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Bac 2026
HLP – Amérique du Nord 2026 – Sujet 1 : correction détaillée
HLP, 4 heures · première partie 10 points + deuxième partie 10 points, sur copies séparées
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Première partie — Interprétation philosophique (Devillairs)10 points
Texte de Laurence Devillairs, La Splendeur du monde (2024), 32 lignes, numérotées de 5 en 5. Question : « D'après le texte, en quoi l'expérience du beau est-elle essentielle pour le moi ? ». L'interprétation philosophique demande de rester au plus près du texte : thèse, étapes de l'argumentation, explication des notions, puis portée.
1-AAnalyser la question posée et dégager la thèse du texte.Touche pour voir la correction
À retenir Bien lire la question : « d'après le texte » (on ne donne pas son opinion), « essentielle » (ce sans quoi le moi ne serait pas lui-même), « le moi » (la personne dans ce qu'elle a d'unique).
- « Expérience du beau » : le texte la nomme « voir » (l. 7) : une rencontre avec une beauté (paysage, tableau, lecture, retrouvailles) qui touche le corps et l'esprit.
- « Essentielle » : qui touche à l'essence ; la dernière phrase du texte le dit : la beauté ramène l'être « à l'unité, à son noyau dur, à ce qui ne se négocie pas » (l. 31-32).
- « Le moi » : l'identité personnelle, ce que je suis par-delà « mon statut social, mes convictions ou mes relations » (l. 30-31).
- Thèse : l'expérience du beau est une expérience totale (corps et âme) qui ébranle, s'inscrit dans la mémoire et fait ainsi le moi (« Je suis ce que je vois », l. 15) ; elle le libère des masques sociaux et révèle son intimité la plus profonde.
- Problème posé : comment une expérience de sensibilité peut-elle atteindre ce qu'il y a de plus essentiel en nous, alors que l'on pense souvent le beau comme un simple plaisir ou une affaire de goût ?
RéponseThèse : l'expérience du beau est une expérience totale, bouleversante et mémorable, qui constitue le moi, le libère de ses rôles et le ramène à son unité intime.
1-BDégager le mouvement du texte (découpage et idée de chaque partie).Touche pour voir la correction
À retenir Un découpage se justifie par des indices (connecteurs, changement de paragraphe, changement de registre) et doit servir la question posée.
- Premier mouvement (l. 1 à 7) : définition de l'expérience du beau comme « expérience totale », qui n'est pas « uniquement du ressort des yeux et de la sensation » : à la fois intelligence et sensibilité, « charnel et spirituel », « émotion qui est aussi une réflexion ». Le « voir » met l'esprit en mouvement et fait « frissonner la chair » ; d'où le « besoin de parler » (l. 5-6).
- Deuxième mouvement (l. 8 à 15) : approfondissement : « voir », c'est être « touché corps et âme » ; l'âme retrouve sa signification ; ce n'est pas admirer un objet « extérieur à soi » mais « ressentir un bouleversement intérieur ». Cette surprise marque « comme une brûlure », devient « l'étoffe de ma mémoire », d'où la formule : « Je suis ce que je vois » (l. 15).
- Troisième mouvement (l. 16 à 23) : illustration par l'autoportrait : « tous les voir de ma vie » (odeur des foins, première lecture de Nietzsche, retrouvailles) ; dans ces rencontres, « je suis pleinement moi », libéré des « masques » et des « rôles », du « poids de mon caractère » et du « qu'en-dira-t-on ».
- Quatrième mouvement (l. 24 à 32) : l'expérience esthétique est « fondamentalement impudique » : elle touche à l'intime, révèle ce qui m'est inaccessible sans elle ; elle n'est ni narcissisme ni affaire de goût ou d'éducation ; elle me constitue « bien plus que mon statut social » et ramène l'être à « l'unité ».
- Progression d'ensemble : de la nature de l'expérience (qu'est-ce que voir ?) à ses effets sur le moi (il se constitue, se libère, se découvre) ; de la description générale à l'engagement personnel (le « je » de plus en plus présent).
RéponseQuatre temps : (1) le beau est une expérience totale ; (2) elle ébranle et fait la mémoire, donc le moi ; (3) elle libère des masques ; (4) elle révèle l'intime et ramène à l'unité.
1-CExpliquer les notions et formules clés du texte.Touche pour voir la correction
À retenir Expliquer, c'est reformuler en précisant le sens dans le contexte et en montrant le lien avec la thèse, pas répéter.
