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Bac 2026
HLP – Amérique du Nord 2026 – Sujet 2 : correction détaillée
HLP, 4 heures · première partie 10 points + deuxième partie 10 points, sur copies séparées
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Première partie — Interprétation littéraire (Ernaux)10 points
Texte d'Annie Ernaux, Une Femme (1988), 28 lignes numérotées de 5 en 5, en trois paragraphes. Question : « Comment la relation d'éducation entre la mère et la fille est-elle caractérisée dans le texte ? ». Il s'agit d'une interprétation littéraire : on lit le texte de près, avec citations et procédés d'écriture, pour répondre à la question.
1-ASituer le texte et dégager la thèse.Touche pour voir la correction
À retenir Situer (auteur, œuvre, genre, moment), puis dire en une phrase comment le texte répond à la question.
- Situation : Une Femme (1988) est le récit de la vie de la mère d'Annie Ernaux, de milieu populaire normand (commerçants), mort en 1986 ; l'autrice écrit sans pathos, dans une écriture dite « plate », au plus près des faits. Le passage évoque la mère comme éducatrice et la fille, élève de l'école.
- Tonalité : retrospective et distanciée, avec un « je » narratrice qui juge son regard d'enfant (« Je la croyais supérieure à mon père », l. 22).
- Thèse : la relation d'éducation est présentée comme réciproque et ambivalente : la mère, qui désire apprendre, se sert de sa fille pour s'élever socialement ; elle fait de l'école et de la culture une loi, dominant son enfant tout en se soumettant à son savoir ; la complicité qui en résulte exclut le père.
- Enjeu : un rapport de classe et de domination douce, mêlé d'amour, à l'origine de l'ascension sociale de la fille (et du « transfuge » de classe).
RéponseLa relation est une éducation réciproque, ambitieuse et dominante : la mère apprend à travers sa fille et impose la culture comme loi.
1-BÉtudier le mouvement du texte paragraphe par paragraphe, avec citations.Touche pour voir la correction
À retenir Pour chaque mouvement, identifier ce que dit le texte et comment (procédés), en lien avec la question.
- Premier paragraphe (l. 1 à 8) : portrait d'une mère avide de savoir. Énumération des objets de son désir (« les règles du savoir-vivre […], ce qui se fait, les nouveautés, les noms des grands écrivains, les films […], les noms des fleurs dans les jardins », l. 1-4) : savoir social et savoir culturel mêlés. Parenthèses qui disent la crainte et le manque (« tant de crainte d'y manquer », l. 1-2 ; « faute de temps », l. 3). « S'élever, pour elle, c'était d'abord apprendre » (l. 6) : le savoir est une ascension sociale ; le discours de la mère est rapporté (« il faut meubler son esprit », l. 6-7), ce qui marque son vocabulaire emprunté. Les livres traités comme objets sacrés : « Elle se lavait les mains avant de les toucher » (l. 8).
- Deuxième paragraphe (l. 9 à 21) : l'éducation à travers la fille. « Elle a poursuivi son désir d'apprendre à travers moi » (l. 9) : la mère se sert de sa fille comme d'un relais. Le rapport s'inverse : la fille enseigne, et la mère trouve normal que son enfant la « reprenne » quand elle dit un « mot de travers » (l. 11-12) ; la mère adopte le vocabulaire de l'école (« récré », « compos », « gym », l. 11) et abandonne le sien (« faire collation » devient « goûter », l. 13). Elle conduit sa fille vers la culture légitime (« monuments historiques », « musée », « tombes de la famille Hugo », l. 13-14), « toujours prête à admirer » (l. 14). La parenthèse finale (l. 16-21) introduit le doute de l'autrice : cette culture est peut-être moins un plaisir qu'une fierté de « me pousser vers des connaissances et des goûts qu'elle savait être ceux des gens cultivés » ; Dickens et Daudet remplacent Confidences « davantage pour mon bonheur que pour le sien ».
- Troisième paragraphe (l. 22 à 28) : la mère, figure dominante. « Je la croyais supérieure à mon père » (l. 22) : le jugement d'enfant, que l'imparfait « croyais » met à distance ; les causes : proximité avec « des maîtresses et des professeurs » (l. 23). Lexique du pouvoir : « autorité », « ambition », « figure dominante », « la loi » (l. 23, 28). Entre mère et fille, « une connivence » (l. 24) autour de la lecture, des poèmes, du salon de thé, dont le père est « exclu » (l. 25) ; au père revient le jeu, le corps et la nature (foire, cirque, vélo, légumes, l. 25-27). Chute : « Avec lui je m'amusais, avec elle j'avais des « conversations ». Des deux, elle était la figure dominante, la loi » (l. 27-28).
RéponseLe texte progresse de la mère qui désire apprendre à la mère qui éduque par sa fille puis à la mère qui domine : un désir de savoir, une transmission réciproque, une autorité.
