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Bac 2026

HLP – Antilles-Guyane 2026 – Sujet 2 : correction détaillée

Humanités, littérature et philosophie · 4 heures · interprétation philosophique 10 pts + essai littéraire 10 pts

Corrigé

Correction rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.

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Exercice 1 : Première partie : interprétation philosophique (Diderot, Le Rêve de d'Alembert)10 points

Le texte est un dialogue entre le médecin Bordeu et Mademoiselle de Lespinasse. Bordeu décrit l'être sensible, dominé par son corps (diaphragme, « faisceau » des nerfs), puis oppose à lui le « grand homme » qui, par un travail sans relâche, se rend maître de sa sensibilité et devient un « sage ». Mademoiselle de Lespinasse résiste (« Dieu me garde de la société de ce sage-là »), puis cède (« Je m'y résous »). Une question unique est posée, qui demande une réponse nuancée (« dans quelle mesure »).

1Dans quelle mesure, d'après ce texte, faudrait-il « s'occup[er] sans relâche » à « affaiblir » et à « dominer » notre sensibilité ?Touche pour voir la correction

À retenir Une interprétation philosophique suit le texte au plus près : on dégage la thèse, on reconstitue l'argumentation étape par étape, on explique les termes clés, puis on discute la portée en répondant précisément à « dans quelle mesure » (jusqu'où, à quelles conditions, avec quelles limites).

Démarche
  1. Situer le texte : extrait d'un dialogue de Diderot (1769). Deux voix : Bordeu (médecin, matérialiste, il décrit et prescrit) et Mademoiselle de Lespinasse (elle se reconnaît dans l'être sensible, puis se range à l'avis de Bordeu). Le « faisceau » est le réseau des nerfs ; « l'origine du faisceau » désigne le centre nerveux, qui coordonne le corps et la pensée.
  2. Première étape (l. 1 à 7) : description de l'être sensible. Il est « abandonné à la discrétion du diaphragme » (l. 1-2) : il subit son corps. Un simple « mot touchant » ou un « phénomène singulier » (l. 2) déclenche un « tumulte intérieur » : frisson, horreur, larmes, soupirs, « la voix qui s'interrompt » (l. 3-5). Conséquence : « plus de sang-froid, plus de raison, plus de jugement, plus d'instinct, plus de ressource » (l. 6-7), une anaphore de « plus de » qui énumère ce que la sensibilité fait perdre. Mademoiselle de Lespinasse : « Je me reconnais » (l. 8).
  3. Deuxième étape (l. 9 à 14) : le grand homme, qui a lui aussi reçu cette « disposition naturelle », « s'occupera sans relâche à l'affaiblir, à la dominer, à se rendre maître de ses mouvements, et à conserver à l'origine du faisceau tout son empire » (l. 9-11). C'est un travail, non un don. Résultat : il « se possédera au milieu des plus grands dangers », « jugera froidement, mais sainement » (l. 12-13), rien « ne lui échappera », « On l'étonnera difficilement » (l. 13-14).
  4. Troisième étape (l. 14 à 20) : les bénéfices. Le grand homme excelle partout : « grand roi, grand ministre, grand politique, grand artiste, surtout grand comédien, grand philosophe, grand poète, grand musicien, grand médecin » (l. 15-16) ; « Il règnera sur lui-même et sur tout ce qui l'environne » (l. 17). Il ne craindra pas la mort, qui, selon « le stoïcien », est « une anse que saisit le robuste pour mener le faible partout où il veut » (l. 18-19) : en cassant l'anse, il « aura cassé l'anse » et se sera « affranchi de toutes les tyrannies de ce monde » (l. 19-20). La maîtrise de soi est donc condition de liberté et de pouvoir.
  5. Quatrième étape (l. 20 à 22) : le renversement. « Les êtres sensibles ou les fous sont en scène. Il est au parterre. C'est lui qui est le sage » (l. 20-22). Le sage est un spectateur lucide ; les sensibles sont des acteurs agités. Le texte rapproche sensibilité et folie, et distingue l'acteur emporté (qui subit) du comédien maître de son jeu (qui joue, sans éprouver).
  6. Cinquième étape (l. 23 à 27) : la réserve de Mademoiselle de Lespinasse, « Dieu me garde de la société de ce sage-là » (l. 23), exprime ce que ce sage perd : la chaleur des affections, la vie commune. Bordeu lui répond que sans effort on aura, « alternativement des peines et des plaisirs violents », on passera sa « vie à rire et à pleurer » et on ne sera « jamais qu'un enfant » (l. 24-26). Elle conclut : « Je m'y résous » : l'effort lui paraît désirable, au moins comme exigence d'autonomie.
  7. Expliquer « dans quelle mesure » : le texte ne demande pas d'éteindre la sensibilité mais de l'« affaiblir » et de la « dominer ». Le verbe « dominer » suppose qu'elle subsiste (elle est une « disposition naturelle ») : il s'agit de la gouverner, non de la supprimer. Elle devient mauvaise quand elle prive de jugement et de liberté, notamment dans le danger, dans l'action publique ou la création.
  8. Discuter la portée : l'idéal du grand homme est ambivalent. Il garantit lucidité et indépendance (au sens des stoïciens, auxquels le texte renvoie), mais il paraît froid, voire inhumain : la réaction de Mademoiselle de Lespinasse l'indique. Diderot, par ailleurs, fait de la sensibilité une propriété universelle de la matière dans le reste de l'œuvre : la dominer n'est donc pas la nier, c'est la canaliser. Le texte peut aussi être lu avec ironie : le sage est « au parterre », loin de la scène de la vie. La condition humaine, pour Diderot, reste sensible : la sagesse est affaire de mesure.
  9. Conclusion : réponse nuancée. Il faut travailler à dominer sa sensibilité dans la mesure où elle nous prive de raison, de jugement et de liberté (devant le danger, la peur, la tyrannie), mais le prix est l'effacement des plaisirs et de la tendresse ; Diderot laisse au lecteur le soin de peser.