- « Voir » (l. 7-8) : employé au sens fort, pas seulement la perception visuelle ; capacité à être « touché corps et âme » : le mot condense le trouble charnel et l'élan de l'esprit.
- « Une émotion qui est aussi une réflexion » (l. 4) et « On pense quand on voit et voir fait penser » (l. 4-5) : contre l'opposition entre sentir et penser ; le beau n'est pas seulement agréable, il fait penser, d'où le « besoin de parler ».
- « Âme » (l. 9) : le mot ancien désigne ici la profondeur de l'être, l'unité du corps et de l'esprit, retrouvée par l'expérience du beau (et non une substance séparée).
- « Ébranlement », « bouleversement », « brûlure » (l. 10-14) : la beauté n'est pas contemplée à distance, elle transforme celui qui la reçoit ; le sujet est passif (« elle vient me ravir »), c'est le sens double de « ravir » : emporter et combler.
- « Je suis ce que je vois » (l. 15) : l'identité n'est pas un donné mais se forme par ce qui m'a marqué ; le moi est fait de rencontres mémorables, non d'un statut ou d'opinions.
- « Masques », « rôles », « qu'en-dira-t-on » (l. 20-22) : le moi social et conventionnel ; par contraste, le moi essentiel apparaît quand on « supprime ce qui n'est pas essentiel ».
- « Impudique » (l. 24) : l'expérience du beau dévoile à soi-même ; elle met à nu des « régions de mon être qui me resteraient inaccessibles » (l. 26) ; ce n'est pas du « narcissisme » (amour de soi), car on se découvre en étant tourné vers autre chose que soi.
- « À l'unité, à son noyau dur, à ce qui ne se négocie pas » (l. 32) : le moi essentiel est un point irréductible, qu'aucun compromis social n'entame.
RéponseLes formules clés disent que le beau fait penser et sentir à la fois, qu'il marque durablement (mémoire = identité), qu'il défait les masques sociaux et qu'il révèle un noyau intime et irréductible.
1-DConstruire le développement : en quoi l'expérience du beau est-elle essentielle pour le moi ? (plan et idées, avec citations).Touche pour voir la correction
À retenir Le développement répond à la question dans l'ordre de l'argumentation du texte, en citant avec le numéro de ligne et en expliquant chaque citation.
- I. Une expérience qui engage tout l'être : le beau n'est pas un plaisir de spectateur ; il mobilise « charnel et spirituel » (l. 3-4), met « l'esprit en mouvement » et fait « frissonner la chair » (l. 6-7). Il n'est donc pas une expérience partielle : c'est tout le moi qui est concerné, ce qui prépare sa portée essentielle.
- II. Une expérience qui constitue le moi : le « bouleversement intérieur » (l. 12) laisse une trace (« brûlure », l. 14) ; elle est « l'étoffe de ma mémoire » (l. 15) ; le portrait de soi se compose de « tous les voir de ma vie » (l. 16-17). L'identité se tisse de ces rencontres : « Je suis ce que je vois ». Le beau est donc constitutif, pas accessoire.
- III. Une expérience qui libère et révèle : dans ces rencontres, le sujet se libère des « masques » et des « rôles » (l. 20) ; il s'« allège » du « poids de [son] caractère » (l. 21-22) ; il touche à l'« intime » (l. 25) et découvre des régions de lui-même « inaccessibles sans elle » (l. 26). La beauté fait advenir un moi plus vrai que le moi social.
- IV. Une expérience qui n'est pas relative : elle ne dépend ni du goût, ni de l'éducation (« je n'ai pas été élevée par des artistes… », l. 28-30) ; elle est universelle dans son principe et personnelle dans son vécu : « le besoin de voir me tenaille depuis toujours » (l. 29-30), un besoin qui « me constitue bien plus que mon statut social » (l. 30-31). Elle ramène à l'« unité » (l. 32).
- Prolongement possible (une mise en perspective, brève, au service du texte) : contre Kant, pour qui le jugement de goût est désintéressé, Devillairs décrit une rencontre qui bouleverse et engage ; proche de Platon (Banquet, Phèdre) où la beauté ébranle l'âme, de Proust où l'art révèle la vraie vie, de Stendhal (le « syndrome » de Florence).
- Limite à signaler : l'argument repose sur une expérience personnelle (le « je »), donc non démontrée ; mais c'est précisément la forme du texte : un témoignage pour montrer que l'esthétique n'est pas un luxe.
RéponseLe beau est essentiel pour le moi car il l'engage tout entier, lui donne sa mémoire (donc son identité), le libère des masques sociaux et lui révèle son intimité et son unité.
