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Bac 2026
Français (voie générale) – Amérique du Nord 2026 : correction détaillée
Épreuve anticipée de français · 4 h · coefficient 5 · commentaire ou dissertation (20 points)
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Commentaire : Leconte de Lisle, Poèmes barbares (1862), « Le Cœur de Hialmar »20 points
Objet d'étude : la poésie du XIXe au XXIe siècle. Poème de neuf quatrains d'alexandrins à rimes croisées (36 vers, numérotés de 5 en 5) : après une bataille, un guerrier mourant parle à un corbeau et lui confie son cœur pour sa fiancée. Le sujet est à traiter au choix avec l'une des dissertations (Prévost, Balzac ou Colette).
C1Lire le poème : quelle est sa forme, qui parle, et quels sont ses mouvements ?Touche pour voir la correction
À retenir Avant de commenter un poème, on établit trois repères : la forme (vers, strophes, rimes), l'énonciation (qui parle, à qui) et la progression (mouvements). Ces repères fournissent les axes du commentaire.
- Forme : neuf quatrains d'alexandrins à rimes croisées (ABAB), avec alternance de rimes féminines et masculines (« rouge » / « tombeaux » / « bouge » / « corbeaux », vers 1 à 4). Les vers sont numérotés de 5 en 5 : 36 vers au total.
- Énonciation : aux vers 1 à 8, un narrateur extérieur décrit la scène à la troisième personne (« Hialmar se soulève entre les morts sanglants », v. 6). À partir du vers 9, un tiret ouvre le discours direct de Hialmar (« — Holà ! Quelqu'un a-t-il encore un peu d'haleine ») ; le narrateur ne reprend jamais la parole : le poème s'achève sur la voix du héros.
- Premier mouvement (v. 1-8, strophes 1 et 2) : le décor nocturne du champ de bataille jonché de morts, puis l'apparition de Hialmar, seul vivant.
- Deuxième mouvement (v. 9-16, strophes 3 et 4) : l'appel aux compagnons restés sans réponse (« Tous sont muets »), le constat de la fin du combat et de sa propre agonie.
- Troisième mouvement (v. 17-32, strophes 5 à 8) : l'adresse au corbeau et la mission confiée : porter le cœur de Hialmar à sa fiancée, dans la tour d'Upsal ; portrait de la jeune femme et message d'amour.
- Quatrième mouvement (v. 33-36, strophe 9) : la dernière strophe, de l'agonie à l'élévation : « Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil ! »
- Ces mouvements se regroupent en trois axes de commentaire : un tableau épique et macabre (v. 1-8 et 13-16), la parole d'un héros qui défie la mort (v. 9-32), la transfiguration finale (v. 33-36).
RéponsePoème de neuf quatrains d'alexandrins à rimes croisées, en deux voix (un narrateur v. 1-8, puis Hialmar jusqu'au bout) et en trois temps : décor funèbre, parole héroïque adressée au corbeau, élévation finale parmi les Dieux.
Vérification Le poème compte 36 vers en 9 quatrains ; le discours de Hialmar commence au v. 9.
Piège Ne pas parler de sonnet ni d'octosyllabes : ce sont des alexandrins en quatrains. Ne pas attribuer les huit premiers vers à Hialmar : ils sont dits par un narrateur extérieur.
C2Quels procédés, avec citations, montrent (I) un tableau épique et macabre, (II) la parole d'un héros qui défie la mort, (III) la transfiguration finale ?Touche pour voir la correction
À retenir Pour chaque axe, on associe un procédé, une citation précise (avec le numéro de vers) et son effet. On cite brièvement et on interprète toujours.
- Axe I, le tableau (v. 1-8). Phrases courtes, nominales et juxtaposées : « Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge » (v. 1) : le rouge du sang colore le blanc de la neige, contraste qui frappe d'emblée. La neige est « rouge » : métonymie du carnage, sans qu'il soit nommé.
- Axe I (suite). Les morts sont des « braves » qui « dorment sans tombeaux, / L'épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge » (v. 2-3) : le verbe « dorment » euphémise la mort, mais les yeux « hagards » rappellent la terreur ; l'absence de « tombeaux » les prive de rites. Les corbeaux tournent au-dessus d'eux : « un vol de noirs corbeaux » (v. 4) ; l'allitération en [r] et en [k] (« crie », « corbeaux ») rend le cri des charognards.
