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Bac 2025

Bac 2025 – Philosophie – Amérique du Nord : correction détaillée

Philosophie, série générale, 4 h, coefficient 8 : un sujet au choix parmi trois

Corrigé

Correction rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.

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Exercice 1 : Sujet 1 (dissertation) : Une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ?20 points

Dissertation au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).

S1-1Analyser le sujet « Une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? » : définir les termes et dégager l'enjeu.Touche pour voir la correction

À retenir Une dissertation commence par l'analyse des termes, de leurs sens possibles, des présupposés et de l'enjeu ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet ou dans la récitation de cours.

Démarche
  1. Œuvre d'art : production humaine à visée esthétique, distincte de l'objet utile (fabriqué pour servir) et du beau naturel (non produit par l'homme) ; elle est un objet fait pour être regardé, entendu, lu, interprété.
  2. Plaire : procurer un plaisir ou de la satisfaction. Il faut distinguer l'agrément (plaisir sensible, immédiat, privé : « cela me plaît ») du plaisir esthétique, lié au jugement de goût et à la prétention à l'accord d'autrui (Kant).
  3. « Doit-elle » : le sujet porte sur une obligation ou une norme (plaire est-il la fin de l'art, sa condition de réussite ?), non sur le simple fait que beaucoup d'œuvres plaisent.
  4. « Toujours » : le sujet exige une nécessité sans exception ; il suffit d'une œuvre reconnue comme légitime qui déplaît, choque ou dérange pour renverser l'affirmation. Plaire à qui ? À tous, à un public cultivé, à son auteur ?
  5. Enjeu : la valeur d'une œuvre se mesure-t-elle au plaisir qu'elle procure, ou à ce qu'elle dit, montre, fait éprouver ? Ce qui est en question, c'est la fonction de l'art (divertir, embellir, révéler, critiquer, choquer).

RéponseLe sujet oppose l'art comme source de plaisir à l'art comme révélation, critique ou provocation : la valeur d'une œuvre tient-elle à l'agrément qu'elle procure ?

Piège Ne pas confondre « plaire » et « être beau », ni « déplaire » et « être raté » : une œuvre peut déranger sans être mauvaise.

S1-2Quelle problématique et quel plan détaillé pour « Une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? » ?Touche pour voir la correction

À retenir Le plan suit un mouvement dialectique (thèse, objection ou limite, dépassement) ; chaque partie avance des arguments, appuyés sur des auteurs et des exemples précis, et se clôt sur une transition qui amène la suivante.

Démarche
  1. Problématique : Si la valeur d'une œuvre ne se mesure pas seulement à l'agrément qu'elle procure, quelle est alors sa fonction, et plaire est-il une condition, un effet possible ou un simple accident de l'art ?
  2. I. Oui, plaire semble être la fin de l'art. a) Le beau se définit par le plaisir : Kant (Critique de la faculté de juger) : le jugement de goût repose sur un plaisir désintéressé auquel on prétend l'accord de tous (« est beau ce qui plaît universellement sans concept »). b) Hume (De la norme du goût) cherche un critère du bon goût, fondé sur le sentiment partagé des connaisseurs. c) La tradition classique (« plaire et instruire », Horace, puis Boileau) fait du plaisir le moyen de toucher et d'enseigner : une œuvre qui ennuie manque son but. Transition : mais une œuvre qui plaît est-elle pour cela réussie ?
  3. II. Non, une œuvre peut et parfois doit déplaire. a) L'art qui dérange : Guernica (Picasso) fait voir l'horreur de la guerre, la Fontaine de Duchamp (1917) interroge ce qu'est une œuvre ; l'histoire de l'art est pleine de scandales qui furent des révélations (Manet, Stravinsky). b) Le plaisir peut être suspect : Adorno et Horkheimer critiquent l'industrie culturelle, qui fabrique des œuvres pour plaire et divertir ; le kitsch et la flatterie sont du côté de l'agrément. c) Même les théoriciens du plaisir esthétique admettent le déplaisir : Kant avec le sublime (plaisir mêlé de déplaisir), Aristote avec la catharsis (la tragédie suscite pitié et crainte pour les purifier). Transition : si l'art peut déplaire, plaire n'est pas son essence : à quoi tient alors son pouvoir ?
  4. III. Dépassement : plaire n'est ni une obligation ni un accident, c'est un effet possible d'une œuvre qui réussit à faire éprouver. a) Hegel (Esthétique) : l'art est « l'apparaître sensible de l'idée » : son but est de manifester une vérité sous forme sensible ; le plaisir naît de cette révélation. b) Le plaisir esthétique peut naître du fait d'être déplacé ou de comprendre : on peut aimer ce qui d'abord déplaît. c) Le goût est aussi socialement construit (Bourdieu, La Distinction) : plaire varie avec les publics, ce qui interdit d'en faire la norme absolue. Le devoir de l'œuvre est de faire éprouver, de faire penser, non de flatter.

