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Bac 2026
Philosophie (générale) – Centres étrangers 2026 – Sujet 1 : correction détaillée
Philosophie · 4 heures · coefficient 8 · un sujet au choix parmi trois (deux dissertations, une explication de texte de Simone Weil)
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Sujet 1 : « Peut-on être certain d'avoir bien agi ? »20 points
Dissertation. « Certain » : exempt de tout doute. « Bien agi » : conformément au devoir, au bien, ou avec de bonnes conséquences ? Le sujet interroge la possibilité d'un jugement sûr sur sa propre action.
1Peut-on être certain d'avoir bien agi ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction
À retenir Distinguer les critères du bien agir (intention, conformité au devoir, conséquences) et examiner si chacun peut être connu avec certitude.
- Définitions : agir bien : agir conformément à la morale (le devoir), à une fin bonne, ou avec de bonnes conséquences ; certitude : assurance subjective du sujet, ou vérité établie.
- Problématique : le jugement moral porté sur son action peut-il être certain, malgré l'ignorance des conséquences, les motifs cachés et la diversité des critères ?
- Partie 1 : oui, par la conscience morale. Rousseau, Émile (Profession de foi du vicaire savoyard) : la conscience est un « instinct divin » qui juge infailliblement du bien et du mal. Kant : la loi morale est connue de tout homme par sa raison (Critique de la raison pratique) ; on peut donc savoir si l'on a respecté l'impératif catégorique et, si l'on agit par devoir, on peut savoir qu'on a bien agi.
- Partie 2 : non. Kant lui-même, dans la Fondation de la métaphysique des mœurs, reconnaît qu'on ne peut jamais être sûr qu'une action ait eu pour seul motif le devoir et non l'amour-propre. Freud : les motifs sont inconscients ; le sentiment de culpabilité, produit par le surmoi, peut être inconscient et sans rapport avec la faute réelle (Le Malaise dans la civilisation). Les conséquences échappent : on ne maîtrise pas les effets de l'action (Max Weber : éthique de la conviction et éthique de la responsabilité). Les valeurs divergent selon les cultures et les théories morales (Nietzsche).
- Partie 3 : dépassement. On ne peut avoir de certitude absolue, mais une assurance raisonnable : délibération, examen des conséquences, avis d'autrui (Aristote : la prudence, phronesis, choix du juste milieu ; Ricœur, la sollicitude et le jugement en situation). Le doute moral lui-même est signe de vigilance et de responsabilité (Jankélévitch, Jonas). Une certitude absolue serait même dangereuse (fanatisme).
- Conclusion : la certitude d'avoir bien agi est hors d'atteinte stricte, mais l'incertitude est la condition d'une moralité responsable : on agit au mieux, en assumant le risque.
RéponsePlan proposé : I. Oui : conscience et loi morale rendent possible un jugement sûr (Rousseau, Kant). II. Non : motifs obscurs, conséquences imprévisibles, pluralité des valeurs (Kant lui-même, Freud, Weber). III. Une assurance raisonnable, jamais absolue : la prudence et la responsabilité (Aristote, Jonas). Rédaction possible de l'introduction : « Après une décision difficile, on se demande souvent si l'on a fait ce qu'il fallait : avons-nous été justes, n'avons-nous pas blessé quelqu'un, ne s'est-il pas glissé un intérêt caché dans nos meilleures intentions ? Bien agir peut s'entendre comme agir conformément au devoir, selon une intention droite ou avec de bonnes conséquences, et la certitude suppose un jugement qui exclut tout doute raisonnable. Peut-on donc être certain d'avoir bien agi ? Nous verrons d'abord que la conscience morale et la raison nous offrent un critère qui se veut sûr, puis que nos motifs et les conséquences de nos actes nous échappent, avant de montrer que l'incertitude, loin de ruiner la morale, est la condition d'une responsabilité vigilante. »
Vérification Références : Rousseau (Émile, IV, Profession de foi : « Conscience ! instinct divin »), Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, section II : on ne peut jamais s'assurer par l'expérience qu'une action n'a pas eu l'amour-propre pour motif secret), Weber (Le savant et le politique : éthique de conviction / de responsabilité), Aristote (Éthique à Nicomaque, VI : phronèsis), Jonas (Le Principe responsabilité).
Piège Confondre certitude et bonne conscience ; ne pas distinguer intention et conséquences ; ne pas conclure sur un relativisme paresseux.
