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Bac 2026
HLP – Métropole 2026 – Sujet 2 (Raymond Aron) : correction détaillée
Humanités, littérature et philosophie · 4 heures · interprétation philosophique 10 pts + essai littéraire 10 pts
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Première partie : interprétation philosophique (Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire, 1946)10 points
Aron examine l'idée d'une « sincérité passive » : se connaître en s'en tenant à la « conscience instantanée de soi », en respectant les « impressions naïves ». Il la juge « inacceptable » et « irréalisable ». Le texte est une argumentation par questions rhétoriques puis par objections.
1Dans quelle mesure peut-on, selon ce texte, se connaître authentiquement ?Touche pour voir la correction
À retenir Reconstituer l'argumentation (thèse refusée, objections, thèse défendue) puis répondre à « dans quelle mesure » : on se connaît authentiquement non par la coïncidence passive avec soi, mais par un travail de discernement et de construction de soi.
- Repérer l'idéal discuté : « s'en tenir à la conscience instantanée de soi » ; « la sincérité absolue serait […] la coïncidence incessamment renouvelée de l'être avec lui-même, le respect absolu des impressions naïves ». C'est une sincérité passive : se découvrir « sans se modifier ». Aron la formule d'abord par des questions, puis la rejette : « cet idéal […] est inacceptable ».
- Premier argument : cet idéal est irréalisable parce qu'il « mutile et défigure les données de l'existence humaine ». Il suppose que la conscience se réduit à l'instant et ignore la durée, la mémoire, le projet, ce qui fait l'existence humaine.
- Deuxième argument : une telle sincérité serait aussi « instable autant que son objet » (les états de conscience changent sans cesse) et indifférente à la valeur. Elle ne saurait pas distinguer « ce qui est superficiel et ce qui est profond, entre les pensées errantes et les impulsions enracinées », ni « les sentiments que l'on éprouve et ceux que l'on se figure éprouver ». Elle en viendrait à « consacrer tout le vécu » (note : donner une valeur égale à tout ce qui est vécu) : tout se vaut, il n'y a plus de hiérarchie.
- Troisième argument : elle est contradictoire. En voulant ne pas construire le moi, elle « en viendrait ainsi […] à construire le moi, sous prétexte de ne pas construire ». Car « bon gré mal gré, toujours on se détermine, partiellement au moins, par l'idée que l'on se fait de soi-même » : se connaître modifie ce que l'on est, contrairement à l'illusion de « se découvre sans se modifier ».
- Quatrième argument : une telle morale imposerait « de perpétuels renouvellements » : « au lieu de se créer un, on s'imposerait de perpétuels renouvellements, ou du moins on les accepterait parce que le devenir serait la valeur suprême ». Elle détruit donc l'unité de la personne (« un »).
- Ce que le texte implique en positif : se connaître authentiquement suppose un discernement (distinguer le profond du superficiel, le réel du supposé), une continuité (un moi un, non éclaté) et la reconnaissance que la connaissance de soi est aussi une construction de soi. Authenticité ne veut pas dire passivité.
- Répondre à « dans quelle mesure » : on se connaît authentiquement dans la mesure où l'on ne se contente pas de l'instant, mais où l'on interprète et trie ses états, en acceptant que cette connaissance soit en partie création de soi. Le texte nie la possibilité d'une transparence pure à soi-même.
- Précision : Aron reconnaît à cet idéal une « séduction littéraire » (l. 5) mais le juge « inacceptable ». Le texte vise sans la nommer une tradition d'introspection : ne pas lui attribuer de noms (Rousseau, Gide) qu'il ne donne pas.
RéponseRédaction possible : Selon Aron, on ne peut se connaître authentiquement par la seule conscience instantanée ni par la sincérité passive : elles sont instables, confondent tout le vécu, ne discernent pas le profond du superficiel, et construisent le moi en prétendant ne pas le faire. On se connaît authentiquement dans la mesure où l'on discerne, hiérarchise ses sentiments et assume que se connaître est aussi se former, avec une unité qui dure.