RéponseProblématique : plaire est-il la condition de l'art ou seulement un de ses effets possibles ? Plan : I. Oui, l'art est fait pour plaire (Kant, Hume, Horace) / II. Non, l'art peut et doit parfois déplaire (Picasso, Duchamp, Adorno, Kant, Aristote) / III. Dépassement : l'œuvre doit faire éprouver et révéler (Hegel, Bourdieu).

S1-3Rédiger l'introduction de la dissertation « Une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? ».Touche pour voir la correction

À retenir Introduction : accroche, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions) ; elle tient en un paragraphe ou deux, sans citer d'auteur à l'excès.

Démarche
  1. Modèle d'ouverture : Face à un tableau ou à une musique, notre première réaction est souvent de dire : « j'aime » ou « je n'aime pas », comme si le plaisir était le critère d'une œuvre réussie. Pourtant, certaines œuvres majeures ont d'abord déplu, voire scandalisé. Une œuvre d'art, production humaine à visée esthétique, doit-elle donc toujours plaire, c'est-à-dire se faire une obligation de procurer du plaisir à celui qui la reçoit ? Si le plaisir semble constitutif de l'expérience du beau, il n'est peut-être pas ce qui fait la valeur de toute œuvre. Nous verrons d'abord en quoi plaire paraît être la fin de l'art, puis en quoi des œuvres peuvent légitimement déplaire, avant de nous demander à quelles conditions le plaisir esthétique peut être compris autrement que comme simple agrément.

RéponseProblème posé : Si la valeur d'une œuvre ne se mesure pas seulement à l'agrément qu'elle procure, quelle est sa fonction, et plaire est-il une condition, un effet ou un simple accident de l'art ?

S1-4Rédiger la conclusion de la dissertation « Une œuvre d'art doit-elle toujours plaire ? ».Touche pour voir la correction

À retenir Conclusion : bilan du parcours, réponse nette à la question, ouverture éventuelle.

Démarche
  1. Rédaction possible : Une œuvre d'art ne doit pas toujours plaire. Si le plaisir esthétique accompagne souvent l'expérience du beau, et si une œuvre qui n'éveille aucun plaisir risque de n'être jamais reçue, l'histoire de l'art montre que des œuvres décisives ont dérangé, choqué ou déplu, et que la complaisance est le propre du kitsch. Plaire n'est donc ni une obligation ni un accident : c'est un effet possible d'une œuvre qui parvient à faire éprouver et penser, un plaisir qui peut naître de la surprise et de la compréhension plutôt que de la flatterie. On peut alors se demander si le jugement de goût est universel, ou si, derrière le plaisir, ne se jouent pas des hiérarchies sociales.

RéponseUne œuvre ne doit pas toujours plaire : plaire est un effet possible et non la norme de l'art, dont la fonction est de faire éprouver et de révéler.