RéponseThèse : l'être sensible est le jouet de son corps (tumulte, perte du jugement) ; le grand homme, né avec la même disposition, la domine par un effort constant et gagne lucidité, liberté et pouvoir. Il faut donc travailler à la dominer dans la mesure où elle ruine la raison et l'action, mais le texte souligne le coût humain (froideur, perte des plaisirs et de la société). Introduction possible : « Dans ce passage du Rêve de d'Alembert (1769), Diderot fait dialoguer le médecin Bordeu et Mademoiselle de Lespinasse sur la sensibilité. Faut-il, comme le propose Bordeu, s'occuper sans relâche à l'affaiblir et à la dominer ? Nous verrons que le texte oppose l'être sensible, emporté par son corps, au grand homme maître de lui-même, avant d'examiner jusqu'où cette maîtrise est souhaitable. »

Vérification « s'occupera sans relâche à l'affaiblir, à la dominer » (l. 10), « Les êtres sensibles ou les fous sont en scène. Il est au parterre » (l. 20-21), « Dieu me garde de la société de ce sage-là » (l. 23).

Piège Ne pas confondre dominer et supprimer la sensibilité ; ne pas faire de Bordeu le simple porte-parole de Diderot sans noter la résistance de Mademoiselle de Lespinasse. Ne pas répondre hors texte. Le « stoïcien » cité n'est pas nommé : ne pas lui attribuer de nom.

Exercice 2 : Deuxième partie : essai littéraire10 points

Sujet : « La littérature et les arts peuvent-ils se passer de la sensibilité ? ». L'essai s'appuie sur le texte de Diderot et sur des œuvres lues en classe. Le sujet demande de discuter un lien : la sensibilité est-elle nécessaire à la création et à la réception des œuvres ?

2La littérature et les arts peuvent-ils se passer de la sensibilité ? (essai de 2 à 3 pages argumenté, nourri du texte de Diderot et d'œuvres littéraires ou artistiques).Touche pour voir la correction

À retenir Définir les termes, formuler une problématique, bâtir un plan dialectique (oui, non, dépassement) avec exemples précis d'œuvres, et ne pas répéter le texte de la première partie.

