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Bac 2026

Philosophie (générale) – Antilles-Guyane 2026 : correction détaillée

Philosophie · 4 heures · coefficient 8 · un sujet au choix parmi trois (deux dissertations, une explication de texte d'Iris Murdoch)

Corrigé

Correction rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.

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Exercice 1 : Sujet 1 : « Revient-il principalement à l'État de lutter contre l'injustice ? »20 points

Dissertation. « Principalement » invite à hiérarchiser les acteurs : l'État, les citoyens, les associations, les institutions internationales. « Lutter contre l'injustice » : corriger les inégalités, protéger les droits, sanctionner.

1Revient-il principalement à l'État de lutter contre l'injustice ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction

À retenir Définir l'injustice (violation du droit ou de l'équité), l'État (pouvoir public qui détient le monopole de la contrainte légitime, Weber), et examiner le rôle des autres acteurs.

Démarche
  1. Définitions : l'injustice peut être légale (violation de la loi) ou morale (inégalité jugée inéquitable, y compris dans un cadre légal). L'État : institution détenant la contrainte légitime, garante du droit.
  2. Problématique : lutter contre l'injustice est-il un devoir principalement étatique, ou la responsabilité de chacun et de la société civile ? L'État est-il lui-même source d'injustice ?
  3. Partie 1 : oui. L'État est garant de la justice : Hobbes, Léviathan (sans pouvoir commun, pas de justice) ; Rousseau (loi, volonté générale) ; Rawls, Théorie de la justice : les institutions de base doivent assurer la justice (principes d'égale liberté et de différence). Lui seul a la force, le droit et les moyens (tribunaux, impôts, protection sociale).
  4. Partie 2 : mais l'État est insuffisant, voire injuste. Il peut être instrument de domination (Marx : l'État comme appareil de classe) ; il peut défaillir. Les citoyens, associations, mouvements luttent contre l'injustice : désobéissance civile (Thoreau, Rawls), lanceurs d'alerte, mouvement des droits civiques (Martin Luther King, Lettre de la prison de Birmingham). Arendt (Du mensonge à la violence, « La désobéissance civile ») : l'action concertée des citoyens est une source de pouvoir légitime. Dans l'Antigone de Sophocle, l'héroïne oppose les lois non écrites des dieux à l'édit de Créon.
  5. Partie 3 : dépassement. L'État est cadre et garant, mais la lutte contre l'injustice suppose un sens de la justice et une vigilance citoyenne : l'État ne peut agir sans l'exigence des citoyens. Il s'agit d'une responsabilité partagée où l'État a un rôle principal d'institutionnalisation, et les autres acteurs un rôle de critique et d'initiative. Ricœur : le sens de la justice, avec la visée « avec et pour les autres, dans des institutions justes ».
  6. Conclusion : l'État est le principal garant, par le droit et la force, mais il ne suffit pas ; les citoyens en sont l'aiguillon et le contrôle.

RéponsePlan proposé : I. L'État garant de la justice (Hobbes, Rousseau, Rawls). II. Ses limites : il peut être injuste ; la lutte vient aussi des citoyens (Marx, désobéissance civile, King). III. Responsabilité partagée : l'État institue, les citoyens l'exigent et le corrigent. Rédaction possible de l'introduction : « Face à une injustice, le réflexe est de se tourner vers l'État : c'est lui qui fait les lois, rend la justice, redistribue les richesses. Pourtant l'histoire montre des États auteurs ou complices d'injustices, et des combats menés par des citoyens ou des associations contre eux. L'injustice, que l'on peut entendre comme violation du droit ou comme inégalité jugée inéquitable, doit-elle donc être combattue principalement par l'État, titulaire de la contrainte légitime, ou par la société tout entière ? Le mot « principalement » invite à hiérarchiser les responsabilités plutôt qu'à les exclure. Nous verrons d'abord ce qui fait de l'État le garant naturel de la justice, puis les limites et les risques de ce monopole, avant de défendre une responsabilité partagée où l'État institue et où les citoyens exigent et corrigent. »

Vérification Références : Hobbes (Léviathan, ch. XIII et XV : sans pouvoir commun, pas de justice), Rousseau (Du contrat social), Rawls (Théorie de la justice, 1971 : deux principes de justice, institutions de base), Marx (l'État comme instrument de la classe dominante), Thoreau (La Désobéissance civile), King (Lettre de la prison de Birmingham, 1963), Ricœur (Soi-même comme un autre : « vivre bien, avec et pour les autres, dans des institutions justes »).