Exercice 2 : Sujet 2 (dissertation) : Suffit-il de faire son devoir pour être juste ?20 points

Dissertation au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).

S2-1Analyser le sujet « Suffit-il de faire son devoir pour être juste ? » : définir les termes et dégager l'enjeu.Touche pour voir la correction

À retenir Une dissertation commence par l'analyse des termes, de leurs sens possibles, des présupposés et de l'enjeu ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet ou dans la récitation de cours.

Démarche
  1. Devoir : ce qui s'impose à nous comme obligatoire, soit par la raison (devoir moral : Kant), soit par la loi ou la fonction (devoirs civiques, professionnels, familiaux). Distinguer le devoir qu'on se reconnaît (autonomie) et celui qu'on subit (obéissance).
  2. Faire son devoir : accomplir ce qui est exigé. Kant distingue agir conformément au devoir (le marchand honnête par intérêt) et agir par devoir (par respect de la loi morale).
  3. Juste : au sens large, ce qui est conforme au droit, à la loi (justice légale) ; au sens plus précis, ce qui est équitable et rend à chacun son dû (Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V). Une personne juste est celle dont le caractère la porte à agir justement.
  4. « Suffit-il » : le devoir est-il une condition nécessaire et suffisante de la justice, ou seulement nécessaire ? Le sujet admet que le devoir est requis ; il demande s'il est suffisant.
  5. Enjeu : distinguer l'obéissance à une règle et le discernement qui fait la justice ; poser la question du devoir injuste et de la conscience.

RéponseFaire son devoir garantit-il la justice, ou peut-on accomplir un devoir tout en étant injuste, en sorte que la justice exige autre chose que l'obéissance ?

Piège Ne pas traiter le sujet comme « faut-il obéir à la loi ? » : il s'agit de savoir si le devoir, même bien accompli, suffit à définir la justice.

S2-2Quelle problématique et quel plan détaillé pour « Suffit-il de faire son devoir pour être juste ? » ?Touche pour voir la correction

À retenir Le plan suit un mouvement dialectique (thèse, objection ou limite, dépassement) ; chaque partie avance des arguments, appuyés sur des auteurs et des exemples précis, et se clôt sur une transition qui amène la suivante.

Démarche
  1. Problématique : Le devoir, parce qu'il exprime une règle égale pour tous, suffit-il à faire la justice, ou la justice demande-t-elle un jugement et une attention aux situations singulières que le devoir, comme règle, ne fournit pas ?
  2. I. Oui : faire son devoir, c'est respecter des règles universelles et égales pour tous. a) Pour Aristote (Éthique à Nicomaque, V), le juste est d'abord le légal et l'égal : celui qui observe les lois est juste au sens général. b) Pour Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs), l'action accomplie par devoir, par pur respect de la loi morale, a seule une valeur morale ; l'impératif catégorique universalise la règle : ce qui est exigé de l'un est exigé de tous. c) Le devoir protège contre l'arbitraire et les passions : le juge doit appliquer la loi sans acception de personnes. Transition : mais le devoir, qui commande, est-il lui-même toujours juste ?
  3. II. Non : le devoir peut être injuste ou insuffisant. a) Le devoir d'obéir peut être celui d'une loi injuste : Antigone (Sophocle) oppose aux édits de Créon les lois non écrites ; Arendt (Eichmann à Jérusalem) montre Eichmann invoquant le devoir d'obéissance et la loi, sans pensée ni jugement. b) La règle est générale, les situations singulières : Aristote lui-même fait de l'équité la correction de la loi quand sa généralité devient injuste (Éthique à Nicomaque, V, 10). c) Faire son devoir peut se réduire à une conformité extérieure : la justice demande aussi un sens d'autrui et une attention aux personnes qu'aucune règle ne remplace. Transition : la justice suppose donc un devoir éclairé, qui se juge lui-même.
  4. III. Dépassement : la justice requiert le devoir, mais aussi le jugement et la responsabilité. a) Pour Kant, le vrai devoir est celui que la raison reconnaît universalisable, non celui qu'on nous commande : le devoir authentique est autonome. b) Weber distingue éthique de conviction et éthique de responsabilité : il faut répondre des conséquences de ses actes. c) Rawls (Théorie de la justice) fait de la justice la vertu première des institutions ; Ricœur (Soi-même comme un autre) lie la visée éthique à la « vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes » : la justice dépasse le devoir individuel et inclut le jugement en situation.