Démarche
  1. Définitions : la sensibilité est la capacité d'éprouver (sensations, émotions, sentiments) et d'être touché ; elle concerne l'auteur (créer) et le public (recevoir). « Se passer de » : produire ou apprécier sans que l'émotion y joue un rôle nécessaire.
  2. Problématique : l'œuvre naît-elle d'une émotion ressentie et vise-t-elle à en susciter, ou bien la maîtrise, la forme et la raison suffisent-elles ? Est-ce l'œuvre qui est sensible, ou l'artiste, ou le spectateur ?
  3. Partie 1 : on peut se passer de la sensibilité brute. Diderot, dans le Paradoxe sur le comédien (rédigé vers 1773-1778, publié en 1830), soutient que le grand acteur est maître de lui et ne ressent pas ce qu'il joue : l'effet est fabriqué par la technique et la réflexion. L'art classique (Boileau, Art poétique : la maîtrise de la forme), le Parnasse (Gautier, « l'art pour l'art » ; Leconte de Lisle et l'impassibilité), le Nouveau Roman (Robbe-Grillet), l'art conceptuel, la musique construite (Bach, la fugue) : l'œuvre peut se fonder sur la construction et le recul.
  4. Partie 2 : mais la sensibilité reste première. Pour la création : le romantisme (Hugo, Les Contemplations ; Musset, « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », La Nuit de mai ; Lamartine) fait de l'émotion la source du poème ; Baudelaire transforme la douleur en poème (« Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or », projet d'épilogue des Fleurs du mal). Pour la réception : l'œuvre cherche à toucher (catharsis tragique chez Aristote : pitié et crainte ; le théâtre de Racine ; Guernica de Picasso, 1937). Sans sensibilité, il n'y a ni perception de la beauté ni jugement de goût (Kant : le plaisir esthétique est un sentiment).
  5. Partie 3 : dépassement. La sensibilité est la matière, la forme est ce qui la rend communicable. Wordsworth : la poésie naît de l'émotion remémorée dans la tranquillité (Préface aux Ballades lyriques, 1800) ; Flaubert, à Louise Colet (1852) : l'auteur doit être dans son œuvre « comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part » : présence sans exhibition. Diderot lui-même : l'artiste doit dominer sa sensibilité pour la rendre efficace, sans être anesthésié. L'art transforme l'émotion subie en émotion donnée et éduque notre sensibilité.
  6. Conclusion : la littérature et les arts ne peuvent pas se passer de la sensibilité comme source et comme visée, mais ils exigent qu'elle soit travaillée, maîtrisée par la forme. Ouverture possible : l'intelligence artificielle générant des œuvres, qui pose la question d'un art sans sensibilité vécue.

RéponsePlan proposé : I. Oui, une œuvre peut reposer sur la maîtrise et la construction (Diderot, comédien ; Parnasse ; musique construite). II. Non, la sensibilité est la source et la finalité de l'œuvre (romantisme, Baudelaire, catharsis). III. Dépassement : l'art transforme la sensibilité par la forme ; elle est nécessaire mais doit être gouvernée. Exemple d'introduction : « Ce que nous appelons sensibilité, capacité à être touché, paraît au cœur de l'expérience artistique : on lit pour ressentir, on crée pour exprimer. Pourtant, Diderot montre dans le passage étudié que la sensibilité peut aussi aveugler et priver de jugement. La littérature et les arts peuvent-ils donc se passer de la sensibilité ? Nous verrons d'abord que la maîtrise formelle peut sembler suffisante, puis que la sensibilité reste source et but de l'œuvre, avant de montrer que l'art naît de sa transformation par la forme. »

Vérification Les œuvres citées sont des pistes : s'appuyer sur celles que l'on a réellement lues.

Piège Ne pas se contenter de paraphraser Diderot ; ne pas confondre sensibilité (émotion) et sensiblerie (excès) ni l'émotion de l'auteur et celle du lecteur. Éviter l'essai sans exemples d'œuvres précises.

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