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Bac 2026
HLP – Centres étrangers 2026 – Sujet 1 (George Sand) : correction détaillée
Humanités, littérature et philosophie · 4 heures · interprétation littéraire 10 pts + essai philosophique 10 pts
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Première partie : interprétation littéraire (George Sand, Histoire de ma vie, 1855)10 points
George Sand raconte comment elle s'est retirée dans un appartement en réparation, quai Malaquais, pour écrire un roman. Le lieu (atelier de chantier, jardin abandonné) devient un refuge de solitude. Elle célèbre « le sentiment de la conquête et de la possession du temps, du silence et de nous-mêmes ».
1Quelles sont, selon cet extrait, les conditions favorables à la création ?Touche pour voir la correction
À retenir Une interprétation littéraire relève les idées du texte et les appuie sur des citations et des procédés (champ lexical, énumération, tournure, point de vue). La réponse est organisée, non linéaire.
- Première condition : la solitude et le secret. « Je vécus à Paris tout à fait cachée » (l. 1) ; « personne au monde ne me savait là, que le portier […] et ma femme de chambre » (l. 10-11). Elle parle de « solitude complète » (l. 7) et de « tanière » (l. 12), image animale d'un refuge qu'elle choisit : le retrait est volontaire (« prison volontaire », l. 16).
- Deuxième condition : le temps libre et la tranquillité. « les journées les plus tranquilles que j'aie peut-être jamais pu saisir » (l. 9-10) ; « loisir assuré » (l. 21), « rêverie complète » (l. 22) ; « du matin à la nuit » (l. 22). Le verbe « saisir » suggère que ces moments sont rares, ce que confirme « ces rares et courts instants » (l. 14) où les choses extérieures « daignent s'arranger de manière à nous laisser un calme absolu » (l. 15).
- Troisième condition : un lieu simple, voire inachevé, qui n'impose rien. L'appartement est en travaux : « pierres et de bois de travail » (l. 5-6), l'établi d'un menuisier devenu « un bureau bien suffisant pour mon petit attirail » (l. 8-9). Les « tas de planches » servent de « sièges et de lits de repos » (l. 23). Ce dénuement s'oppose aux « dorures » et à la « soie » (l. 19-20) qui viendront : la création n'exige pas de luxe, elle se contente du dépouillement.
- Quatrième condition : la nature et la présence du vivant. « de l'ombrage, de l'air et de la fraîcheur » (l. 8) ; les araignées « diligentes », les souris, les merles, les moineaux (l. 23-31). Le lieu est « désert et abandonné » (l. 7) mais peuplé d'animaux : elle s'y sent possesseur (« Tout était mien en ce lieu », l. 22-23). Cette nature offre un spectacle qui nourrit la rêverie.
- Cinquième condition : un rapport au monde à la fois coupé et maintenu. Elle entend « les bruits des voitures, les cris du dehors » (l. 32) qui lui font « sentir davantage le prix de [sa] liberté et la douceur de [son] repos » (l. 32-33) : le contraste avec la vie sociale renforce la valeur du retrait. Elle garde le lien avec ses enfants (l. 12-13) et rouvre sa porte à ses amis « quand mon roman fut fini » (l. 34) : la rupture est temporaire.
- Condition intérieure : le sentiment de maîtrise et de liberté. Le calme procure « le sentiment de la conquête et de la possession du temps, du silence et de nous-mêmes » (l. 17-18) : l'écrivain se possède lui-même. Les possessifs (« Tout m'appartenait », l. 18-19 ; « Tout était mien », l. 22-23) disent l'appropriation du lieu et de soi.
- Procédés d'écriture : les énumérations de la seconde moitié (l. 23-31), qui font vivre la scène par touches successives ; le vocabulaire de la conquête et de la possession ; l'alliance de mots « prison volontaire » (l. 16), oxymore qui transforme l'enfermement en liberté ; le passage du « je » au « nous » (« nous laisser », « nous devient », l. 15-16), qui généralise l'expérience à tout lecteur.
- Remarque de méthode : le texte ne montre pas le roman s'écrire (« non plus pour écrire », l. 29) ; il décrit le cadre et l'état d'esprit qui le rendent possible. Pour la rédaction, on peut organiser la réponse en trois temps : la solitude et le temps (secret, tranquillité), le lieu et la nature (dépouillement, vivant), la liberté retrouvée (possession de soi, retrait provisoire).
RéponseRédaction possible : Selon George Sand, la création suppose d'abord la solitude et le secret (« cachée », « tanière », « personne au monde ne me savait là »), puis un temps libre et tranquille (« loisir assuré », « rêverie complète », « du matin à la nuit »). Elle demande aussi un lieu dépouillé, inachevé, qui n'impose aucun luxe (l'établi d'un menuisier devenu bureau), et la présence discrète de la nature et des animaux (ombrage, araignées, merles). Elle repose enfin sur le sentiment de liberté et de maîtrise de soi (« possession du temps, du silence et de nous-mêmes »). Cette retraite reste provisoire : le bruit du dehors en fait sentir le prix, et Sand rouvre sa porte à ses amis quand le roman est fini.