RéponseProblématique : le devoir suffit-il à faire la justice ou celle-ci exige-t-elle jugement et responsabilité ? Plan : I. Oui : le devoir, règle égale pour tous (Aristote, Kant) / II. Non : le devoir peut être injuste et la règle ne suffit pas (Antigone, Arendt, Aristote) / III. Dépassement : devoir éclairé, jugement, institutions justes (Kant, Weber, Rawls, Ricœur).

S2-3Rédiger l'introduction de la dissertation « Suffit-il de faire son devoir pour être juste ? ».Touche pour voir la correction

À retenir Introduction : accroche, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions) ; elle tient en un paragraphe ou deux, sans citer d'auteur à l'excès.

Démarche
  1. Modèle d'ouverture : Un soldat qui exécute un ordre, un juge qui applique la loi, un employé qui suit une consigne : tous font leur devoir. Sont-ils pour autant justes ? Le devoir désigne ce qui nous est imposé comme obligatoire, par la morale, la loi ou la fonction que nous occupons ; la justice, elle, renvoie à ce qui est conforme au droit et à l'équité. Faire son devoir suffit-il pour être juste ? On pourrait le croire si le devoir exprimait toujours la règle juste, mais l'histoire montre des devoirs injustes, et la règle, parce qu'elle est générale, ne dit pas ce qu'il faut faire dans chaque cas. Nous examinerons d'abord pourquoi le devoir paraît constituer la justice, puis pourquoi il peut s'en écarter, avant de montrer que la justice exige jugement et responsabilité en plus de l'obéissance.

RéponseProblème posé : Le devoir, comme règle, suffit-il à faire la justice, ou celle-ci exige-t-elle un jugement que le devoir ne fournit pas ?

S2-4Rédiger la conclusion de la dissertation « Suffit-il de faire son devoir pour être juste ? ».Touche pour voir la correction

À retenir Conclusion : bilan du parcours, réponse nette à la question, ouverture éventuelle.

Démarche
  1. Rédaction possible : Faire son devoir est nécessaire pour être juste : sans règle égale pour tous, la justice se réduirait à l'arbitraire et à la faveur. Mais cela ne suffit pas : le devoir peut commander l'injustice, et la règle, parce qu'elle est générale, doit être appliquée avec discernement, comme l'équité le rappelle. Être juste suppose donc un devoir examiné et assumé, qui engage le jugement, la responsabilité des conséquences et le souci d'institutions justes. Reste à savoir si ce jugement peut lui-même être enseigné, ou s'il relève d'une qualité personnelle que nulle règle ne garantit.

RéponseLe devoir est nécessaire mais non suffisant : la justice demande en plus le jugement, la responsabilité et des institutions justes.

Exercice 3 : Sujet 3 (explication de texte) : Sartre, L'être et le néant (1943)20 points

Explication de texte au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).

S3-1Dégager la thèse du texte de Sartre, L'être et le néant (1943) et sa structure.Touche pour voir la correction

À retenir Une explication de texte part de la thèse (ce que dit l'auteur), puis du mouvement du texte (comment il l'établit) ; chaque étape est repérée par ses premiers mots.