Piège Ne pas se contenter de paraphraser : chaque citation doit être expliquée et reliée à la question (essentielle, moi). Ne pas confondre le moi essentiel avec le moi social ni le beau avec le seul « joli ».
1-ERédiger une introduction.Touche pour voir la correction
À retenir Accroche, présentation du texte (auteur, œuvre, thème), question, thèse, annonce du plan.
- Rédaction possible : « Pourquoi une phrase, un paysage ou un tableau nous marquent-ils parfois pour toute la vie, au point de faire partie de ce que nous sommes ? Dans cet extrait de La Splendeur du monde (2024), la philosophe Laurence Devillairs décrit l'expérience du beau sous le nom de « voir », c'est-à-dire une rencontre où le corps et l'esprit sont touchés ensemble. La question posée est de savoir en quoi cette expérience est essentielle pour le moi. Le texte soutient qu'elle l'engage tout entier, qu'elle constitue sa mémoire donc son identité, qu'elle le libère de ses masques sociaux et qu'elle le ramène à son unité la plus intime. Nous suivrons ce mouvement : nous verrons d'abord que le beau est une expérience totale, puis qu'elle fait le moi, avant de montrer qu'elle le libère et le révèle à lui-même. »
RéponseIntroduction rédigée ci-dessus : accroche, auteur et œuvre, question, thèse, annonce des trois temps.
1-FRédiger la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir La conclusion répond clairement à la question, résume le parcours et indique la portée.
- Rédaction possible : « Pour Devillairs, l'expérience du beau est donc essentielle au moi, parce qu'elle l'engage dans sa totalité de corps et d'esprit, parce qu'elle devient l'étoffe de sa mémoire (« Je suis ce que je vois »), et parce qu'en le délivrant des masques sociaux elle le ramène à son noyau intime. Le texte invite à ne pas considérer l'art et la beauté comme un supplément d'âme réservé à quelques-uns : ils sont une voie d'accès à soi. On peut toutefois se demander si cette expérience exige l'émotion, question que prolonge le sujet d'essai. »
RéponseL'expérience du beau est essentielle car elle fait, libère et révèle le moi.
Exercice 2 : Deuxième partie — Essai littéraire10 points
Question : « Faut-il être ému par une œuvre littéraire ou artistique pour l'apprécier pleinement ? ». L'essai est un devoir argumenté qui s'appuie sur des œuvres littéraires et artistiques connues du candidat ; le texte de la première partie peut servir de point d'appui, sans être paraphrasé.
2-AAnalyser le sujet : définir les termes, repérer la tension et formuler la problématique.Touche pour voir la correction
À retenir Définir chaque terme, repérer ce qui est présupposé, puis problématiser.
- « Ému » : touché affectivement, saisi par un sentiment (joie, tristesse, pitié, admiration), parfois jusqu'au trouble physique ; l'émotion se distingue du simple plaisir et du jugement.
- « Apprécier pleinement » : ne pas seulement reconnaître qu'une œuvre est belle, mais la goûter, la comprendre et en mesurer la valeur dans toutes ses dimensions (sensible, intellectuelle, formelle) ; l'adverbe « pleinement » suggère une appréciation complète, pas minimale.
- « Faut-il » : l'émotion est-elle une condition nécessaire ? Y a-t-il des façons d'apprécier sans être ému (admiration technique, plaisir intellectuel) ?
- Tension : l'émotion semble le signe de la rencontre vivante avec l'œuvre ; mais elle peut être subjective, facile ou manipulée, tandis que le jugement exige distance et connaissance.
- Problématique : l'émotion est-elle une condition de l'appréciation pleine d'une œuvre, ou celle-ci repose-t-elle sur la compréhension et le jugement, l'émotion n'en étant qu'un élément ou un effet parmi d'autres ?
RéponseProblématique : l'émotion est-elle la condition d'une appréciation pleine des œuvres, ou l'appréciation relève-t-elle aussi de l'intelligence, de la forme et du jugement ?
2-BProposer un plan détaillé avec des références précises.Touche pour voir la correction
À retenir Un essai suit un plan dialectique avec des exemples d'œuvres que l'on a réellement lues ; chaque partie commence par une thèse et finit par une transition.