Vérification Numéros de lignes d'après la numérotation imprimée (le numéro est placé après la ligne : l. 5 = « motif. Les vastes pièces… », l. 10 = « être jamais pu saisir… », l. 15 = « où les choses extérieures… », l. 20 = « et de soie… », l. 30 = « perron. Le chardon… »).
Piège Ne pas se contenter de résumer le texte ni d'inventer des conditions non présentes (par exemple l'inspiration divine ou le travail acharné, absents). Ne pas oublier que la solitude n'est pas un exil : elle est choisie et provisoire.
Exercice 2 : Deuxième partie : essai philosophique10 points
Sujet : « La création exige-t-elle nécessairement de rompre avec la société ? ». L'extrait de George Sand fournit un point de départ (la retraite) sans l'imposer. Les termes à définir : création, rompre, société, nécessairement.
2La création exige-t-elle nécessairement de rompre avec la société ? (essai argumenté, avec références philosophiques et culturelles).Touche pour voir la correction
À retenir Définir « création » (produire quelque chose de nouveau, artistique ou non) et « rompre » (s'écarter de façon durable, par opposition à s'isoler momentanément) ; distinguer rupture matérielle (isolement) et rupture critique (s'écarter des normes).
- Analyse du sujet : « création » = produire du nouveau, œuvre d'art mais aussi invention scientifique ou technique ; « rompre » = se couper durablement, ce qui dépasse l'isolement momentané ; « société » = l'ensemble des relations, normes, langage et institutions ; « nécessairement » = condition indispensable, sans exception. Le sujet n'interroge donc pas « le créateur a-t-il parfois besoin de solitude ? » mais « peut-on créer sans rompre ? ».
- Problématique : la création suppose-t-elle de se couper de la société pour échapper à ses normes, ou la société en est-elle la source, la matière et le destinataire, de sorte que créer reviendrait à créer avec elle, voire pour elle ?
- Partie 1 : oui, la rupture apparaît comme nécessaire. Création et originalité demandent distance : concentration, silence (Sand dans l'extrait, « solitude complète »). Les normes, les conventions et l'opinion pèsent sur l'invention : Rousseau (Discours sur les sciences et les arts) voit dans la vie sociale une source de conformisme et d'apparence ; Nietzsche fait se retirer Zarathoustra dans la montagne pour penser. Le génie chez Kant (Critique de la faculté de juger, § 46) donne la règle à l'art sans suivre de règle apprise : il est en rupture avec l'imitation. L'image de l'artiste maudit (Rimbaud, Van Gogh) prolonge ce cliché romantique.
- Partie 2 : non, la création est profondément sociale. Le langage, les techniques, les formes (sonnet, perspective) sont hérités : l'artiste dialogue avec une tradition (Montaigne lisant les anciens, Du Bellay défendant et illustrant la langue française). Il crée pour un public : sans lecteur ou spectateur, l'œuvre n'est pas achevée (Sartre, Qu'est-ce que la littérature ? : l'œuvre n'existe que par la lecture d'autrui). La société est aussi une source de sujets et d'émotions : Balzac et la Comédie humaine, Hugo, Zola, Picasso et Guernica. Même la romancière retirée (Sand) écrit sur et pour les autres.
- Partie 3 : dépassement. La rupture est un moment, non un état : retrait provisoire (Sand rouvre sa porte à ses amis), distance critique qui permet de mieux voir (Montaigne dans sa « librairie », la tour d'où il observe le monde). Il faut distinguer l'isolement physique et l'indépendance d'esprit. Le créateur est à la fois dedans et dehors : l'« insociable sociabilité » (Kant, Idée d'une histoire universelle, 4e proposition) pousse l'homme à se distinguer des autres tout en ayant besoin d'eux.
- Conclusion : la création demande souvent un retrait, jamais une rupture totale. Elle emprunte à la société ses matériaux, ses formes et son destinataire, et elle demande à la solitude le recul qui lui permet de les transformer. L'exigence n'est donc pas la rupture, mais la distance.
RéponsePlan proposé : I. Créer demande de s'écarter en apparence (concentration, indépendance, génie). II. Mais la création est sociale (héritage, langage, public, matière). III. Rupture provisoire et distance critique : on se retire pour mieux revenir. Modèle d'ouverture : « On imagine volontiers l'artiste seul dans son atelier, retiré du monde ; George Sand elle-même s'enferme dans un appartement en travaux pour écrire un roman. Pourtant peut-on créer en rompant avec la société, dont on tient la langue, les formes et les lecteurs ? La création exige-t-elle nécessairement une telle rupture ? Nous examinerons d'abord pourquoi créer suppose en apparence un retrait, puis ce que la création doit à la société, avant de distinguer retrait provisoire et rupture véritable. »
Piège Ne pas confondre solitude et rupture, ni création artistique et simple innovation technique ; ne pas oublier d'examiner « nécessairement » (une exception suffit à répondre : on peut créer en société).
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