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Bac 2026
HLP – Métropole 2026 – Sujet 1 (Giono) : correction détaillée
Humanités, littérature et philosophie · 4 heures · interprétation littéraire 10 pts + essai philosophique 10 pts
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Première partie : interprétation littéraire (Jean Giono, Triomphe de la vie, 1941)10 points
Texte dense d'un seul paragraphe où Giono décrit une « immense armée » de machines qui transforment tout (nature, villes, valeurs), puis explique que chaque machine a « deux fins » et agit sur l'homme lui-même : c'est « l'esprit de la machine ».
1Quel regard Jean Giono porte-t-il sur le travail de la machine ?Touche pour voir la correction
À retenir Pour répondre, on dégage l'attitude de l'auteur (inquiétude, ironie, fascination critique) en s'appuyant sur le lexique, les images, la syntaxe (accumulation, rythme) et le mouvement du texte.
- Première impression : l'ampleur et la puissance. « immense armée immobile des usines », « l'immense armée des machines animées épaule contre épaule, sur des rangs de plusieurs milliers ». La métaphore militaire (armée, rangs) suggère discipline, nombre et conquête. La répétition d'« immense » et l'hyperbole (« capables de tout faire, depuis celle qui peut saisir un fil de soie jusqu'à celle qui peut grossir mille fois le soleil ») disent une toute-puissance.
- Un travail qui transforme tout : « Elles font tout : elles font la guerre, elles disent la messe, elles rapetissent la terre, changent les fleuves de place… ». L'énumération mêle le sacré (« disent la messe ») et le destructeur (« la guerre »). Les gradations « les vallées en lacs, les marais en plaines, les plaines en villes, les villes en usines, les usines en machines, les machines en machines » montrent une logique qui se nourrit d'elle-même : la machine se produit elle-même, sans autre fin.
- Un travail qui dénature les valeurs : les machines « entassent sur les valeurs premières des valeurs secondes, des valeurs troisièmes, des valeurs millièmes ». L'inflation numérique évoque la spéculation (la note du sujet le précise : les richesses deviennent des valeurs négociables en bourse). Les machines font aussi un « charroi extraordinaire de voluptés et de jouissances » : elles les « mangent, [les] pondent, [les] soignent, [les] abandonnent… », les « charcutent », les « greffent les unes sur les autres », les « pilent comme du poivre ». Les verbes de cuisine et de boucherie traitent les plaisirs humains comme une matière brute.
- Des comparaisons animales et naturelles qui à la fois animent et rabaissent : « comme des fourmis changeant de place les œufs de la fourmilière », « comme le vent allume et éteint le phosphore de la mer », « plus vivement que change de sens le vol de l'hirondelle ». Les machines paraissent vivantes, naturelles, et fonctionnent selon une logique aveugle : l'activité est frénétique et incohérente (« les nourrissent, les affament »). Les contraires juxtaposés disent le désordre et l'absence de sens.
- Le tournant : l'esprit de la machine. « Chaque machine est à deux fins : la fin pour laquelle les hommes l'ont inventée et la fin qui est l'esprit même de la machine, sans que les hommes puissent exercer le moindre contrôle sur cette fin. » Le ton devient analytique, sentencieux, par parallélismes (« Chaque machine… Chaque machine… »). Le regard est inquiet : la machine échappe à son inventeur.
- L'homme est transformé à son tour : « Chaque machine transforme deux matières : la matière […] et l'homme qui se sert de la machine. » L'homme devient matière première. Le texte conclut sur une comparaison forte : la machine a un « esprit » propre « autant que l'esprit appartient en propre à l'homme ». Giono personnifie la machine pour dire sa menace.
- Bilan : le regard est à la fois fasciné (lyrisme de l'accumulation, ampleur) et critique et inquiet (déshumanisation, perte de contrôle, dénaturation des valeurs). Le texte écrit en 1941, en pleine guerre, est celui d'un auteur attaché à la nature et méfiant envers le progrès industriel.