Exercice 2 : Sujet 2 : « La nature a-t-elle besoin de nous ? »20 points
Dissertation. Le sujet renverse la question habituelle (avons-nous besoin de la nature ?). « Besoin » : dépendance, manque. La nature existait avant l'homme : a-t-elle besoin de notre intervention, de notre protection, de notre regard ?
2La nature a-t-elle besoin de nous ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction
À retenir Distinguer nature (ce qui existe par soi, indépendamment de l'homme) et environnement (milieu de vie) ; distinguer besoin vital, besoin de protection, besoin de sens.
- Définitions : la nature, ensemble des êtres et phénomènes qui existent et se produisent sans l'intervention humaine, ou sens large incluant l'homme ; besoin : manque que doit combler un moyen.
- Problématique : la nature est-elle autosuffisante, ou, du fait de nos actions, est-elle devenue dépendante de notre protection ? Et peut-elle avoir besoin de nous pour être connue et valorisée ?
- Partie 1 : non, la nature n'a pas besoin de nous. Elle existait avant l'homme et lui survivra ; c'est l'homme qui est dépendant (Spinoza, Éthique, III, préface : l'homme n'est pas « un empire dans un empire », il est une partie de la nature, qui obéit à ses propres lois). Les équilibres naturels se régulent d'eux-mêmes ; les extinctions sont aussi un fait de nature. L'idée que la nature nous attend est anthropocentrique.
- Partie 2 : en un sens, oui. Nous avons transformé la nature au point qu'elle dépend de notre responsabilité : Jonas (Le Principe responsabilité) : la puissance technique fait de la nature quelque chose de confié à notre garde ; Anthropocène, climat, biodiversité. Pour certains espaces, la préservation exige l'action humaine. De plus, la nature a une valeur pour une conscience : la beauté ou la connaissance de la nature n'existent que pour l'homme (Kant, le beau naturel suppose un sujet).
- Partie 3 : dépassement. La nature n'a pas besoin de nous comme être, mais les êtres vivants et les écosystèmes que nous menaçons ont besoin que nous cessions de leur nuire ; l'homme est lui-même nature, solidaire des équilibres. Le « besoin » est alors le nôtre : de la nature et de rapports justes avec elle. Éthique environnementale (Naess, écologie profonde ; Leopold). Serres : le contrat naturel.
- Conclusion : la nature n'a pas besoin de nous pour exister, mais elle a besoin que nous limitions notre emprise ; le besoin se retourne : nous avons besoin d'elle.
RéponsePlan proposé : I. Non : la nature existe sans nous et nous précède (Spinoza). II. Oui, à certains égards : nous l'avons transformée, elle dépend de notre responsabilité (Jonas, Anthropocène). III. Un besoin qui se retourne : ce que nous protégeons, c'est notre propre condition (Serres, contrat naturel). Rédaction possible de l'introduction : « On dit volontiers que l'homme a besoin de la nature : pour se nourrir, se loger, respirer. La proposition inverse surprend : la nature, c'est-à-dire l'ensemble des êtres et des phénomènes qui existent et se produisent sans l'homme, pourrait-elle avoir besoin de lui ? Le mot « besoin » désigne un manque que quelque chose d'extérieur doit combler, et il convient mal à une nature qui existait avant nous. Mais notre puissance technique a désormais des effets planétaires. La nature a-t-elle donc besoin de nous, pour se maintenir, pour être protégée ou pour être connue et admirée ? Nous verrons d'abord qu'elle se passe de nous, puis que notre pouvoir nous en a rendus responsables, avant de comprendre que le besoin se retourne : c'est de notre propre condition qu'il s'agit. »
Vérification Références : Spinoza (Éthique, III, préface), Jonas (Le Principe responsabilité, 1979), Kant (Critique de la faculté de juger : le beau naturel suppose un sujet qui juge), Naess (écologie profonde, 1973), Leopold (Almanach d'un comté des sables, éthique de la terre), Serres (Le Contrat naturel, 1990).
Piège Entendre la nature comme une personne qui aurait des besoins (anthropomorphisme) ; ne pas définir la nature ; faire un exposé écologique sans philosophie.
Exercice 3 : Sujet 3 : explication du texte de Simone Weil, La condition ouvrière (1951)20 points
Weil affirme qu'il y a dans le travail d'exécution « un élément irréductible de servitude » que même « une parfaite équité sociale n'effacerait pas » : le travail est gouverné par la nécessité, non par la finalité. L'effort n'a d'autre source que le désir, or on ne désire pas ce qu'on a ; d'où l'écœurement.