- I. Oui, l'émotion est la porte d'entrée de l'appréciation pleine. (a) L'œuvre se donne d'abord comme rencontre sensible : Devillairs (« une émotion qui est aussi une réflexion »), Stendhal et son trouble devant les fresques de Florence (Rome, Naples et Florence, 1817), l'émotion devant « Demain, dès l'aube » de Hugo (Les Contemplations, 1856) ou devant Phèdre de Racine. (b) La catharsis d'Aristote (Poétique) : la tragédie suscite pitié et crainte et les purifie ; sans émotion, la tragédie manque son but. (c) Ne pas être ému laisse l'œuvre étrangère : on la juge sans l'avoir vécue.
- II. Non, on peut apprécier sans être ému, et l'émotion peut même égarer. (a) Le jugement de goût est désintéressé (Kant, Critique de la faculté de juger, 1790) : on apprécie la forme, non l'agrément ou le pathos ; l'émotion facile (sentimentalisme, mélodrame, publicité) ne vaut pas jugement. (b) Des œuvres sont conçues pour ne pas émouvoir mais faire penser : distanciation chez Brecht (Petit Organon pour le théâtre, 1948), impassibilité du Parnasse (Leconte de Lisle), impersonnalité de Flaubert (Madame Bovary), Nouveau Roman. (c) Appréciation savante : admiration d'une technique (la fugue de Bach, un alexandrin de Racine, une construction oulipienne chez Perec).
- III. Dépasser : l'émotion esthétique est une émotion particulière, éduquée et réfléchie. (a) L'émotion devant une œuvre n'est pas l'émotion ordinaire : elle est médiée par la forme (Valéry : le poème est une « hésitation prolongée entre le son et le sens » ; la Pietà de Michel-Ange touche par sa forme autant que par son sujet). (b) Émotion et compréhension s'enrichissent : plus on comprend, plus on est ému ; plus on est ému, plus on veut comprendre (Devillairs : « voir fait penser »). (c) L'émotion n'est pas forcément le pathos : étonnement, malaise, admiration, rire, vertige. Conclure : l'émotion, au sens large d'affect esthétique, est nécessaire à une appréciation pleine mais jamais suffisante ; il faut y joindre intelligence et recul.
RéponsePlan : I. Oui, l'émotion fait la rencontre avec l'œuvre ; II. Non, le jugement et la forme peuvent suffire, et l'émotion trompe parfois ; III. L'émotion esthétique est éduquée et s'allie à l'intelligence : nécessaire mais non suffisante.
2-CRédiger l'introduction.Touche pour voir la correction
À retenir Accroche, définition des termes, problématique, annonce du plan.
- Rédaction possible : « Sortir d'une salle de cinéma les larmes aux yeux, refermer un roman le cœur serré, rester immobile devant un tableau : on dit volontiers alors que l'œuvre nous a « touchés », comme si cette émotion prouvait sa valeur. Pourtant, nous admirons aussi des œuvres qui ne nous émeuvent pas, mais qui nous étonnent par leur structure ou leur style. Être ému, c'est être saisi dans sa sensibilité par une œuvre ; l'apprécier pleinement, c'est la goûter et en mesurer la valeur sous tous ses aspects. Faut-il alors être ému pour apprécier pleinement une œuvre littéraire ou artistique, ou l'intelligence et le jugement suffisent-ils ? Nous verrons d'abord que l'émotion est la voie d'accès à l'œuvre, puis que l'on peut apprécier sans être ému et que l'émotion peut tromper, avant de montrer que l'émotion esthétique, éduquée par la forme et la réflexion, est la condition d'une appréciation pleine. »
RéponseIntroduction rédigée ci-dessus.
2-DRédiger la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir Répondre nettement à la question, résumer, ouvrir.
- Rédaction possible : « Il apparaît donc que l'émotion n'est pas un simple supplément de l'appréciation : elle est le plus souvent ce par quoi l'œuvre nous atteint et nous fait entrer dans sa vérité. Mais elle ne suffit pas, et peut même nous tromper quand elle se confond avec le pathos ou le sentimentalisme ; l'appréciation pleine demande la compréhension de la forme et le recul du jugement. L'émotion esthétique est ainsi une émotion pensée, qui prolonge l'idée de Devillairs que « voir fait penser ». On peut se demander, pour finir, si l'on peut vraiment partager une émotion devant une œuvre ou si chacun reste seul avec la sienne. »
RéponseRéponse : l'émotion est nécessaire à une appréciation pleine mais non suffisante ; elle doit s'allier à la compréhension et au jugement.
Piège Ne pas confondre émotion (affect) et jugement (appréciation) ; ne citer que des œuvres lues ; éviter l'essai fait uniquement de généralités ou de noms d'auteurs sans analyse d'exemple.
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