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Bac 2026

HLP – Antilles-Guyane 2026 – Sujet 1 : correction détaillée

HLP, 4 heures · première partie 10 points + deuxième partie 10 points, sur copies séparées

Corrigé

Correction rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.

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Exercice 1 : Première partie — Interprétation littéraire (Rilke)10 points

Texte de Rainer Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910, traduction de Maurice Betz modifiée), un seul paragraphe de 21 lignes numérotées de 5 en 5. Question : « D'après ce texte, à quelles conditions peut « se leve[r] le premier mot d'un vers » ? ». Il faut relever les conditions dans leur ordre, montrer leur progression et en expliquer la logique, avec citations et procédés d'écriture.

1-ASituer le texte et formuler la thèse.Touche pour voir la correction

À retenir Situer l'œuvre (genre, narrateur), dire de quoi parle le passage et ce qu'il affirme.

Démarche
  1. Situation : Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910) sont un roman en fragments, le journal d'un jeune poète danois à Paris, où Rilke fait réfléchir son personnage aux conditions de l'écriture ; le passage est une méditation sur ce qu'il faut pour écrire « un seul vers ».
  2. Forme : une seule longue phrase composée, rythmée par la répétition de « il faut » ; un ton impératif et solennel ; deux paliers marqués par « il ne suffit même pas ».
  3. Thèse : le vers ne naît ni de la technique ni du simple savoir : il suppose une vie d'expériences multiples et intenses, puis leur oubli, une longue patience et leur transformation en substance intime (« sang, regard, geste »), jusqu'à ce que, par une grâce rare, le premier mot se lève.
  4. Enjeu : une conception de la poésie comme expérience et maturation, non comme exercice de style ou don spontané.

RéponseThèse : le vers naît d'une expérience vécue, oubliée puis devenue partie de l'être, et non d'un effort immédiat.

1-BRelever les conditions énoncées par le texte, dans leur ordre.Touche pour voir la correction

À retenir Repérer chaque condition (« il faut… »), les paliers (« il ne suffit même pas… ») et le terme final.

Démarche
  1. Condition 1 : avoir beaucoup vu et connu (l. 1-3) : « beaucoup de villes, d'hommes et de choses », « les animaux », « comment volent les oiseaux », le « mouvement » des « petites fleurs en s'ouvrant le matin » : une attention aiguë au monde, du plus vaste au plus infime.
  2. Condition 2 : pouvoir repenser à ses expériences intimes (l. 3-11) : « chemins dans des régions inconnues », « rencontres inattendues », « départs », « jours d'enfance dont le mystère ne s'est pas encore éclairci », parents « qu'on froissât » lorsqu'ils apportaient une joie qu'on ne comprenait pas, maladies, chambres calmes, mers, « nuits de voyage » : le passé personnel, y compris ses énigmes. Premier palier : « et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela » (l. 11-12).
  3. Condition 3 : avoir vécu des expériences extrêmes (l. 12-15) : « nuits d'amour », « cris de femmes en couche », « accouchées endormies », être « auprès de mourants », « auprès de morts » : naissance, amour, mort, c'est-à-dire la vie dans ce qu'elle a de plus intense et de plus grave.
  4. Condition 4 : savoir oublier et attendre (l. 16-17) : « Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent » : deuxième palier ; le souvenir brut encombre, il doit s'enfouir.
  5. Condition 5 : que les souvenirs deviennent substance de l'être (l. 17-20) : « Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous » : l'expérience incorporée, anonyme, intégrée au corps et à la perception.
  6. Terme : « ce n'est qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux, se lève le premier mot d'un vers » (l. 20-21) : le vers n'est pas produit mais survient ; « se lève » comme un astre ou un souffle ; « une heure très rare » : une grâce, jamais garantie.

RéponseIl faut : voir et connaître beaucoup, vivre des expériences intenses (amour, naissance, mort), les oublier et attendre patiemment, jusqu'à ce qu'elles deviennent en nous « sang, regard, geste » ; alors seulement, en « une heure très rare », le premier mot d'un vers peut se lever.

1-CAnalyser les procédés d'écriture qui construisent cette progression.Touche pour voir la correction

À retenir Relever le procédé (nom), citer, interpréter son effet.