Piège Confondre justice légale et justice morale ; oublier « principalement » ; se limiter à un plaidoyer sans examiner l'État comme source d'injustice.

Exercice 2 : Sujet 2 : « Peut-on concevoir une humanité sans religion ? »20 points

Dissertation. « Concevoir » : penser, imaginer comme possible (et non constater). Il faut définir religion (croyance, rites, communauté, rapport au sacré) et distinguer les fonctions de la religion (explication, consolation, morale, lien social).

2Peut-on concevoir une humanité sans religion ? (dissertation : problématique, plan, définitions, introduction rédigée).Touche pour voir la correction

À retenir Distinguer la religion comme institution ou croyance, comme besoin anthropologique, et comme fonction (sens, lien social, consolation) ; examiner si ces fonctions peuvent être remplies autrement.

Démarche
  1. Définitions : religion (deux étymologies anciennes : religare, relier, chez Lactance ; relegere, relire, chez Cicéron) : ensemble de croyances et de pratiques rapportées à un sacré ou à une transcendance, qui lie les hommes entre eux ; « humanité » : l'espèce humaine et sa culture.
  2. Problématique : la religion est-elle un phénomène contingent de l'histoire que l'on pourrait dépasser, ou répond-elle à un besoin constitutif de l'homme ?
  3. Partie 1 : oui, on peut la concevoir. La religion serait un stade historique : Comte, loi des trois états (théologique, métaphysique, positif). Feuerbach, Marx (« opium du peuple »), Freud (L'Avenir d'une illusion) : elle est une illusion que la raison et la science peuvent dépasser. Les sociétés laïques, l'athéisme, la sécularisation montrent qu'on peut vivre sans croyance religieuse.
  4. Partie 2 : mais il est difficile de la concevoir. La question du sens, de la mort, du mal demeure (Kant : la raison est travaillée par des questions qu'elle ne peut résoudre, Préface de la Critique de la raison pure). Le sacré et les rites réapparaissent sous d'autres formes (religions séculières, nationalisme, culte du progrès). Durkheim : la religion exprime et renforce la société (Les formes élémentaires de la vie religieuse). Pascal, le « divertissement » comme fuite devant l'angoisse (Pensées : sans Dieu, l'homme fuit dans le divertissement le vide qu'il ressent).
  5. Partie 3 : dépassement. Distinguer religion instituée et dimension spirituelle/éthique. Une humanité sans religion instituée est pensable ; sans question du sens, du sacré et du lien, c'est plus difficile. Comte-Sponville (L'Esprit de l'athéisme) imagine une spiritualité sans Dieu. Kant : une « religion dans les limites de la simple raison ».
  6. Conclusion : on peut concevoir une humanité sans religion instituée, mais non sans les besoins auxquels elle répond ; la question est donc celle de leur prise en charge.

RéponsePlan proposé : I. Oui : la religion comme illusion ou stade historique dépassable (Comte, Feuerbach, Marx, Freud). II. Mais elle répond à des questions et besoins permanents (sens, mort, lien social ; Kant, Durkheim). III. Distinguer religion instituée et spiritualité : une humanité sans Église mais non sans sens. Rédaction possible de l'introduction : « Les sociétés modernes se sécularisent, et depuis Comte, bien des penseurs ont annoncé la fin des religions. Si l'on entend par religion un ensemble de croyances et de pratiques rapportées à un sacré et qui relie les hommes entre eux, peut-on pour autant concevoir, c'est-à-dire penser sans contradiction, une humanité qui en serait dépourvue ? La question ne porte pas sur l'existence de Dieu mais sur le caractère contingent ou nécessaire de la religion dans la condition humaine. Nous verrons d'abord ce qui rend cette idée pensable (la religion comme stade ou illusion dépassable), puis les besoins de sens, de lien et de consolation qui la rendent douteuse, avant de distinguer religion instituée et quête spirituelle. »

Vérification Références : Comte (Cours de philosophie positive, loi des trois états), Feuerbach (L'Essence du christianisme), Marx (« opium du peuple », Critique de la philosophie du droit de Hegel), Freud (L'Avenir d'une illusion), Kant (Préface de la 1re éd. de la Critique de la raison pure ; La Religion dans les limites de la simple raison), Durkheim (Les Formes élémentaires de la vie religieuse), Pascal (Pensées, divertissement), Comte-Sponville (L'Esprit de l'athéisme, 2006).

