être par principe. La science naît de la curiosité : Aristote, Métaphysique A, les hommes ont commencé à philosopher « par l'étonnement », sans besoin utilitaire. La science fondamentale (mathématiques pures, astronomie) a produit des résultats utiles longtemps après, de façon imprévisible. Exiger une utilité immédiate dénature la recherche : la science risquerait d'être réduite à un simple instrument (Husserl, La Crise des sciences européennes ; Heidegger, La Question de la technique). Aristote, Métaphysique A, 2, précise que la science « libre » est celle qui est recherchée pour elle-même et non en vue d'un usage. Le critère d'utilité ne dit pas ce qui est vrai.
- Partie 3 : dépassement. La science vise d'abord la vérité, mais ne peut ignorer ses conséquences : l'utilité est un effet souhaitable, non un critère de la vérité scientifique. Le « devoir » est alors éthique et politique : orienter les applications (Jonas, responsabilité ; Weber, Le savant et le politique : la science ne dit pas ce qu'il faut faire). L'utilité peut être aussi intellectuelle et culturelle : former l'esprit critique, élargir la compréhension du monde.
- Conclusion : la science n'a pas à être utile pour être science ; mais la société attend d'elle qu'elle serve, et les scientifiques sont responsables de leurs applications. Le devoir d'utilité est une exigence éthique extérieure, non une condition interne.
RéponsePlan proposé : I. La science doit être utile : savoir pour pouvoir (Bacon, Descartes), service de la société. II. Mais elle vise d'abord la vérité et l'utilité ne peut être son critère (Aristote, recherche fondamentale). III. L'utilité est une exigence éthique et politique sur les applications, non une norme de la vérité (Jonas, Weber). Rédaction possible de l'introduction : « Depuis Bacon, on répète que savoir, c'est pouvoir : les sociétés financent la recherche parce qu'elles en attendent des médicaments, de l'énergie, des techniques. Pourtant le savant qui observe et calcule cherche d'abord à comprendre, et bien des découvertes fécondes sont nées d'une curiosité sans application prévue. La science, connaissance rationnelle et méthodique qui vise des vérités universelles, doit-elle pour autant être utile, c'est-à-dire servir des besoins ou des fins qui lui sont extérieures ? Le verbe « devoir » suppose une obligation, morale, sociale, ou tenant à la nature même de la science. Nous verrons d'abord ce qui justifie d'exiger de la science qu'elle serve l'humanité, puis ce que l'on risque à lui subordonner la recherche, avant de distinguer la valeur de vérité de la science et la responsabilité qui s'attache à ses usages. »
Vérification Références : « savoir, c'est pouvoir » (Bacon, Novum Organum, I, 3 : « savoir et pouvoir humains coïncident »), « maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes, Discours de la méthode, VI), « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » (Rabelais, Pantagruel, ch. VIII), Aristote (Métaphysique A, 2), Weber (Le savant et le politique), Jonas (Le Principe responsabilité) : formules et titres exacts. Chez Bacon, le texte latin est « Scientia et potentia humana in idem coincidunt » ; « savoir, c'est pouvoir » en est la forme courante.
Piège Confondre science et technique ; réduire l'utilité à l'utilité matérielle ; ne pas traiter le mot « doit ».
Exercice 2 : Sujet 2 : « L'artiste sait-il ce qu'il fait ? »20 points
Dissertation. L'artiste agit-il avec conscience et maîtrise (technique, intention) ou est-il porté par l'inspiration, l'inconscient, un génie qui le dépasse ? « Sait-il » : connaissance de ses moyens, de son but, du sens de son œuvre.
2L'artiste sait-il ce qu'il fait ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction
À retenir Distinguer savoir technique (moyens), intention (but) et sens de l'œuvre (que l'œuvre peut dépasser). Mettre en regard art comme technè (savoir-faire) et inspiration.
- Définitions : l'artiste est celui qui produit des œuvres ; « savoir ce qu'il fait » : connaître ses moyens, son projet, la signification de ce qu'il crée.
