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Bac 2025
Bac 2025 – Philosophie – Amérique du Nord (remplacement) : correction détaillée
Philosophie, série générale, 4 h, coefficient 8 : un sujet au choix parmi trois
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
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Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Sujet 1 (dissertation) : Que peut la raison contre les préjugés ?20 points
Dissertation au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).
S1-1Analyser le sujet « Que peut la raison contre les préjugés ? » : définir les termes et dégager l'enjeu.Touche pour voir la correction
À retenir Une dissertation commence par l'analyse des termes, de leurs sens possibles, des présupposés et de l'enjeu ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet ou dans la récitation de cours.
- Raison : faculté de connaître et de juger selon des principes (logique, preuve, évidence) ; au sens étroit, le raisonnement qui enchaîne des idées ; au sens large, l'ensemble des facultés intellectuelles de l'homme. Elle s'oppose aux passions, à l'imagination, à la coutume et à l'autorité.
- Préjugé : littéralement « jugement porté avant l'examen ». Descartes le décrit par deux défauts : la précipitation (juger sans avoir examiné) et la prévention (juger d'après ce qu'on a reçu dans l'enfance, de l'éducation ou du milieu). Il s'agit d'une opinion tenue pour vraie sans preuve, souvent affective et sociale (préjugé de classe, de race, de sexe, de religion).
- « Que peut » : la question porte sur le pouvoir réel de la raison, c'est-à-dire son efficacité ET ses limites. On n'est pas invité à dire si la raison « doit » combattre les préjugés, mais si elle y parvient.
- « Contre » : le sujet suppose un adversaire. Présupposé à interroger : les préjugés sont-ils toujours des erreurs à éliminer, et la raison est-elle toujours étrangère à eux ?
- Enjeu : celui de l'émancipation (peut-on penser par soi-même ?) et de la vie commune (les préjugés nourrissent le fanatisme, la discrimination, l'intolérance) ; mais aussi celui de la nature de la raison : est-elle une puissance pure ou elle-même conditionnée ?
RéponseLe sujet demande si la raison est une arme efficace contre les jugements non examinés, ou si ceux-ci sont si enracinés qu'elle ne peut les déraciner, voire qu'elle ne peut s'en passer.
Piège Ne pas réduire les préjugés aux seuls préjugés sociaux (racisme) : ils sont aussi dans la vie quotidienne et dans la science. Ne pas faire un simple catalogue d'exemples : il faut analyser le pouvoir de la raison.
S1-2Quelle problématique et quel plan détaillé pour « Que peut la raison contre les préjugés ? » ?Touche pour voir la correction
À retenir Le plan suit un mouvement dialectique (thèse, objection ou limite, dépassement) ; chaque partie avance des arguments, appuyés sur des auteurs et des exemples précis, et se clôt sur une transition qui amène la suivante.
- Problématique : La raison, parce qu'elle juge selon des principes, suffit-elle à dissiper les préjugés ; ou ceux-ci, enracinés dans nos affects, nos habitudes et notre histoire, résistent-ils à l'examen, au point que la raison doive moins viser à les supprimer qu'à apprendre à les discerner ?
- I. La raison est la puissance qui permet de se défaire des préjugés. a) Le doute méthodique : Descartes (Discours de la méthode, 2e partie) ne reçoit « aucune chose pour vraie » qu'il ne la connaisse évidemment telle ; il retient l'évidence comme critère. b) L'émancipation par les Lumières : Kant (Qu'est-ce que les Lumières ?, 1784) : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » ; le préjugé est une minorité dont on est responsable. c) Les préjugés sont des fruits de la peur et de l'ignorance (Spinoza, Traité théologico-politique, préface) ; Voltaire, dans l'affaire Calas (Traité sur la tolérance, 1763), montre comment le préjugé religieux conduit à l'injustice et comment la raison publique peut le combattre. Transition : mais l'expérience prouve que cette puissance est parfois impuissante.