Vérification La « construction » du moi est l'idée centrale. Le texte ne formule pas explicitement la thèse positive : elle est déduite par contraste (discernement, unité, construction assumée).
Piège Ne pas conclure que le texte rejette toute connaissance de soi : il rejette seulement la sincérité passive. Ne pas dire qu'on n'a aucun accès à soi. Ne pas plaquer Sartre ou Rousseau comme références sûres du texte.
Exercice 2 : Deuxième partie : essai littéraire10 points
Sujet : « La littérature permet-elle “de discerner les sentiments que l'on éprouve et ceux que l'on se figure éprouver” ? ». La citation est tirée du texte d'Aron. Il s'agit de savoir si la littérature (roman, autobiographie, poésie, théâtre) est un instrument de lucidité sur soi, ou si elle peut aussi entretenir l'illusion.
2La littérature permet-elle « de discerner les sentiments que l'on éprouve et ceux que l'on se figure éprouver » ? (essai littéraire argumenté, appuyé sur des œuvres).Touche pour voir la correction
À retenir Montrer d'abord comment la littérature analyse les sentiments (moraliste, roman d'analyse, autobiographie), puis ses limites (fiction, illusion, bovarysme), avant de dépasser en parlant d'une lucidité conquise par la forme.
- Définitions : « discerner » : distinguer le vrai du faux, le profond du superficiel ; « sentiments que l'on éprouve » (réels) et « que l'on se figure éprouver » (imaginés, empruntés). La littérature : récits, poèmes, théâtre, mémoires.
- Problématique : la littérature est-elle un outil de lucidité sur nos sentiments, ou peut-elle nous les faire prendre pour réels (modèles, idéalisation) ?
- Partie 1 : oui, elle éclaire. La littérature d'analyse : La Rochefoucauld, Maximes (l'amour-propre déguisé en vertu), La Princesse de Clèves (l'aveu, la distinction entre passion et devoir), Proust, À la recherche du temps perdu (la jalousie, les illusions de l'amour, le moi multiple), Stendhal (cristallisation dans De l'amour). L'autobiographie (Rousseau, Les Confessions) tente la sincérité. Le roman nous donne des situations dans lesquelles nous reconnaissons nos affects.
- Partie 2 : mais elle peut aussi tromper. Emma Bovary (Flaubert) se figure éprouver les sentiments lus dans les romans : le bovarysme est l'illusion que la littérature produit. René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque : le désir est médiatisé par des modèles. La poésie lyrique peut idéaliser ou exagérer. L'écriture de soi peut aussi se mentir (reconstruction, pose).
- Partie 3 : dépassement. La littérature n'est lucide que par un travail : distance ironique (Flaubert dénonce Emma), ou analyse par l'écriture elle-même, qui force à nommer et à trier (Proust : la littérature comme « vraie vie » retrouvée, Le Temps retrouvé). Le lecteur doit aussi interpréter : la littérature donne un instrument, non un diagnostic. Elle fait écho à Aron : se connaître est un travail de discernement, non une transparence.
- Conclusion : la littérature permet de discerner nos sentiments quand elle les analyse et les met à distance ; elle peut aussi les travestir. Elle est un laboratoire d'expériences, utile à qui sait lire avec lucidité.
RéponsePlan proposé : I. La littérature, instrument d'analyse des sentiments (La Rochefoucauld, Mme de La Fayette, Proust). II. Elle peut aussi produire des illusions (Flaubert, bovarysme ; Girard). III. Une lucidité conquise par la forme et l'ironie, à condition d'un lecteur critique. Modèle d'ouverture : « Aron remarque que nous ne savons pas toujours distinguer les sentiments que nous éprouvons de ceux que nous nous figurons éprouver. La littérature, qui met en scène des sentiments, peut-elle nous aider à discerner le vrai du figuré ? Nous verrons qu'elle analyse nos passions, mais aussi qu'elle peut les travestir, avant de montrer à quelles conditions elle devient un outil de lucidité. »
Piège Ne pas commenter le texte d'Aron (c'est la première partie) ; ne pas faire un catalogue d'auteurs sans analyse ; ne pas oublier la partie critique (bovarysme).
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