3Expliquer le texte de Simone Weil : thèse, structure, concepts, enjeu.Touche pour voir la correction
À retenir Weil distingue nécessité et finalité, effort et désir. Le travail d'exécution ne mène à aucun bien nouveau, mais seulement à la conservation de ce qu'on a ; le désir, tourné vers ce qui manque, s'y épuise.
- Thèse : le travail d'exécution comporte une servitude intrinsèque, indépendante de la justice sociale, parce qu'il est dicté par la nécessité et non par la poursuite d'un bien.
- Premier mouvement (jusqu'à « on perdrait ce qu'on a ») : définition du travail proprement dit. Il est « gouverné par la nécessité, non par la finalité » : on l'exécute « à cause d'un besoin, non en vue d'un bien ». On travaille « parce qu'on a besoin de gagner sa vie ». Au terme, « on n'aura pas autre chose que ce qu'on a » : l'effort ne fait qu'éviter une perte.
- Deuxième mouvement (« Mais, dans la nature humaine… ») : l'argument psychologique. L'effort n'a « pas pour l'effort d'autre source d'énergie que le désir ». Or « il n'appartient pas à l'homme de désirer ce qu'il a ». Le désir est « un commencement de mouvement vers quelque chose », « vers un point où on n'est pas ». Si le mouvement revient à son point de départ, on est comme « un écureuil dans une cage », « un condamné dans une cellule ».
- Troisième mouvement (dernier paragraphe) : conséquence. « Tourner toujours produit vite l'écœurement » : lassitude et dégoût sont « la grande tentation de ceux qui travaillent », surtout dans des conditions inhumaines, et « parfois cette tentation mord davantage les meilleurs » : ceux qui désirent et sentent davantage souffrent plus de l'absence de but.
- Concepts : nécessité (ce qui contraint) et finalité (ce vers quoi l'on tend librement) ; servitude ; désir comme manque (idée d'origine platonicienne : on ne désire que ce qu'on n'a pas) ; écœurement. Le terme « irréductible » signifie qu'il ne s'agit pas d'une question de salaire ou de justice.
- Problème : le travail peut-il avoir un sens et être libérateur ? Weil répond que le travail d'exécution, tel quel, est nécessité sans bien : une réforme sociale (équité) ne suffit pas. Ailleurs, elle propose de donner au travail un sens (spiritualité du travail), mais ce n'est pas dans ce passage.
- Discussion : texte pessimiste mais lucide ; on pourrait objecter que le travail peut aussi être source d'accomplissement (Hegel : le travail forme l'esclave), de reconnaissance sociale, de savoir-faire (Arendt, homo faber), ou que l'effort peut s'orienter vers un bien (œuvre). Weil elle-même a expérimenté la condition ouvrière en usine (1934-1935, chez Alsthom, Carnaud et Renault), ce qui donne au texte une valeur de témoignage.
- Rédaction possible : « Dans ce passage de La condition ouvrière, Simone Weil soutient que le travail d'exécution contient une servitude que la justice sociale n'effacerait pas. Pourquoi le travail est-il, en lui-même, source de servitude et d'écœurement ? Weil répond en opposant la nécessité à la finalité, puis en montrant que le désir, tourné vers ce qui manque, ne peut s'alimenter d'un effort qui ne conserve que ce que l'on a. »
RéponseLe travail d'exécution est gouverné par la nécessité (gagner sa vie), non par la finalité (un bien) ; l'effort n'y mène qu'à conserver ce qu'on a. Or l'énergie de l'effort vient du désir, et l'on ne désire pas ce que l'on a : le mouvement se referme sur lui-même (écureuil, condamné), d'où l'écœurement, tentation de ceux qui travaillent, parfois plus forte chez les meilleurs. La servitude du travail est irréductible : une parfaite justice sociale ne la supprime pas.
Vérification Citations relevées sur le texte du sujet. Repères biographiques (Weil ouvrière en usine, 1934-1935 ; La Condition ouvrière, Gallimard, 1951) et rapprochements avec Hegel (Phénoménologie de l'esprit, maîtrise et servitude) et Arendt (La Condition de l'homme moderne) sont des mises en perspective.
Piège Ne pas lire le texte comme une simple revendication sociale : Weil dit que la justice ne suffit pas. Ne pas oublier le rôle du désir dans l'argument. Ne pas confondre nécessité et finalité.
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