- Axe I (suite). Le décor est personnifié et glacé : « La lune froide verse au loin sa pâle flamme » (v. 5) : la métaphore de la lune qui « verse » une « flamme » pâle joue sur le froid et la lumière ; le sang du héros s'y oppose : « La pourpre du combat ruisselle de ses flancs » (v. 8). « Pourpre » désigne à la fois le sang et la couleur de la gloire ; le verbe « ruisselle » rend la blessure continue.
- Axe II, la parole héroïque (v. 9-20). L'appel : « — Holà ! Quelqu'un a-t-il encore un peu d'haleine, / Parmi tant de joyeux et robustes garçons » (v. 9-10) : interjection familière, question qui n'obtient pas de réponse, énumération qui rappelle les vivants qu'ils furent (« riaient et chantaient à voix pleine / Comme des merles dans l'épaisseur des buissons », v. 11-12 : comparaison qui évoque une jeunesse insouciante). L'antithèse avec « Tous sont muets » (v. 13) souligne la rupture : le silence répond à la gaieté de ce matin.
- Axe II (suite). Hialmar énumère ses blessures avec une lucidité de soldat : « Mon casque est rompu, mon armure / Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous. / Mes yeux saignent » (v. 13-15). Le « murmure » qu'il entend est « pareil aux hurlements de la mer ou des loups » (v. 15-16) : une comparaison empruntée à la nature sauvage, à mi-chemin entre hallucination et prélude à la mort.
- Axe II (suite). L'adresse au corbeau : « Viens par ici, Corbeau, mon brave mangeur d'hommes ! / Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer » (v. 17-18). L'oiseau de mauvais augure devient un compagnon (« mon brave »), apostrophé avec une familiarité de guerrier ; l'impératif « Ouvre-moi la poitrine » transforme la mutilation en offrande. Le héros ne subit pas la mort, il l'organise. Les impératifs se succèdent : « Porte mon cœur » (v. 20), « Cherche ma fiancée et porte-lui mon cœur » (v. 24), « Va, sombre messager, dis-lui » (v. 29).
- Axe II (suite). Le cœur est la preuve du courage : « Elle reconnaîtra / Qu'il est rouge et solide et non tremblant et blême » (v. 30-31). La polysyndète (« et… et… et ») accumule les qualités ; l'opposition « rouge et solide » / « tremblant et blême » exclut la peur. À l'inverse, la fiancée, « blanche, aux longs cheveux noirs » (v. 26), aux yeux « plus clairs que l'astre des beaux soirs » (v. 28), incarne la douceur et la lumière : le poème oppose le froid du champ de bataille (« lune froide ») et la chaleur du « cœur tout chaud » (v. 20).
- Axe III, la transfiguration (v. 33-36). Retournement : la mort est assumée d'une voix brève, « Moi, je meurs » (v. 33), puis « J'ai fait mon temps » (v. 34) : phrases courtes et sobres. L'image « Mon esprit coule par vingt blessures » fait de l'âme un liquide qui s'écoule du corps ; le héros offre aussi son sang aux loups : « Buvez, ô loups, mon sang vermeil » (v. 34) : apostrophe et impératif répétés, même geste d'offrande.
- Axe III (suite). L'énumération d'adjectifs « Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures » (v. 35) dresse un autoportrait idéalisé, sans tache (« flétrissures » : souillures, mais aussi flétrissement des fleurs). La chute, « Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil ! » (v. 36), contraste avec la « nuit » du premier vers : la lumière solaire remplace la lune « froide ». Le verbe « s'asseoir » donne à l'apothéose un ton de banquet familier (allusion au Valhalla de la mythologie nordique, où les guerriers morts au combat rejoignent les dieux).
RéponseLe poème passe d'un tableau funèbre (neige rouge, morts, corbeaux) à une parole héroïque qui domine la mort (appel, adresse au corbeau, offrande du cœur) puis à une élévation lumineuse : le guerrier mourant s'élève « parmi les Dieux, dans le soleil ».
Vérification Citations relevées dans le texte du sujet, avec leur numéro de vers.
Piège Ne pas citer sans interpréter : une citation doit être suivie du procédé et de son effet. Éviter de lire le poème comme une dénonciation de la guerre : le ton est héroïque, non pacifiste.