- II. Les préjugés résistent à la raison, car ils ne sont pas des erreurs de calcul mais des produits de l'affectivité et de la société. a) Bacon (Novum Organum) : les « idoles » de la tribu, de la caverne, du forum et du théâtre sont des préjugés inscrits dans la nature humaine, l'éducation, le langage et les doctrines. b) Bachelard (La Formation de l'esprit scientifique) : les obstacles épistémologiques ; Durkheim (Les Règles de la méthode sociologique) : les prénotions donnent l'illusion du savoir. c) La raison elle-même peut préjuger : dogmatisme, scientisme, ethnocentrisme ; Pascal rappelle que l'imagination et la coutume gouvernent nos jugements plus que la démonstration. Transition : si le préjugé est constitutif, la question change : peut-on et doit-on s'en passer ?
- III. La raison ne supprime pas tous les préjugés : elle les examine. a) Gadamer (Vérité et méthode) : les préjugés sont la précompréhension sans laquelle nous ne comprendrions rien ; il faut distinguer les préjugés légitimes (productifs) des préjugés aveugles. b) Descartes lui-même se donne une « morale par provision » (Discours, 3e partie) : on ne peut suspendre son jugement dans l'action. c) Kant (Critique de la faculté de juger, §40) : penser par soi-même, se mettre à la place d'autrui, penser en accord avec soi-même : la raison s'exerce dans la confrontation des points de vue, l'éducation et le dialogue.
RéponseProblématique : la raison peut-elle dissiper les préjugés ou doit-elle apprendre à les discerner ? Plan : I. La raison, puissance de libération (Descartes, Kant, Spinoza) / II. La résistance des préjugés (Bacon, Bachelard, Durkheim) / III. Dépassement : de la suppression au discernement (Gadamer, Kant, Descartes).
S1-3Rédiger l'introduction de la dissertation « Que peut la raison contre les préjugés ? ».Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : accroche, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions) ; elle tient en un paragraphe ou deux, sans citer d'auteur à l'excès.
- Modèle d'ouverture : Nous croyons volontiers juger par nous-mêmes ; or une grande partie de nos opinions nous vient de l'éducation, du milieu, des peurs et des habitudes, et nous les tenons pour vraies sans les avoir jamais examinées : ce sont des préjugés. Face à eux, nous invoquons la raison, cette faculté de juger selon des principes, par opposition aux passions et à l'autorité. Mais que peut-elle réellement ? Est-elle un remède efficace ou un recours impuissant ? La question n'est pas seulement de savoir si la raison doit combattre les préjugés, mais si elle y parvient, et si tous les préjugés doivent être combattus. Nous examinerons d'abord la puissance critique de la raison, puis la résistance des préjugés à son examen, avant de nous demander si la tâche de la raison est de supprimer les préjugés ou de les discerner.
RéponseProblème posé : La raison, parce qu'elle juge selon des principes, suffit-elle à dissiper les préjugés ; ou ceux-ci résistent-ils à l'examen, au point que la raison doive apprendre à les discerner plutôt qu'à les supprimer ?
S1-4Rédiger la conclusion de la dissertation « Que peut la raison contre les préjugés ? ».Touche pour voir la correction
À retenir Conclusion : bilan du parcours (sans résumé mécanique), réponse nette à la question, ouverture éventuelle.
- Rédaction possible : La raison peut beaucoup contre les préjugés : par le doute, l'examen critique et l'éducation publique, elle a permis à des hommes de se défaire de la superstition et de l'intolérance. Mais elle ne peut pas tout : les préjugés tiennent à nos affects, à nos habitudes et à la société, et la raison est elle-même exposée à ses propres préjugés. Il apparaît alors que sa tâche n'est pas d'effacer d'un coup tous les préjugés, ce qui reviendrait à renoncer à toute précompréhension, mais de les mettre à l'épreuve, d'en distinguer les légitimes des aveugles, et de se confronter aux autres pour ne pas se tromper seule. Reste à savoir si cette vigilance est possible sans institutions qui l'entretiennent : l'école, la presse libre, le débat public, qui sont comme le prolongement collectif de la raison.
RéponseLa raison est puissante mais non toute-puissante : elle ne supprime pas tous les préjugés, elle apprend à les examiner et à les discerner.