- Problématique : l'œuvre est-elle le produit d'un savoir maîtrisé, ou naît-elle d'une inspiration qui échappe à la conscience de l'artiste ? Et le sens de l'œuvre est-il celui voulu par l'artiste ?
- Partie 1 : oui. L'art comme technè : savoir-faire acquis, règles, métier (Aristote, l'art est une disposition à produire accompagnée de règle vraie). Le classicisme (Boileau) ; Valéry, Poésie et pensée abstraite : le poète connaît la fabrication ; Poe, La Genèse d'un poème : construction rationnelle du poème « Le Corbeau ». L'artiste choisit, corrige, compose.
- Partie 2 : non. Platon, Ion : le poète est « chose légère, ailée et sacrée » : il compose sous l'inspiration divine sans savoir ce qu'il dit. Kant, Critique de la faculté de juger : le génie est un don naturel qui donne des règles à l'art, et il ne sait pas lui-même comment il produit ses idées. La psychanalyse (Freud, sublimation) : l'inconscient agit dans la création. L'œuvre dépasse l'intention : l'auteur n'en voit pas toutes les significations, que les interprétations révèlent (Valéry, Au sujet du Cimetière marin : « Mes vers ont le sens qu'on leur prête »).
- Partie 3 : dépassement. L'artiste sait ce qu'il fait au niveau de la technique, mais le sens et la valeur de l'œuvre se jouent aussi dans la réception et dans l'inconscient. Le savoir artistique est un savoir pratique, un tâtonnement, qui ne se réduit pas à un concept (Kant) ; l'œuvre se découvre en se faisant : l'artiste trouve sa forme au cours du travail plus qu'il ne l'applique d'avance.
- Conclusion : l'artiste maîtrise ses moyens mais pas entièrement le sens et la portée de son œuvre : il sait ce qu'il fait, sans tout savoir de ce qu'il fait.
RéponsePlan proposé : I. L'artiste sait : métier, technique, composition (Aristote, Poe, Valéry). II. Il ne sait pas tout : inspiration, génie, inconscient, sens qui le dépasse (Platon, Kant, Freud). III. Un savoir pratique et en acte : l'artiste sait faire, non toujours dire. Rédaction possible de l'introduction : « Le romantisme a fait de l'artiste un inspiré, possédé par une force qu'il ne contrôle pas ; le classicisme, au contraire, y voyait un artisan lucide, maître de ses règles. Entre ces deux images, savoir ce qu'il fait suppose de connaître ses moyens (la technique), son but (le projet) et la signification de ce qu'il produit (le sens de l'œuvre). L'artiste, celui qui produit des œuvres belles, sait-il donc vraiment ce qu'il fait, ou crée-t-il sans pouvoir rendre compte de ce qui naît sous sa main ? Nous examinerons d'abord ce qui fonde l'idée d'une maîtrise consciente, puis ce qui lui échappe (inspiration, inconscient, sens de l'œuvre), avant de distinguer le savoir-faire, que l'artiste possède, du savoir du sens, qu'il ne détient pas seul. »
Vérification Références : Aristote (Éthique à Nicomaque, VI, 4 : l'art est « une disposition accompagnée de règle vraie à produire »), Platon (Ion, 534b : « chose légère, ailée et sacrée »), Kant (Critique de la faculté de juger, §46-47 : le génie est le talent qui donne ses règles à l'art, et il ne sait pas comment ses idées lui viennent), Poe (La Genèse d'un poème), Valéry (« Mes vers ont le sens qu'on leur prête »).
Piège Confondre artiste et artisan ; oublier le sens de l'œuvre (distinct de la technique) ; faire un simple catalogue de théories.
Exercice 3 : Sujet 3 : explication du texte de Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion (1927)20 points
Texte : Freud affirme que les idées religieuses « ne sont pas le résidu de l'expérience, ni le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l'humanité ». Il explique ce désir par la détresse infantile et le besoin de protection par un père.