C3Formuler une problématique, annoncer un plan, rédiger l'introduction.Touche pour voir la correction
À retenir L'introduction du commentaire comprend une amorce, la présentation de l'auteur et du texte, la problématique et l'annonce du plan. La problématique doit prolonger les axes de lecture.
- Amorce : le poème épique fait souvent du champ de bataille un lieu de gloire ; on peut partir de l'image du héros mourant (Roland dans la Chanson de Roland).
- Présentation : Leconte de Lisle (1818-1894), chef de file du Parnasse, publie en 1862 les Poèmes barbares, où il puise dans des mythologies lointaines (scandinave, hindoue, polynésienne). « Le Cœur de Hialmar » met en scène un guerrier nordique mourant.
- Problématique : comment le poème transforme-t-il la mort sur le champ de bataille en victoire héroïque et poétique ?
- Plan : I. Un tableau épique et macabre (v. 1-8, 13-16) ; II. La parole d'un héros qui défie la mort (v. 9-32) ; III. La transfiguration finale (v. 33-36).
- Rédaction possible : « Dans la poésie épique, la mort au combat est souvent le sommet de la gloire du héros. Leconte de Lisle (1818-1894), chef de file du Parnasse, reprend cette tradition dans les Poèmes barbares, publiés en 1862, où il puise dans des mythologies lointaines. « Le Cœur de Hialmar » met en scène un guerrier nordique agonisant sur le champ de bataille, qui confie son cœur à un corbeau pour le porter à sa fiancée. Comment ce poème transforme-t-il la mort au combat en victoire héroïque et poétique ? Nous verrons d'abord un tableau épique et macabre, puis la parole d'un héros qui défie la mort, enfin la transfiguration finale du guerrier. »
RéponseProblématique : comment le poème transforme-t-il la mort sur le champ de bataille en victoire héroïque et poétique ? Plan en trois axes : tableau épique et macabre ; parole d'un héros qui défie la mort ; transfiguration finale.
Piège Distinguer l'impassibilité parnassienne (poésie travaillée, savante, éloignée du moi lyrique) de l'effusion romantique : ici le héros parle, mais la forme reste maîtrisée.
C4Rédiger la conclusion avec une ouverture.Touche pour voir la correction
À retenir La conclusion fait le bilan de la démonstration (réponse à la problématique) puis ouvre vers une autre œuvre ou une autre période, avec un lien précis.
- Bilan : le poème construit un récit en miniature : décor funèbre, parole du héros, élévation finale. La violence est domestiquée par la forme (quatrains réguliers, alexandrins) et le macabre devient beauté : c'est l'idéal parnassien.
- Ouverture : on peut le rapprocher du « Dormeur du val » de Rimbaud (1870), où le soldat mort est aussi montré dans la nature, mais pour dénoncer l'absurdité de la guerre, ou de la mort de Roland dans la Chanson de Roland, héros épique qui meurt face à l'ennemi.
- Rédaction possible : « Ainsi, « Le Cœur de Hialmar » fait de la mort au combat une apothéose : le décor funèbre cède à la parole du héros, puis à son élévation vers les Dieux. La régularité des quatrains met la violence à distance et la transforme en beauté, selon l'idéal du Parnasse. On peut rapprocher ce poème du « Dormeur du val » de Rimbaud, où le soldat mort repose lui aussi dans la nature, mais où la guerre est dénoncée plutôt qu'exaltée. »
RéponseConclusion rédigée : bilan (apothéose du héros, violence transformée en beauté) et ouverture vers « Le Dormeur du val » de Rimbaud.
Vérification Le rapprochement avec Rimbaud est une ouverture proposée parmi d'autres possibles ; choisis celle qui correspond à tes lectures.
Exercice 2 : Dissertation : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle20 points
Trois sujets au choix (Prévost, Balzac, Colette). Pour chacun : analyse du sujet, problématique, plan détaillé avec exemples, introduction rédigée et conclusion. Les références sont celles de l'œuvre et du parcours ; les citations exactes sont à reprendre dans l'édition étudiée en classe.
A1Dissertation 1 (Prévost, Manon Lescaut, parcours « Personnages en marge, plaisirs du romanesque ») : après la première trahison de Manon, le père de Des Grieux lui demande : « Comment pouvez-vous vous aveugler à ce point ? » Le plaisir du lecteur de Manon Lescaut consiste-t-il à partager l'aveuglement des personnages ? Analyser le sujet et construire un plan.Touche pour voir la correction
À retenir Le sujet associe deux notions : le plaisir du lecteur (émotion, curiosité, sympathie) et l'aveuglement (refus de voir). « Partager » demande de comparer la position du lecteur et celle des personnages ; « consiste-t-il » invite à se demander si le plaisir se réduit à cela.