Démarche
  1. L'anaphore de « Il faut » (huit occurrences : l. 1, 2, 2, 3, 12, 14, 16, 17) : le ton d'une exigence, presque d'un devoir moral, qui fait de la poésie une ascèse.
  2. L'énumération et la répétition de la préposition « à » (l. 3-11 : « à des chemins… à des rencontres… à des départs… à des jours… à des maladies… à des matins… à des mers… à des nuits ») : un flux de souvenirs, une accumulation que l'on dirait sans fin ; le passage de « à la mer elle-même » à « à des mers » (l. 10) généralise du singulier au pluriel.
  3. La gradation négative « il ne suffit même pas » (l. 11, 16) : chaque condition est jugée insuffisante, le palier suivant est plus intérieur : du voir au souvenir, puis de l'oubli à l'incorporation. L'adverbe « même » souligne la surenchère.
  4. L'antithèse vie-mort et les images du corps : « nuits d'amour » / « mourants », « femmes en couche » / « morts » (l. 12-15) : la poésie naît des limites de l'existence ; les détails sensoriels (« fenêtre ouverte », « bruits qui venaient par à-coups », l. 15-16) donnent une présence concrète.
  5. La métaphore du corps : « sang, regard, geste » (l. 18-19), « ne se distinguent plus de nous » : le souvenir s'est fait chair ; les trois termes passent de l'intérieur (sang) à la perception (regard) puis à l'action (geste).
  6. Le vocabulaire de l'attente et de la rareté : « patience », « attendre », « peut arriver », « une heure très rare » (l. 17-20) ; le verbe « se lève » (l. 20-21) prête au vers une autonomie ; la subordonnée « du milieu d'eux » dit que le vers vient des souvenirs sans en être la copie.
  7. Les personnifications du monde : « nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles » (l. 10-11) : l'expérience est déjà poésie dans la perception.

RéponseAnaphore, énumération, gradation négative, antithèses et métaphore du corps construisent une progression qui va du voir à l'être : l'expérience doit être intériorisée pour devenir poème.

1-DRédiger l'introduction.Touche pour voir la correction

À retenir Situer, présenter le passage, poser la question, annoncer le plan.

Démarche
  1. Rédaction possible : « En 1910, Rainer Maria Rilke publie Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, roman en fragments où un jeune poète danois, installé à Paris, médite sur son art. Dans ce passage, le narrateur énumère ce qu'il faut pour écrire « un seul vers ». À quelles conditions peut donc « se lever le premier mot d'un vers » ? Nous verrons d'abord qu'il faut une expérience vaste du monde et de la vie, puis que cette expérience, à elle seule, ne suffit pas et doit être oubliée, avant d'étudier la transformation intime qui permet l'apparition, rare, du poème. »

RéponseIntroduction rédigée ci-dessus.

1-ERédiger la conclusion.Touche pour voir la correction

À retenir Bilan, réponse à la question, ouverture.

Démarche
  1. Rédaction possible : « Selon Rilke, le vers ne naît donc ni de la simple technique ni de la simple accumulation de souvenirs : il suppose une expérience vaste et intense de la vie, que le poète doit laisser s'oublier, puis attendre avec patience qu'elle devienne sa propre substance, avant que le premier mot ne se lève, dans une « heure très rare ». Par cette exigence, le texte fait de la poésie un art de la maturation et de l'incorporation de l'expérience. On peut le rapprocher des Lettres à un jeune poète, où Rilke invite lui aussi à la patience et à l'écoute de soi. »

RéponseUne expérience vécue, oubliée, devenue substance intime, puis l'événement rare du premier mot.

Piège Il n'est pas question du nombre d'années ni de culture livresque, mais de transformation de l'expérience. Les numéros de ligne sont imprimés tous les cinq : se repérer par rapport à eux.

Exercice 2 : Deuxième partie — Essai philosophique10 points

Question : « Faut-il avoir beaucoup vécu pour créer ? ». Essai philosophique, avec problématique, notions définies, références précises (le texte de Rilke peut servir d'exemple, sans être paraphrasé) et exemples de créateurs.

2-AAnalyser le sujet et formuler la problématique.Touche pour voir la correction

À retenir « Faut-il » = est-ce une condition nécessaire ? « Beaucoup vécu » = quantité ou intensité ?

Démarche
  1. « Créer » : faire exister quelque chose de nouveau (œuvre d'art, théorie, invention) ; ce n'est pas reproduire ni imiter.
  2. « Avoir beaucoup vécu » : accumuler des expériences, durée de vie ou intensité des épreuves ; traverser l'amour, la perte, la souffrance, le voyage.
  3. « Faut-il » : l'expérience est-elle une condition nécessaire de la création ? Ou le don, l'imagination, le travail suffisent-ils ?
  4. Tension : expérience vécue / imagination et talent ; durée / intensité ; vie / œuvre.
  5. Problématique : la création suppose-t-elle une expérience préalable riche, ou naît-elle du talent, de l'imagination et du travail, indépendamment de la quantité de vie vécue ? Et que signifie « avoir vécu » pour un créateur ?