Exercice 2 : Sujet 2 (dissertation) : L'être humain est-il à sa place dans la nature ?20 points
Dissertation au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).
S2-1Analyser le sujet « L'être humain est-il à sa place dans la nature ? » : définir les termes et dégager l'enjeu.Touche pour voir la correction
À retenir Une dissertation commence par l'analyse des termes, de leurs sens possibles, des présupposés et de l'enjeu ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet ou dans la récitation de cours.
- Être humain : l'espèce humaine tout entière, à la fois être vivant et corporel, être de raison, de langage et de culture. Le terme évite de considérer seulement « l'homme » comme individu ou comme sexe, et invite à penser l'humanité comme espèce parmi les autres.
- Nature : le mot a plusieurs sens. 1) L'ensemble du monde physique et vivant, le cosmos (physis des Grecs) ; 2) ce qui n'est pas produit par l'homme (milieu, environnement, vie sauvage), par opposition à la culture, à la technique, à l'artifice ; 3) l'essence d'un être (la « nature humaine »).
- « À sa place » : une place est une position dans un ensemble ordonné ; être à sa place suppose un ordre qui assigne des places (ordre cosmique, hiérarchie des êtres, équilibre d'un écosystème) et une convenance (légitimité, adéquation). Au sens moral, « rester à sa place » signifie aussi ne pas dépasser sa condition.
- Présupposé à interroger : la nature a-t-elle un ordre qui attribue à chaque être une place ? Si elle n'en a pas, la question de la place ne se pose-t-elle que pour l'homme, qui se la pose ?
- Enjeu : l'homme est-il un être naturel parmi d'autres, ou un être à part qui se place en dehors, au-dessus ou contre la nature ? Cette question engage le sens de la technique, de la domination et, aujourd'hui, de la responsabilité écologique.
RéponseLe sujet interroge à la fois l'appartenance de l'homme à la nature et la légitimité de sa position : est-il chez lui dans la nature, ou y est-il à la fois dedans et au-dessus, en sorte que sa « place » est à définir ?
Piège Ne pas réduire le sujet à l'écologie : la question est d'abord celle de la situation de l'homme dans l'ordre des êtres (Pascal, Spinoza). Ne pas oublier que le sens même de « nature » varie.
S2-2Quelle problématique et quel plan détaillé pour « L'être humain est-il à sa place dans la nature ? » ?Touche pour voir la correction
À retenir Le plan suit un mouvement dialectique (thèse, objection ou limite, dépassement) ; chaque partie avance des arguments, appuyés sur des auteurs et des exemples précis, et se clôt sur une transition qui amène la suivante.
- Problématique : L'homme, qui est un être naturel par son corps et ses besoins, mais que la raison, la technique et la culture arrachent à la nature, peut-il se penser comme à sa place dans un ordre qui l'assigne, ou sa place est-elle à construire par la manière dont il se rapporte à la nature ?
- I. Oui : l'homme est un être naturel et sa place est parmi les êtres vivants. a) Le corps, les besoins, l'animalité : Darwin (La Filiation de l'homme, 1871) rattache l'espèce humaine à l'évolution des espèces. b) Spinoza (Éthique, III, préface) refuse de voir l'homme dans la nature « comme un empire dans un empire » : il est soumis aux mêmes lois que le reste. c) Les stoïciens font de la sagesse une vie conforme à la nature ; Aristote (Politique, I) fait de l'homme un « animal politique » : la sociabilité est naturelle. Transition : mais l'homme ne se contente pas de subir la nature.
- II. Non : l'homme se distingue par la raison, la liberté et la technique, et se pose en dehors, voire contre la nature. a) Descartes (Discours de la méthode, 6e partie) : la science doit nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». b) Rousseau (Discours sur l'origine de l'inégalité) : la perfectibilité arrache l'homme à l'animalité et à l'état de nature ; Kant (Critique de la faculté de juger, §83) : l'homme est la fin dernière de la nature par la culture. c) Pic de la Mirandole (Discours sur la dignité de l'homme) : Dieu n'a donné à Adam « ni une place déterminée » : l'homme n'a pas de place assignée, il se la donne. Transition : mais cette liberté se retourne en menace : la maîtrise technique met en péril les conditions de la vie.