- Termes : « aveuglement » = refus de voir une vérité évidente (ici l'inconstance de Manon, la déchéance de Des Grieux) ; « partager » = éprouver la même chose, adopter le même point de vue ; « plaisir du lecteur » = ce qui séduit ou émeut dans la lecture (pathétique, suspense, sympathie). « Consiste-t-il » : le plaisir se réduit-il à cela ?
- Contexte à rappeler : le roman est le tome VII des Mémoires et aventures d'un homme de qualité (1731) ; l'histoire est racontée par Des Grieux à l'homme de qualité qui la rapporte ensuite au lecteur. Cette double médiation est essentielle.
- Problématique : le lecteur de Manon Lescaut prend-il plaisir à épouser l'aveuglement de Des Grieux, ou le roman lui ménage-t-il une lucidité qui fait le sel de sa lecture ?
- I. Un plaisir d'adhésion : (a) le récit à la première personne et l'art de plaider de Des Grieux, qui présente ses fautes comme l'effet de la passion et de la fatalité ; (b) le charme de Manon, mélange d'innocence et de séduction, qui rend l'aveuglement compréhensible ; (c) le pathétique : scènes de séparation, déportation, mort dans le désert de Louisiane, qui invitent à la compassion.
- II. Un plaisir de lucidité : (a) le cadre narratif de l'homme de qualité, témoin qui met à distance ; (b) l'ironie dramatique : le lecteur voit l'inconstance de Manon (goût du luxe et du plaisir) avant Des Grieux ; (c) les voix lucides des personnages (le père, Tiberge), qui expriment le jugement que le lecteur formule lui-même.
- III. Un plaisir paradoxal, propre au romanesque : (a) l'écart entre l'illusion du héros et la lucidité du lecteur crée la tension dramatique ; (b) personnages en marge (aventuriers, filous, filles déportées) : le lecteur jouit de la transgression sans en subir les conséquences ; (c) le roman refuse une morale simple : il montre, comme l'annonce l'Avis de l'auteur, la force destructrice des passions sans les condamner entièrement.
- Culture personnelle : La Princesse de Clèves (lucidité tragique), Les Liaisons dangereuses (lecteur plus informé que les victimes), Madame Bovary (illusions romanesques), La Dame aux camélias (héritage de Manon).
RéponseLe plaisir du lecteur est double : il partage l'aveuglement de Des Grieux par sympathie et pathétique, mais il le voit aussi grâce au cadre et à l'ironie ; le romanesque naît de cet écart entre illusion du personnage et lucidité du lecteur.
Vérification Les épisodes cités (première trahison de Manon avec B..., Saint-Sulpice, déportation, mort en Louisiane) sont à illustrer par des passages précis de l'édition étudiée.
A2Dissertation 1 : rédiger l'introduction et la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : amorce, présentation de l'œuvre, reformulation du sujet, problématique, annonce du plan. Conclusion : bilan puis ouverture.
- Rédaction possible (introduction) : « Dans le roman, le plaisir de lecture naît souvent d'une complicité avec le héros. Publié en 1731 comme tome final des Mémoires d'un homme de qualité, Manon Lescaut de l'abbé Prévost raconte la passion du chevalier des Grieux pour Manon. Après la première trahison de celle-ci, le père de Des Grieux lui demande : « Comment pouvez-vous vous aveugler à ce point ? » La question interroge aussi le lecteur : son plaisir consiste-t-il à partager cet aveuglement ? Nous verrons d'abord que le roman nous associe à l'illusion de Des Grieux, puis qu'il nous donne les moyens de la voir, enfin que ce jeu entre adhésion et lucidité fait le plaisir paradoxal du romanesque. »
- Rédaction possible (conclusion) : « Le plaisir du lecteur de Manon Lescaut ne se réduit donc pas à partager l'aveuglement des personnages : il naît de la tension entre l'illusion de Des Grieux, que le récit rend séduisante, et la lucidité que le cadre, l'ironie et les personnages raisonnables lui ménagent. On retrouve cette double position dans La Princesse de Clèves ou dans Les Liaisons dangereuses, où le lecteur voit plus loin que les personnages. »
RéponseIntroduction et conclusion rédigées, avec problématique et annonce du plan en trois temps.