Démarche
  1. Thèse : la signification du passé dépend de mon projet présent (« La signification du passé est étroitement dépendante de mon projet présent ») ; elle ne varie pourtant pas « au gré de mes caprices ».
  2. Première partie (jusqu'à « le passé que j'ai à être ») : énoncé de la thèse et précision : je ne change pas les faits, c'est le « projet fondamental que je suis » qui décide de leur signification pour moi et pour les autres.
  3. Deuxième partie (de « Moi seul en effet » à « de sa signification ») : explication : c'est moi seul qui décide, non en délibérant sur chaque événement, mais « en me projetant vers mes buts » ; « je sauve le passé avec moi et je décide par l'action de sa signification ».
  4. Troisième partie (de « Cette crise mystique » à « une intention passée ») : deux exemples : la crise mystique de la quinzième année (accident de puberté ou premier signe d'une conversion future, selon que je me convertis ou non) ; le séjour en prison après un vol (fructueux ou déplorable selon que je renonce à voler ou que je m'endurcis), puis une énumération (valeur d'un voyage, sincérité d'un serment d'amour, pureté d'une intention passée).
  5. Conclusion (dernière phrase) : « C'est moi, toujours moi, selon les fins par lesquelles je les éclaire » : le sens du passé dépend de l'avenir que je me donne.

RéponseLe sens du passé n'est pas fixé une fois pour toutes : c'est mon projet présent et futur qui décide de sa signification, et moi seul le peux.

Piège Les numéros de ligne n'étant pas imprimés dans le sujet, les renvois se font par étapes ou par citations du texte.

S3-2Étudier le texte de Sartre, L'être et le néant (1943) pas à pas : idées, notions, arguments, exemples.Touche pour voir la correction

À retenir On explique, on ne paraphrase pas : chaque idée est reliée à la thèse, les notions sont définies, les exemples sont justifiés, on dit ce que fait chaque passage dans l'argumentation.

Démarche
  1. La thèse et sa précision : « La signification du passé est étroitement dépendante de mon projet présent » : le passé n'a pas de sens en soi. Mais la restriction (« nullement… au gré de mes caprices ») écarte un malentendu : je ne choisis pas arbitrairement une signification ; c'est mon « projet fondamental », c'est-à-dire l'orientation d'ensemble de ma vie, qui la fixe. Sartre nomme « le passé que j'ai à être » : le passé n'est pas une chose derrière moi, c'est une dimension de mon être, que j'assume ou renie.
  2. Notions : projet (orientation vers un avenir, par lequel l'homme se fait) ; liberté (« moi seul peux décider ») ; signification (le sens d'un événement, distinct de sa réalité factuelle). Sartre distingue dans ce passage les faits (qui ont eu lieu et ne changent pas) et leur sens (qui est décidé).
  3. L'argument : décider du sens du passé n'est pas affaire de délibération (« non pas en discutant, en délibérant et en appréciant en chaque cas »), mais d'action : « en me projetant vers mes buts, je sauve le passé avec moi et je décide par l'action de sa signification ». « Sauver » s'entend au double sens de conserver et de donner du sens : par mon action, le passé est repris et prend sa place dans ma vie.
  4. Les exemples : la crise mystique et le séjour en prison montrent deux directions : le passé comme annonce (une prémonition que je n'avais pas prise au sérieux) ou comme leçon (« fructueux ou déplorable »). Dans les deux cas, un même événement peut recevoir des significations opposées selon l'avenir que je choisis (conversion ou non, renoncement au vol ou endurcissement).
  5. L'énumération finale (valeur d'un voyage, sincérité d'un serment d'amour, pureté d'une intention) généralise : même ce qui paraît le plus intime et le plus fixé (la sincérité d'un serment passé) n'est pas établi une fois pour toutes. La répétition « C'est moi, toujours moi » insiste sur la responsabilité totale qu'implique la liberté.
  6. Portée : le texte est la conséquence de la liberté sartrienne : l'homme n'a pas d'essence qui le déterminerait par son passé (« l'existence précède l'essence »). Il est donc responsable de ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui. Cette liberté est aussi une charge (angoisse) : personne ne peut me dire ce que mon passé signifie.