- III. Dépassement : la place de l'homme n'est pas donnée, elle est à définir par la responsabilité. a) Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) : le pouvoir technique impose un devoir de préserver les conditions d'une vie humaine sur Terre. b) Serres (Le Contrat naturel, 1990) : la nature devient sujet de droit et partenaire d'un contrat. c) Pascal (Pensées) : l'homme est « un milieu entre rien et tout », roseau pensant : sa grandeur est de savoir sa place incertaine. Il n'est donc ni simple élément de la nature ni son maître absolu : il est le seul à pouvoir s'interroger sur sa place et à en répondre.
RéponseProblématique : l'homme est-il à sa place dans la nature comme dans un ordre donné, ou doit-il construire sa place par sa responsabilité ? Plan : I. Oui, être naturel (Darwin, Spinoza, Aristote) / II. Non, être de culture et de maîtrise (Descartes, Rousseau, Kant, Pic) / III. Dépassement : une place à construire (Jonas, Serres, Pascal).
S2-3Rédiger l'introduction de la dissertation « L'être humain est-il à sa place dans la nature ? ».Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : accroche, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions) ; elle tient en un paragraphe ou deux, sans citer d'auteur à l'excès.
- Modèle d'ouverture : L'homme se sent à la fois chez lui dans la nature, qui le nourrit et dont il est issu, et étranger à elle, qu'il transforme, exploite et, aujourd'hui, menace. Être « à sa place » suppose un ensemble ordonné qui assigne à chacun sa position, et une convenance entre l'être et son lieu. La nature, entendue comme ce qui n'est pas produit par l'homme, lui assigne-t-elle une place ? L'être humain est-il à sa place dans la nature ? Si son corps, ses besoins et sa vie l'y inscrivent, sa raison, sa technique et sa culture semblent l'en distinguer, voire l'y opposer. Nous verrons d'abord que l'homme est un être naturel parmi d'autres, puis qu'il se pose en dehors de la nature, avant de montrer que sa place n'est pas donnée mais à définir par la responsabilité qu'il en assume.
RéponseProblème posé : l'homme, être naturel qui s'arrache à la nature, a-t-il une place assignée dans la nature, ou la sienne est-elle à construire par sa responsabilité ?
S2-4Rédiger la conclusion de la dissertation « L'être humain est-il à sa place dans la nature ? ».Touche pour voir la correction
À retenir Conclusion : bilan du parcours, réponse nette à la question, ouverture éventuelle.
- Rédaction possible : L'être humain est un être naturel : son corps, ses besoins et son histoire l'inscrivent dans la vie et dans l'évolution, et il serait illusoire de se croire en dehors de la nature. Mais il est aussi celui qui se pose en dehors d'elle : par la raison, la technique et la culture, il la transforme et prétend la maîtriser, au point de menacer les conditions de sa propre existence. Sa place n'est donc ni simplement donnée, ni totalement arbitraire : elle est ce qu'il fait de sa condition d'être à la fois naturel et libre, en répondant de ses actes sur le monde qui le porte. La question n'est plus tant de savoir où il est, que de savoir comment il habite la Terre.
RéponseL'homme est dans la nature, mais sa place n'est pas assignée : elle se définit par la manière dont il assume sa responsabilité à l'égard de ce qui le porte.
Exercice 3 : Sujet 3 (explication de texte) : Locke, Lettre sur la tolérance (1689)20 points
Explication de texte au choix parmi les trois sujets de l'épreuve (4 heures, coefficient 8).
S3-1Dégager la thèse du texte de Locke, Lettre sur la tolérance (1689) et sa structure.Touche pour voir la correction
À retenir Une explication de texte part de la thèse (ce que dit l'auteur), puis du mouvement du texte (comment il l'établit) ; chaque étape est repérée par ses premiers mots.
- Thèse : les hommes ne se révoltent ni à cause de leur religion ni à cause de leurs assemblées, mais à cause des « châtiments » et de « l'oppression » qu'ils subissent ; l'oppression « toute seule » les pousse à « courir aux armes ».