Piège Rappeler le cadre : Des Grieux raconte à l'homme de qualité, qui rapporte ensuite le récit. Oublier ce cadre prive la dissertation de son argument principal.
B1Dissertation 2 (Balzac, La Peau de chagrin, parcours « Les romans de l'énergie : création et destruction ») : Raphaël de Valentin, utilisant la bourse de son père pour aller au jeu, se définit alors comme malhonnête et sans scrupule : « Je devins un coquin déterminé ». Au-delà du seul personnage de Raphaël, cette citation éclaire-t-elle votre lecture de La Peau de chagrin ? Analyser le sujet et construire un plan.Touche pour voir la correction
À retenir « Au-delà du seul personnage » demande de passer du héros à l'ensemble du roman (société, énergie, écriture). La citation associe immoralité (« coquin ») et volonté (« déterminé ») : c'est la clé du parcours « création et destruction ».
- Termes : « coquin » = individu sans scrupule, voire malhonnête ; « déterminé » = résolu, qui agit sans hésiter ; « devins » : un devenir, un changement moral ; l'expression mêle jugement moral sévère et énergie.
- Problématique : l'énergie amorale que Raphaël revendique dans cette formule est-elle celle de tout le roman (société, mécanisme de la peau, écriture), et que révèle-t-elle de la création comme destruction ?
- I. Le héros : un « coquin déterminé » : (a) le jeu et le désir de réussir à tout prix ; (b) le pacte de la peau de chagrin, qui exauce chaque désir en raccourcissant sa vie ; (c) la perte progressive de l'innocence et de la maîtrise de soi.
- II. Au-delà de Raphaël : une société de « coquins déterminés » : (a) le Paris de la Restauration, régi par l'argent, le jeu, le plaisir (maisons de jeu, orgie chez le banquier Taillefer) ; (b) les autres figures d'énergie : Rastignac, qui incite Raphaël à jouir, Foedora, la « femme sans cœur » ; (c) la morale supplantée par la volonté de puissance.
- III. L'énergie comme loi du roman et de son écriture : (a) la peau comme symbole : « vouloir » et « pouvoir » brûlent la vie ; (b) l'énergie du récit (fantastique, satire, virtuosité), qui est aussi celle du romancier ; (c) l'ambivalence : le lecteur admire la force de Raphaël et condamne ses effets.
- Culture personnelle : Stendhal (Julien Sorel), Balzac (Le Père Goriot, Illusions perdues), Goethe (Faust), Dostoïevski (Le Joueur).
RéponseLa citation éclaire le roman : la volonté amorale de Raphaël est celle d'une société régie par l'argent et le désir, et celle d'une écriture qui célèbre et dénonce l'énergie ; elle n'en donne pas toute la clé (sensibilité de Raphaël, amour de Pauline).
Vérification Les épisodes cités (jeu, antiquaire, orgie, Foedora, Pauline) sont à illustrer par des passages précis de l'édition étudiée. La phrase « Je devins un coquin déterminé » est donnée par le sujet ; replace-la dans son contexte avec ton édition.
B2Dissertation 2 : rédiger l'introduction et la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir L'introduction fait apparaître la citation, la question et le plan ; la conclusion répond sans répéter et ouvre.
- Rédaction possible (introduction) : « Dans La Peau de chagrin (1831), Balzac met en scène un jeune homme qui découvre qu'un talisman exauce tous ses désirs en abrégeant sa vie. Raphaël de Valentin avoue avoir dépensé la bourse de son père au jeu : « Je devins un coquin déterminé ». La formule dit à la fois une faute et une énergie. Éclaire-t-elle seulement le héros, ou l'ensemble du roman ? Nous verrons d'abord ce que cette formule révèle de Raphaël, puis comment elle caractérise la société parisienne, enfin comment elle éclaire l'énergie du roman lui-même. »
- Rédaction possible (conclusion) : « La formule du « coquin déterminé » éclaire donc La Peau de chagrin au-delà de son héros : elle résume l'énergie qui meut une société vouée à l'argent et au plaisir, et qui anime l'écriture même du roman. Mais l'œuvre ne s'y réduit pas : elle montre aussi la fragilité et la tendresse de Raphaël, et laisse au lecteur le soin de juger. Stendhal et Dostoïevski offrent d'autres figures de héros que l'énergie perd en les élevant. »
RéponseIntroduction et conclusion rédigées, qui tiennent la tension entre héros et ensemble du roman.