RéponseProblématique : l'expérience vécue est-elle la condition de la création, ou la création naît-elle de l'imagination, du don et du travail ?

2-BProposer un plan détaillé avec références.Touche pour voir la correction

À retenir Plan à trois temps, avec des auteurs et des créateurs précis.

Démarche
  1. I. Oui : la création se nourrit de l'expérience. (a) Rilke (Les Cahiers de Malte Laurids Brigge) : pour écrire un vers, il faut avoir vu, aimé, veillé les mourants, puis oublié. (b) Proust : l'œuvre transforme la vie vécue (À la recherche du temps perdu, Le Temps retrouvé : « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie… c'est la littérature »). (c) Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, « Lire et écrire ») : « De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce que l'on écrit avec son sang » ; Goethe, Poésie et Vérité ; les œuvres de la maturité (Beethoven, derniers quatuors ; Matisse, papiers découpés).
  2. II. Non : on peut créer sans avoir beaucoup vécu. (a) Précocité : Rimbaud écrit l'essentiel de son œuvre entre 16 et 20 ans, Mozart compose enfant, Radiguet écrit Le Diable au corps à 17-18 ans ; en sciences, Einstein publie ses articles de 1905 à 26 ans. (b) Le génie est un don de la nature (Kant, Critique de la faculté de juger, § 46 : « Le génie est le talent (don naturel) qui donne ses règles à l'art ») ; l'imagination peut créer ce que l'on n'a pas vécu (Kafka écrit L'Amérique sans avoir quitté l'Europe). (c) Vivre ne suffit pas : beaucoup d'expériences ne font pas une œuvre ; il faut le travail, la forme, la technique (Flaubert, Valéry).
  3. III. Dépasser : ce qui compte est la transformation de l'expérience, son intensité et sa réflexion. (a) Rilke lui-même : il ne suffit pas d'avoir des souvenirs ; il faut qu'ils deviennent « sang, regard, geste ». (b) Une enfance suffit parfois : l'intensité d'une expérience première (Proust, la madeleine ; Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne : « le génie n'est que l'enfance retrouvée à volonté ») ; vivre, c'est aussi percevoir intensément, pas seulement accumuler. (c) La création elle-même est une expérience qui fait vivre davantage : créer, c'est vivre autrement. Conclure : il ne faut pas avoir beaucoup vécu en quantité, mais avoir vécu intensément et avoir transformé son expérience.

RéponsePlan : I. L'œuvre se nourrit de l'expérience (Rilke, Proust, Nietzsche) ; II. Précocité, don et imagination montrent qu'on peut créer sans avoir beaucoup vécu (Rimbaud, Kant) ; III. Ce qui importe est l'intensité et la transformation de l'expérience.

2-CRédiger l'introduction.Touche pour voir la correction

À retenir Accroche, définition, problématique, annonce du plan.

Démarche
  1. Rédaction possible : « On imagine volontiers que les grandes œuvres naissent de longues vies, de voyages, de deuils et de passions, comme si l'on ne pouvait créer qu'après avoir beaucoup éprouvé. Créer, c'est faire advenir quelque chose de nouveau ; avoir beaucoup vécu, c'est avoir accumulé des expériences, durablement ou intensément. Faut-il alors avoir beaucoup vécu pour créer, ou le talent, l'imagination et le travail suffisent-ils ? Nous verrons d'abord ce que l'expérience apporte à la création, puis les limites de cette thèse, avant de montrer que l'essentiel est l'intensité de l'expérience et sa transformation. »

RéponseIntroduction rédigée ci-dessus.

2-DRédiger la conclusion.Touche pour voir la correction

À retenir Répondre à la question et ouvrir.

Démarche
  1. Rédaction possible : « Ainsi, il ne faut pas avoir beaucoup vécu pour créer, si l'on entend par là une accumulation d'années ou d'événements : l'adolescence a produit des chefs-d'œuvre. Mais il faut avoir vécu intensément, c'est-à-dire avoir éprouvé et transformé son expérience, au sens où l'entend Rilke, pour que la création ne soit pas un simple exercice de style. La création est alors elle-même une manière de vivre plus intensément. On peut se demander si cette transformation, par laquelle la souffrance devient œuvre, est la seule voie de la création. »

RéponseL'expérience vécue compte moins par sa quantité que par son intensité et sa transformation en œuvre.

Piège Citer des créateurs précis (dates et œuvres) et ne pas confondre expérience vécue et simple biographie ou culture. Éviter les généralités sans exemple.

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