- Première partie (de « Si les hommes pensent à la révolte » à « le trouble et le désordre ») : Locke pose la thèse et l'adosse à une constatation générale : la « tranquillité » règne où le gouvernement est « doux et modéré », le trouble naît de « l'injustice et la tyrannie ».
- Deuxième partie (de « Je sais bien » à « ils gémissent ») : il répond à l'objection selon laquelle des séditions éclatent au nom de la religion : c'est que les sujets sont d'abord maltraités à cause de leur religion ; l'esprit de révolte n'est pas propre à une Église, il est « commun à tous les hommes ».
- Troisième partie (de « Supposez, la religion mise à part » à « la même religion associe ») : expérience de pensée : un prince persécuterait ses sujets d'après la couleur des cheveux et des yeux ; ils se révolteraient autant que des persécutés religieux.
- Quatrième partie (de « Le désir du gain » à la fin) : généralisation par énumération : on se rassemble pour le gain, le plaisir, le voisinage, la religion ; seule l'oppression conduit le peuple « à la révolte, et à courir aux armes ».
RéponseLocke soutient que la cause de la révolte est l'oppression, non la religion : persécuter les dissidents au nom de la paix civile produit le trouble qu'on prétend éviter.
Piège Ne pas résumer le texte phrase par phrase : repérer les articulations (objection, expérience de pensée, généralisation).
S3-2Étudier le texte de Locke, Lettre sur la tolérance (1689) pas à pas : idées, notions, arguments, exemples.Touche pour voir la correction
À retenir On explique, on ne paraphrase pas : chaque idée est reliée à la thèse, les notions sont définies, les exemples sont justifiés, on dit ce que fait chaque passage dans l'argumentation.
- Ouverture : la phrase initiale distingue la cause (la révolte tient « aux châtiments et à l'oppression ») de ce qu'on lui impute (« leur religion », « leurs conventicules »). Les notes du sujet donnent le sens des mots : conventicules = assemblées secrètes où l'on complote ; séditions = soulèvements concertés contre l'autorité. Locke répond à ceux qui voient dans les minorités religieuses un danger pour l'État : l'argument est causal, il renverse la charge de la responsabilité vers le pouvoir.
- « La tranquillité règne partout où le gouvernement est doux et modéré » : loi générale tirée de l'observation politique ; l'opposition « doux et modéré » / « l'injustice et la tyrannie » prépare l'idée que la qualité du gouvernement détermine la paix.
- « Je sais bien… mais il est également vrai » : concession puis retournement. Il reconnaît des séditions « sous le prétexte de la religion » : le mot « prétexte » indique que la religion est l'occasion, non la cause ; et des sujets sont « souvent maltraités et persécutés à cause de leur religion » : la religion est aussi le motif de la persécution. « Croyez-moi » : adresse au lecteur, ton de conviction.
- « Il est commun à tous les hommes, qui n'oublient rien pour secouer le joug » : l'esprit de révolte est une disposition universelle, non propre à une confession ; la métaphore du « joug » et des hommes qui « gémissent » donne à la révolte un caractère de réaction à la souffrance et à l'injustice.
- L'expérience de pensée (« Supposez… ») : en supprimant la religion du raisonnement et en la remplaçant par un critère arbitraire (cheveux noirs, yeux bleus), Locke isole la variable en cause : la discrimination (interdits de commerce et de métier, enfants arrachés, justice refusée). La conclusion est une question rhétorique : le prince n'aurait-il pas autant à craindre de ces hommes que des fidèles d'une même Église ? Ce n'est donc pas ce qu'on croit qui rassemble contre le pouvoir, mais ce qu'on subit en commun.
- L'énumération finale (gain, plaisir, voisinage, religion) met la religion sur le même plan que d'autres motifs de rassemblement, tous pacifiques ; le contraste est marqué par la restriction « il n'y a que l'oppression toute seule » : l'oppression est la seule cause suffisante de la révolte armée (« à courir aux armes »). Le texte conclut sur un renversement politique : c'est l'intolérance qui fait des rebelles.