1-CRelever et interpréter les procédés d'écriture qui caractérisent cette relation.Touche pour voir la correction
À retenir Un procédé n'a de valeur que par ce qu'il produit : citer, nommer, interpréter.
- L'énumération (l. 1-4 ; l. 25-27) : accumulation des savoirs que la mère désire, puis des plaisirs que le père offre ; elle donne une image concrète et sans commentaire des deux univers.
- Les guillemets (l. 6-7, 11, 12, 13, 28) : mots de la mère ou mots d'école, tenus à distance, qui montrent le langage comme enjeu de classe (« faire collation » / « goûter »).
- Les parenthèses (l. 1-2, 3, 6-7, 16-21) : voix seconde de l'autrice, qui nuance, doute et interprète (« peut-être », l. 17) : un regard lucide d'adulte sur l'enfance.
- L'imparfait d'habitude (« faisait », « avait plaisir », « emmenait », « lisait ») : des gestes répétés qui font de l'éducation un quotidien ; le passé composé « Elle a poursuivi » (l. 9) marque le bilan.
- La phrase nominale « Toujours prête à admirer » (l. 14) : l'admiration résumée sans commentaire, avec une pointe d'ironie tendre.
- L'antithèse « Avec lui je m'amusais, avec elle j'avais des « conversations » » (l. 27-28) : jeu / savoir, corps / langage ; les guillemets signalent le mot de la mère, ou son poids.
- Le lexique du pouvoir (« autorité », « ambition », « dominante », « la loi », l. 23-28) : l'amour s'exprime par l'exigence ; « la loi » donne à la mère le rôle traditionnellement dévolu au père.
- L'écriture « plate » : phrases courtes, vocabulaire simple, absence de pathos : l'émotion naît du fait brut (lavage des mains, tombes de Hugo).
RéponseÉnumérations, guillemets, parenthèses, imparfait itératif et lexique du pouvoir disent une relation faite de désir de savoir, de transmission inversée et d'autorité.
1-DRédiger l'introduction.Touche pour voir la correction
À retenir Situer l'œuvre, présenter le passage, poser la question, annoncer le plan.
- Rédaction possible : « En 1988, Annie Ernaux publie Une Femme, récit de la vie de sa mère, issue d'un milieu populaire normand, qu'elle écrit après sa mort dans une écriture volontairement dépouillée. Dans cet extrait, l'autrice évoque l'éducation qu'elle a reçue et la façon dont sa mère, désireuse de s'instruire, a cherché à apprendre à travers elle. Comment la relation d'éducation entre la mère et la fille est-elle caractérisée dans le texte ? Nous verrons d'abord une mère animée d'un désir d'apprendre, puis une éducation réciproque, où la fille instruit en partie sa mère, avant d'analyser la relation d'autorité et de connivence qui en résulte. »
RéponseIntroduction rédigée ci-dessus.
1-ERédiger la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir Bilan et ouverture.
- Rédaction possible : « La relation d'éducation entre la mère et la fille est donc faite d'un désir de savoir transmis, d'un échange inversé où l'enfant instruit sa mère, d'une ambition sociale et d'une autorité qui n'exclut ni la tendresse ni la fierté ambiguë. L'écriture sobre d'Ernaux refuse le pathos et laisse voir le lien entre éducation et classe sociale. On peut rapprocher ce texte de La Honte ou de La Place, où l'autrice explore le même passage d'un milieu à un autre. »
RéponseÉducation réciproque, ambitieuse et dominante, écrite sans pathos.
Piège Ne pas citer de numéro de ligne autre que ceux imprimés (5, 10, 15, 20, 25) : on peut les encadrer par « l. 9 » en se repérant à ces repères. Ne pas faire de contresens sur « la loi » : c'est la mère qui incarne l'autorité.
Exercice 2 : Deuxième partie — Essai philosophique10 points
Question : « Apprend-on seulement pour faire plaisir aux autres ? ». Essai philosophique : une problématique, des notions définies, un plan argumenté appuyé sur des références philosophiques précises et des exemples ; le texte d'Ernaux peut servir d'exemple.
2-AAnalyser le sujet et formuler la problématique.Touche pour voir la correction
À retenir Chaque mot compte, surtout « seulement » : la question n'est pas « apprend-on parfois pour plaire ? » mais « est-ce le seul motif ? ».
- « Apprendre » : acquérir un savoir, un savoir-faire ou une manière d'être, par l'étude, l'imitation ou l'expérience.
- « Faire plaisir aux autres » : chercher l'approbation, l'affection, l'estime, la reconnaissance de parents, d'enseignants, du groupe.
- « Seulement » : il est admis que ce motif existe ; la question demande s'il est exclusif. Elle invite à chercher d'autres motifs (curiosité, utilité, plaisir, liberté, développement de soi).
- Tension : désir de reconnaissance (motif extérieur) / désir de savoir (motif intérieur).