RéponseLe texte établit sa thèse par une explication (je décide par l'action), des exemples (conversion, prison) et une généralisation : le passé n'est jamais qu'un sens, que mon projet lui donne.

S3-3Quelles questions de lecture et quel intérêt philosophique pour le texte de Sartre, L'être et le néant (1943) ?Touche pour voir la correction

À retenir L'intérêt du texte est dégagé en le situant dans le débat : ce qu'il réfute, ce qu'il fonde, ses limites.

Démarche
  1. Questions : le passé détermine-t-il le présent, ou le présent réinterprète-t-il le passé ? Suis-je libre de donner à ce que j'ai vécu le sens que je veux ? Peut-on se réconcilier avec son passé sans le travestir ?
  2. Enjeu : le texte s'oppose au déterminisme psychologique, qui explique ce que nous sommes par ce que nous avons été (hérédité, éducation, traumatismes) ; il s'inscrit dans l'existentialisme sartrien, pour lequel l'homme se fait par ses choix.
  3. Discussion : le passé résiste. D'une part, il y a des faits qu'on ne peut changer et des conséquences (la prison est un fait, le regard d'autrui aussi) ; Sartre le reconnaît par la « facticité », qui est le donné qu'on n'a pas choisi. D'autre part, on peut se tromper sur soi : se réécrire pour s'excuser relève de la mauvaise foi (Sartre lui-même), et la psychanalyse (Freud) montre que le passé agit sur nous à notre insu.
  4. Prolongements : la mémoire est reconstructive (Ricœur, La Mémoire, l'histoire, l'oubli) ; le pardon comme réinterprétation du passé (Arendt, Condition de l'homme moderne : il délivre de ce qui a été fait) ; la conversion (saint Augustin, Confessions).

RéponseIntérêt : le texte affirme une liberté radicale à l'égard du passé, qu'il faut confronter à la facticité et à la mauvaise foi pour en mesurer la portée.

S3-4Rédiger l'introduction de l'explication du texte de Sartre, L'être et le néant (1943).Touche pour voir la correction

À retenir Introduction : situer le texte, énoncer le problème, donner la thèse, annoncer le mouvement.

Démarche
  1. Modèle d'ouverture : Nous disons volontiers : « on ne peut pas changer le passé ». Mais ce que ce passé signifie pour nous n'est peut-être pas aussi fixé que les faits eux-mêmes. Dans ce passage de L'être et le néant (1943), Sartre soutient que la signification du passé dépend du projet présent. La question est de savoir qui décide du sens de ce que nous avons vécu. Sartre répond : moi seul, par mon projet. Nous verrons d'abord la thèse et sa restriction, puis l'explication de ce pouvoir, enfin les exemples et la généralisation qui en font une conséquence de la liberté.

RéponseThèse : Le sens du passé n'est pas fixé une fois pour toutes : c'est mon projet présent et futur qui décide de sa signification, et moi seul le peux.

S3-5Rédiger la conclusion de l'explication du texte de Sartre, L'être et le néant (1943).Touche pour voir la correction

À retenir Conclusion : rappeler la thèse et la méthode, dire l'intérêt et, si possible, la limite.

Démarche
  1. Rédaction possible : Ainsi Sartre montre que le passé n'est pas une réalité figée qui déterminerait ce que je suis, mais une dimension de mon être dont le sens dépend de l'avenir que je me donne. Par la précision initiale, l'explication de la décision par l'action et les exemples de la conversion et de la prison, il fait de la signification du passé l'œuvre de ma liberté, et de moi le seul responsable. Cette thèse libère du déterminisme, mais elle laisse ouverte la question de la résistance des faits et du regard d'autrui : jusqu'où puis-je dire que je décide seul de ce que j'ai été ?

RéponseLe passé est un sens que je décide par mon projet : liberté et responsabilité totales, dans les limites de la facticité.

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