RéponseLe texte procède de la thèse à l'objection, puis à l'expérience de pensée et à la généralisation : chaque étape retire à la religion le rôle de cause pour le donner à l'oppression.
S3-3Quelles questions de lecture et quel intérêt philosophique pour le texte de Locke, Lettre sur la tolérance (1689) ?Touche pour voir la correction
À retenir L'intérêt du texte est dégagé en le situant dans le débat : ce qu'il réfute, ce qu'il fonde, ses limites.
- Questions : d'où viennent les révoltes et les troubles politiques ? La diversité religieuse menace-t-elle l'ordre civil ? Le pouvoir peut-il, pour assurer la paix, imposer une religion ou persécuter les dissidents ?
- Contexte : texte publié en 1689, après les guerres de religion et la révocation de l'édit de Nantes (1685), alors que l'Europe discute de l'unité religieuse comme fondement de l'ordre. Locke défend la séparation de l'Église et de l'État : le magistrat civil a pour tâche la sécurité et la propriété des citoyens, non le salut des âmes.
- Enjeu : fonder la tolérance non sur l'indifférence, mais sur un argument politique et pratique : l'intolérance est la cause des troubles qu'elle prétend prévenir.
- Discussion : il existe de vrais conflits religieux ; Locke y voit des conflits d'intolérance plus que de croyance. Il limite lui-même la tolérance : il exclut les athées (sans serment, pas de confiance) et ceux qui se soumettent à un prince étranger (les catholiques de son temps). Toute croyance doit-elle être tolérée ? Et peut-on tolérer ceux qui refusent la tolérance ?
- Prolongements : Voltaire, Traité sur la tolérance (1763) ; Bayle, Commentaire philosophique ; Rousseau, Du contrat social (religion civile) ; Rawls (le pluralisme raisonnable).
RéponseIntérêt : le texte fonde la tolérance sur une analyse des causes du désordre politique (l'oppression, non la religion), ce qui ouvre le débat sur ses limites (athées, intolérants).
S3-4Rédiger l'introduction de l'explication du texte de Locke, Lettre sur la tolérance (1689).Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : situer le texte, énoncer le problème, donner la thèse, annoncer le mouvement.
- Modèle d'ouverture : À la fin du XVIIe siècle, au sortir des guerres de religion, beaucoup pensent que la diversité des croyances menace la paix civile et que le prince doit contraindre les dissidents à l'unité. Dans sa Lettre sur la tolérance (1689), le philosophe anglais John Locke défend la thèse inverse : ce n'est pas la religion qui engendre la révolte, mais l'oppression. La question du texte est donc celle de la cause réelle du désordre politique : sont-ce les croyances, ou la manière dont le pouvoir traite ses sujets ? Locke y répond en affirmant sa thèse puis en répondant à l'objection, en proposant ensuite une expérience de pensée, enfin en élargissant son propos par une énumération qui isole l'oppression comme cause unique. Nous suivrons ces quatre étapes.
RéponseThèse : la révolte a pour cause l'oppression et l'injustice, non la religion ; persécuter les minorités religieuses au nom de l'ordre public est donc une erreur.
S3-5Rédiger la conclusion de l'explication du texte de Locke, Lettre sur la tolérance (1689).Touche pour voir la correction
À retenir Conclusion : rappeler la thèse et la méthode, dire l'intérêt et, si possible, la limite.
- Rédaction possible : Ainsi Locke montre que la religion n'est pas la cause de la révolte, mais tout au plus son prétexte ou son lieu de ralliement : seule l'oppression, c'est-à-dire la persécution et l'injustice, pousse un peuple à prendre les armes. Par l'objection traitée, l'expérience de pensée et l'énumération, il retourne l'argument de ses adversaires : le pouvoir intolérant fabrique lui-même les rebelles qu'il redoute. Le texte fonde ainsi la tolérance sur la prudence politique autant que sur la justice. Reste à se demander jusqu'où doit aller cette tolérance, que Locke refusait lui-même aux athées et aux ennemis de la tolérance.
RéponseLa tolérance est une condition de la paix civile : l'oppression, non la religion, engendre la révolte.
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