Piège Confondre religion et foi en Dieu ; confondre « peut-on le concevoir » et « est-ce souhaitable » ; faire un plaidoyer athée ou croyant sans argumentation.

Exercice 3 : Sujet 3 : explication du texte d'Iris Murdoch, La Souveraineté du bien (1970)20 points

Murdoch prend l'exemple de l'apprentissage du russe : cette « tâche difficile » nous confronte à « l'autorité d'une structure », à une réalité indépendante de nous. L'attention, l'honnêteté et l'humilité exigées préparent celles du savant. Étudier est « un exercice de la vertu tout autant que du talent ».

3Expliquer le texte d'Iris Murdoch : thèse, structure, concepts, enjeu.Touche pour voir la correction

À retenir Le texte lie connaissance et vertu : l'effort d'apprendre exige de l'attention et de l'humilité, qui détournent de l'ego vers le réel. Il faut suivre les étapes de l'exemple à la généralisation.

Démarche
  1. Thèse : étudier, c'est exercer une vertu autant qu'un talent, car la connaissance d'un objet réel exige de se détourner de soi pour lui obéir.
  2. Premier mouvement (de « Si je fais l'apprentissage… » à « rendre irréel ») : exemple du russe. La langue est une structure qui « commande mon respect », indépendante de moi ; le travail est « la révélation progressive de quelque chose qui existe indépendamment de moi ». L'attention est « récompensée par la connaissance d'une réalité ». L'amour de la langue me « détourne loin de moi-même » : on ne peut ni annexer, ni nier, ni rendre irréel cet objet.
  3. Deuxième mouvement (« L'honnêteté et l'humilité… ») : du cas de l'apprenant au savant. L'honnêteté (« ne pas avoir la prétention que l'on sait ce que l'on ne sait pas ») et l'humilité préparent celles du savant « qui n'est même pas effleuré par la tentation de taire un fait qui condamnerait sa théorie ». Les qualités morales sont condition de la connaissance.
  4. Troisième mouvement (« Il est, certes, toujours possible… ») : concession. La technè peut être mal utilisée, et le chercheur peut renoncer à une recherche dont les usages seraient pervers. Murdoch reconnaît le problème des applications mais le met à part (« si l'on fait exception de ces cas particuliers »).
  5. Conclusion : « le fait d'étudier est normalement un exercice de la vertu tout autant que du talent » : l'étude atteste l'une de ces « expériences fondamentales » où la vertu est « en étroite corrélation avec le monde réel ». La vertu n'est pas qu'intérieure : elle est une manière juste de se rapporter au réel.
  6. Concepts : attention (chez Murdoch, héritée de Simone Weil : regard juste qui s'efface devant l'objet) ; réalité (ce qui résiste à ma conscience) ; vertu (humilité, honnêteté) ; technè (art de faire).
  7. Enjeu : la connaissance n'est pas seulement une affaire d'intelligence, elle suppose une conversion de l'attention. Cela fait de l'éducation et de la science des lieux d'apprentissage moral. Discussion : cette thèse peut être critiquée (talent suffisant ? savants malhonnêtes ?) mais elle souligne que la science exige des vertus (probité intellectuelle).
  8. Rédaction possible : « Dans ce passage de La Souveraineté du bien, Iris Murdoch soutient que l'étude est autant un exercice de la vertu que du talent. En quoi apprendre une langue révèle-t-il un rapport moral au réel ? Murdoch répond que l'effort d'attention nous détourne de nous-mêmes et nous apprend l'honnêteté et l'humilité, qualités que l'on retrouve chez le savant. »

RéponseÉtudier met en rapport avec une réalité indépendante de nous (la langue, les faits) et exige attention, honnêteté et humilité : qualités morales qui préparent celles du savant. L'étude est donc un exercice de vertu autant que de talent, la vertu étant « en étroite corrélation avec le monde réel ». La concession sur le mauvais usage de la technè n'altère pas la thèse.

Vérification Les citations proviennent du texte du sujet. Le rapprochement avec Simone Weil (l'attention comme forme de la générosité) est une mise en perspective : Murdoch s'en réclame dans La Souveraineté du bien. Le titre original est The Sovereignty of Good (1970).

Piège Ne pas réduire le texte à un éloge de l'apprentissage des langues ; ne pas oublier la concession sur la technè ; ne pas conclure que le talent est inutile.

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