3Expliquer le texte de Freud : structure, idée principale, problème, explication détaillée, portée.Touche pour voir la correction
À retenir Une explication suit le mouvement du texte : thèse, étapes, concepts (illusion, dogme, détresse, désir, Providence), puis intérêt et limites. Ne pas paraphraser.
- Thèse : les idées religieuses ne tirent pas leur force de la raison ni de l'expérience, mais du désir : ce sont des « illusions ». « Le secret de leur force est la force de ces désirs ».
- Premier mouvement (début jusqu'à « force de ces désirs ») : Freud écarte deux origines possibles du dogme (l'expérience, la réflexion) et affirme une origine affective. Un dogme est « affirmation indiscutable » (note du sujet) : l'ironie est que ce qui se donne comme indiscutable repose sur des désirs.
- Deuxième mouvement (« Nous le savons déjà… ») : explication génétique. La « détresse infantile » éveille le « besoin d'être protégé – protégé en étant aimé » ; le père y satisfait. Adulte, l'homme reste exposé : il se « cramponne » à un père « plus puissant ». Dieu est donc un père agrandi. Freud applique la psychanalyse à l'histoire de l'humanité.
- Troisième mouvement : les trois fonctions consolatrices. La Providence apaise l'angoisse devant les dangers ; l'ordre moral de l'univers garantit la justice absente des sociétés ; la vie future donne « les cadres de temps et de lieu » où les désirs se réaliseront. Les réponses aux énigmes (origine du monde, rapport corps/esprit) découlent des « prémisses du système religieux » : le désir commande la connaissance.
- Concept d'illusion : chez Freud, une illusion n'est pas nécessairement fausse (elle se distingue de l'erreur et du délire) : elle est une croyance dont la motivation principale est le désir. Ce n'est pas dire que Dieu n'existe pas, mais que la croyance n'est pas fondée sur la preuve. Le texte ne développe pas cette distinction, qui vient de la suite de L'Avenir d'une illusion.
- Problème : d'où viennent les croyances religieuses et quelle est leur valeur de vérité ? Réponse du texte : psychologique plutôt que métaphysique ; la religion vient du besoin de protection et de consolation.
- Intérêt et discussion : le texte offre une explication de la religion par le désir, proche de Feuerbach (Dieu comme projection de l'homme) et de Marx (« opium du peuple »), mais il peut être critiqué : une origine psychologique ne prouve pas la fausseté de la croyance (« sophisme génétique ») ; la religion a aussi des dimensions morales, communautaires et spirituelles que le texte n'aborde pas. Freud reste dans une perspective rationaliste (confiance dans la science).
- Rédaction possible : « Dans ce passage de L'Avenir d'une illusion, Freud soutient que les idées religieuses n'ont pas leur source dans la raison mais dans les désirs les plus anciens de l'humanité. Comment expliquer qu'un système de croyances qui se donne comme indiscutable repose sur des désirs ? Freud répond en rapportant la religion à la détresse infantile et au besoin de protection par un père, avant de montrer les trois consolations qu'elle offre. »
RéponseLes idées religieuses sont des illusions : elles ne résultent ni de l'expérience ni de la réflexion, mais de désirs très anciens, nés de la détresse infantile et du besoin d'être protégé et aimé par un père, que l'adulte reporte sur une Providence divine. La religion consolide ainsi la protection (Providence), la justice (ordre moral) et la survie (vie future). Portée : explication psychologique de la religion, qui ne tranche pas par elle-même sur l'existence de Dieu.
Vérification Les citations proviennent du texte du sujet. Les rapprochements (Feuerbach, L'Essence du christianisme ; Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, « opium du peuple ») sont des mises en perspective. La distinction illusion/erreur est dans L'Avenir d'une illusion, ch. VI, après l'extrait : elle sert ici d'éclairage.
Piège Ne pas dire que Freud prouve que Dieu n'existe pas ; ne pas réduire illusion à erreur ; ne pas oublier que le texte explique la force des croyances, pas leur contenu.
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