Piège Ne pas rester sur le seul personnage : le sujet demande d'aller « au-delà ».
C1Dissertation 3 (Colette, Sido suivi de Les Vrilles de la vigne, parcours « La célébration du monde ») : dans Sido, Colette dit que sa mère « tenait pour naturel, voire obligatoire, d'enfanter des miracles ». Cette expression éclaire-t-elle les œuvres Sido et Les Vrilles de la vigne ? Analyser le sujet et construire un plan.Touche pour voir la correction
À retenir Le sujet porte sur une vision du monde : le miracle n'est pas exceptionnel, il est « naturel », voire « obligatoire ». Il faut tester cette formule sur les deux œuvres, qui diffèrent par la forme et le ton.
- Termes : « enfanter » = donner naissance, créer ; « miracles » = faits merveilleux, ici surgissements de beauté ; « naturel, voire obligatoire » = normal, et même un devoir : le merveilleux est un quotidien que l'on doit susciter ou reconnaître.
- Problématique : dans quelle mesure la formule qui définit Sido, la mère, éclaire-t-elle aussi les deux œuvres et l'écriture de Colette comme célébration du monde ?
- I. Sido ou le miracle quotidien : (a) la mère attentive à la nature (jardin, éveil précoce, observation des bêtes et des plantes) ; (b) la célébration de gestes simples qui deviennent merveilleux ; (c) la transmission : Colette hérite d'une manière de voir et de dire.
- II. Les Vrilles de la vigne : un miracle plus sensuel et plus fragile : (a) célébration du monde par les sens (plantes, bêtes, saisons) ; (b) mais aussi solitude, désir, mélancolie : le miracle est menacé ; (c) le « naturel » devient problématique, et l'« obligation » pèse.
- III. Écrire, c'est enfanter des miracles : (a) l'écriture sensorielle, les métaphores et synesthésies recréent le monde ; (b) la figure de la mère-créatrice devient celle de l'écrivaine ; (c) le lecteur est invité à voir à son tour.
- Culture personnelle : Proust (le monde de Combray), Giono (célébration de la nature), Ponge (le monde des choses), Rimbaud (« Sensation »).
RéponseL'expression éclaire les deux œuvres : le miracle est une manière de voir et de dire le monde, héritée de la mère dans Sido, et plus fragile et plus sensuelle dans Les Vrilles de la vigne ; l'écriture est l'enfantement de ces miracles.
Vérification Les contenus des deux œuvres sont présentés dans leurs grandes lignes ; complète-les par des citations et des textes précis de l'édition étudiée (poèmes en prose des Vrilles de la vigne, scènes du jardin dans Sido).
C2Dissertation 3 : rédiger l'introduction et la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir L'introduction cite la formule, présente les deux œuvres (dates, nature) et annonce le plan ; la conclusion répond à « éclaire-t-elle ? ».
- Rédaction possible (introduction) : « Dans Sido, paru en 1930, Colette évoque sa mère, qui « tenait pour naturel, voire obligatoire, d'enfanter des miracles ». La formule dit une manière d'habiter le monde où le merveilleux est quotidien. Peut-elle éclairer à la fois Sido et Les Vrilles de la vigne (1908), recueil plus ancien, plus sensuel et plus sombre ? Nous verrons d'abord les miracles de Sido, puis la manière dont Les Vrilles de la vigne les complique, enfin comment l'écriture elle-même enfante des miracles. »
- Rédaction possible (conclusion) : « La formule de Colette éclaire donc les deux œuvres, à des degrés divers : Sido célèbre un miracle quotidien hérité de la mère, tandis que Les Vrilles de la vigne en montrent le prix et la fragilité. Dans les deux cas, écrire revient à enfanter des miracles par les mots. On peut rapprocher cette célébration du monde des Illuminations de Rimbaud ou des textes de Ponge. »
RéponseIntroduction et conclusion rédigées, avec problématique en trois temps (Sido, Les Vrilles, écriture).
Piège Les deux œuvres n'ont ni la même date ni la même forme : Les Vrilles de la vigne (1908) est antérieure à Sido (1930). Ne pas les traiter comme un bloc.
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