- Problématique : le désir d'apprendre est-il toujours dérivé du désir de plaire et d'être reconnu, ou existe-t-il un désir propre de savoir, indépendant du regard des autres ? Peut-on même séparer les deux ?
RéponseProblématique : apprendre répond-il toujours à un désir de plaire et d'être reconnu, ou y a-t-il un désir propre de savoir, et comment s'articulent-ils ?
2-BProposer un plan détaillé avec références.Touche pour voir la correction
À retenir Un plan à trois temps (thèse / antithèse / dépassement) avec, pour chaque idée, un auteur ou une œuvre précis et un exemple.
- I. Oui, on apprend souvent pour plaire. (a) L'enfant apprend sous le regard de ses parents et de ses maîtres : récompenses, notes, approbation ; le texte d'Ernaux montre une mère qui apprend pour s'élever et une fille qui lit pour la connivence avec elle. (b) Le désir est désir de reconnaissance (Hegel, Phénoménologie de l'esprit, dialectique du maître et de l'esclave) : on veut être reconnu par une autre conscience. (c) Bourdieu (La Distinction, 1979) : la « bonne volonté culturelle » des classes populaires et moyennes ; apprendre pour se conformer à la culture légitime et être reconnu. Rousseau (Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755) : l'amour-propre fait vivre dans le regard d'autrui.
- II. Non, on apprend aussi pour soi. (a) Désir naturel de savoir : « Tous les hommes désirent naturellement savoir » (Aristote, Métaphysique, A, 1) ; plaisir d'apprendre (Poétique, 4) : l'enfant apprend en jouant, sans spectateur. (b) Utilité et liberté : apprendre pour s'orienter, agir, choisir (Descartes, Discours de la méthode, VI : se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?, 1784 : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement »). (c) Plaisir de comprendre et joie d'accroître sa puissance d'agir (Spinoza, Éthique, III et V) ; chez Platon (Ménon), la science est tirée de soi par la réminiscence.
- III. Dépasser : le désir de plaire est souvent la porte d'entrée vers un désir propre. (a) Le désir est mimétique (Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961) : on désire d'abord ce que les autres désirent ; le désir d'apprendre naît de celui des modèles et devient ensuite le nôtre. (b) La transmission (Arendt, « La crise de l'éducation », 1954) : l'éducateur assume la responsabilité du monde et l'enfant, en apprenant, devient capable de le renouveler ; apprendre n'est ni plaire, ni se satisfaire. (c) Distinguer plaire à autrui (hétéronomie) et partager avec autrui (reconnaissance fondée sur la compréhension) ; Ernaux elle-même devient écrivaine : le désir de la mère ouvre la voie à un projet propre. Conclure : on n'apprend pas seulement pour faire plaisir aux autres, mais jamais sans eux.
RéponsePlan : I. Apprendre pour plaire et être reconnu ; II. Apprendre pour soi (curiosité, utilité, liberté, joie de comprendre) ; III. Le désir de plaire, médiation vers un désir propre de savoir.
2-CRédiger l'introduction.Touche pour voir la correction
À retenir Accroche, définition des termes, problématique, annonce du plan.
- Rédaction possible : « Du premier mot au dernier diplôme, on apprend sous le regard d'autrui : parents fiers d'un bon bulletin, enseignants satisfaits d'un élève, camarades qui admirent. Apprendre, c'est acquérir un savoir ou une compétence ; plaire, c'est chercher l'approbation de l'autre. Est-ce donc pour faire plaisir aux autres que nous apprenons ? Le mot « seulement » invite à se demander si ce motif est le seul, ou s'il existe un désir de savoir indépendant du regard d'autrui. Nous verrons d'abord que le désir de reconnaissance est un puissant moteur de l'apprentissage, puis que l'on apprend aussi pour soi, par curiosité, par utilité ou par plaisir de comprendre, avant de montrer que le désir de plaire peut devenir la médiation d'un désir propre de savoir. »
RéponseIntroduction rédigée ci-dessus.
2-DRédiger la conclusion.Touche pour voir la correction
À retenir Répondre clairement à la question posée.
- Rédaction possible : « Ainsi, on n'apprend pas seulement pour faire plaisir aux autres : le désir de reconnaissance est un moteur puissant, surtout dans l'enfance, mais il coexiste avec la curiosité naturelle, l'utilité et la joie de comprendre, et le regard d'autrui est souvent ce par quoi un désir propre peut naître. Apprendre est personnel, mais jamais solitaire. On peut alors se demander si l'école doit chercher à développer ce désir propre plutôt que le désir de plaire, par exemple en valorisant la compréhension plutôt que la note. »
RéponseOn n'apprend pas seulement pour plaire : la reconnaissance est un moteur, mais le désir de savoir est propre, et les deux se nouent.
Piège Éviter d'opposer trop nettement motif intérieur et motif extérieur : le dépassement consiste à montrer leur articulation. Ne pas réduire le sujet à l'école : apprendre un métier, une langue, un savoir-vivre.
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