RéponseRédaction possible : Giono porte un regard à la fois fasciné par la puissance des machines (hyperboles, métaphore de l'armée, lyrisme de l'énumération) et profondément inquiet : elles transforment tout, y compris les valeurs et l'homme lui-même, selon une fin propre (« l'esprit de la machine ») que les hommes ne contrôlent plus. Les procédés majeurs sont l'accumulation, la gradation des « valeurs secondes, troisièmes, millièmes », les verbes violents (« les charcutent », « les pilent comme du poivre »), les comparaisons animales et la personnification finale.
Vérification Contexte : Triomphe de la vie, 1941 (date donnée par le sujet) ; Giono est un auteur pacifiste et attaché à la nature.
Piège Ne pas dire que Giono condamne simplement le progrès : le texte est ambivalent (puissance admirée). Ne pas oublier la dernière partie (les « deux fins ») qui donne la clé du regard.
Exercice 2 : Deuxième partie : essai philosophique10 points
Sujet : « Dans quelle mesure les machines échappent-elles à l'humain ? ». « Dans quelle mesure » demande de mesurer : échappent-elles totalement, partiellement, ou seulement à certains égards (contrôle, finalité, compréhension, responsabilité) ?
2Dans quelle mesure les machines échappent-elles à l'humain ? (essai argumenté).Touche pour voir la correction
À retenir Distinguer la machine comme outil conçu par l'homme (artefact) et ses effets non voulus ; distinguer plusieurs sens d'échapper : au contrôle, à la compréhension, à la finalité, à la responsabilité.
- Définitions : la machine est un artefact qui transforme de l'énergie ou de l'information pour accomplir une tâche ; « échapper » : ne plus être maîtrisée, ni dans ses effets, ni dans son sens, ni dans son usage. Distinguer outil (prolongement du geste) et machine (fonctionne seule, une fois lancée).
- Partie 1 : en un sens, les machines n'échappent pas : elles sont conçues, fabriquées, réglées par l'homme, qui les arrête. Descartes (Discours de la méthode), les animaux-machines ; Bacon, « on ne commande à la nature qu'en lui obéissant ». La machine est un moyen au service de fins humaines (Aristote, Politique : si les navettes tissaient seules, plus besoin d'esclaves).
- Partie 2 : mais les machines échappent par leurs effets et leur logique propre. Giono : « l'esprit de la machine ». Marx : la machine domine l'ouvrier, qui devient « appendice » (Le Capital) ; Simondon (Du mode d'existence des objets techniques) : l'objet technique a sa propre évolution (concrétisation) ; Jacques Ellul (La technique ou l'enjeu du siècle) : le système technicien s'autonomise ; Günther Anders (L'Obsolescence de l'homme) : décalage prométhéen entre ce que nous produisons et ce que nous pouvons imaginer. Cas actuels : automatisation, algorithmes, intelligence artificielle apprenante dont on ne comprend pas toujours les décisions.
- Partie 3 : dépassement. La machine échappe moins par une volonté propre que par la rupture entre l'intention et l'effet ; la responsabilité reste humaine (Hans Jonas, Le Principe responsabilité : agir de sorte que les effets soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine). Garder la maîtrise exige un choix politique et éthique, non une simple compétence technique.
- Conclusion : les machines échappent à l'humain dans la mesure où leurs effets, leur logique et leur complexité excèdent l'intention et la compréhension, mais elles ne sont pas autonomes en droit : l'humain demeure responsable du cadre où elles opèrent.
RéponsePlan proposé : I. Une maîtrise réelle : la machine est une œuvre et un moyen de l'homme. II. Mais elle lui échappe par ses effets, son autonomie et sa logique (Giono, Marx, Ellul, Anders, IA). III. La responsabilité demeure : choisir quelles machines et pour quelles fins (Jonas). Modèle d'ouverture : « Depuis la machine à vapeur jusqu'à l'intelligence artificielle, l'humain fabrique des dispositifs qui travaillent seuls. Pourtant il en est parfois dépossédé, comme le dit Giono d'un “esprit de la machine”. Dans quelle mesure les machines échappent-elles à l'humain ? Nous verrons qu'elles restent ses œuvres, puis qu'elles lui échappent par leurs effets et leur logique, avant de poser la question de la responsabilité. »
Piège Ne pas faire de la machine un agent doté d'une volonté ; ne pas tomber dans une condamnation de la technique sans nuance ; ne pas oublier « dans quelle mesure ».
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