Annales corrigées › Bac 2025 › Philosophie
Bac 2025
Philosophie – Polynésie 2025 : correction détaillée
Philosophie, 4 heures, coefficient 8 · au choix : 2 dissertations ou 1 explication de texte
CorrigéCorrection rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.
Où trouver le sujet ? Cette page présente la correction. Le sujet officiel complet (PDF) et ses figures sont dans l'application BAC Révision.
Ouvrir le sujet dans l'application gratuiteExercice 1 : Sujet 1 — La fréquentation des œuvres d'art est-elle une perte de temps ?20 points
Dissertation au choix : analyse du sujet, problématique, plan détaillé avec références, introduction et conclusion rédigées.
AnalyseAnalyser les termes du sujet : « La fréquentation des œuvres d'art est-elle une perte de temps ? »Touche pour voir la correction
À retenir Une dissertation commence par l'analyse de chaque terme, de ses sens possibles et des présupposés de la question ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet.
- « Fréquentation » : le fait de côtoyer régulièrement, d'entretenir un commerce assidu avec quelque chose (visiter des musées, lire, écouter de la musique, aller au théâtre). Le mot suppose la durée et la répétition, donc un investissement de temps qui se mesure.
- « Œuvres d'art » : productions humaines faites pour être contemplées, entendues ou lues, et non pour servir à un usage (à la différence d'un outil). Leur finalité est l'expérience qu'elles procurent : plaisir, émotion, compréhension, étonnement.
- « Perte de temps » : temps consacré à une activité qui ne rapporte rien, ou moins que ce qu'elle coûte. L'expression présuppose que le temps est une ressource rare à rentabiliser et qu'un temps « bien employé » est un temps productif (« le temps, c'est de l'argent », Franklin).
- Forme de la question : « est-elle » appelle un jugement de valeur sur une pratique ; le sujet demande moins si l'art plaît que si ce qu'il apporte justifie le temps qu'on lui donne. Il faut donc se demander quel est le critère d'un temps gagné ou perdu : l'utilité, le profit, ou bien l'accomplissement de soi ?
- Enjeu : le gain du temps doit-il se mesurer à la productivité ? Si l'on peut montrer que l'art donne à l'existence une valeur que l'utile ne donne pas, la notion même de « perte » doit être revue.
RéponseQuestion réelle : le temps passé auprès des œuvres est-il perdu, ou est-il le temps où l'on gagne ce que le temps utile ne peut donner ?
ProblématiqueFormuler la problématique du sujet « La fréquentation des œuvres d'art est-elle une perte de temps ? »Touche pour voir la correction
À retenir La problématique transforme la question en difficulté : elle montre pourquoi la réponse spontanée ne suffit pas et ce qui est réellement en jeu.
- Difficulté : dans une vie courte et pressée, tout temps donné à l'art est retranché au travail, à l'action, aux relations utiles ; l'art ne nourrit ni ne soigne.
- Mais l'expérience montre que les œuvres nous changent : elles élargissent notre regard, notre sensibilité, notre jugement. Ce que l'on appelle « perdre son temps » pourrait être la seule manière de le vivre pleinement.
- Il faut donc interroger la mesure même du temps utile et se demander ce qui fait la valeur d'un temps employé.
RéponseProblématique : peut-on juger de la valeur du temps passé auprès des œuvres d'art avec le seul critère de l'utilité, ou l'art nous apprend-il qu'il est des temps qui valent par eux-mêmes ?
Partie 1Plan détaillé : partie 1 — Oui : l'art est un temps improductif, voire trompeurTouche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, l'improductivité : l'œuvre ne sert à rien de précis ; le temps est limité et l'on peut y faire autre chose (apprendre un métier, agir). Franklin, Conseils à un jeune commerçant : « le temps, c'est de l'argent ». Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, rappelle que la perte de temps y est tenue pour le premier des péchés.
- Argument 2, l'illusion : Platon, République, livre X : l'œuvre du peintre est une imitation d'une imitation, à trois degrés de la vérité (l'idée de lit, le lit de l'artisan, le lit peint). L'artiste ne sait rien de ce qu'il représente ; l'art flatte les passions et éloigne de la connaissance.
- Argument 3, le divertissement : Pascal, Pensées (fragment « Divertissement ») : les hommes se divertissent pour ne pas penser à leur condition. Si l'art n'est que divertissement, il est une fuite et donc une perte de temps. Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles : le spectacle amollit et détourne des devoirs.
- Exemple : les heures passées devant un écran ou une série, que chacun qualifie de « temps perdu » quand il y repense.
- Transition : Si ces critiques valent contre un art de pur divertissement, elles supposent que le seul gain est le gain utile ; or l'expérience des œuvres nous apporte quelque chose.
RéponseOui : l'art est un temps improductif, voire trompeur
Partie 2Plan détaillé : partie 2 — Non : l'art éclaire, forme et élèveTouche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, la connaissance : Aristote, Poétique, chap. 4 : l'homme aime imiter et apprendre, et l'imitation lui procure un plaisir de connaissance ; la tragédie, par la catharsis, purifie les passions de pitié et de crainte. L'art est donc un apprentissage, non un temps vide.
- Argument 2, la révélation : Proust, Le Temps retrouvé : la vraie vie, « la vie enfin découverte et éclaircie », est la littérature ; grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier. L'œuvre nous donne accès à ce que l'habitude nous cache.
- Argument 3, la formation : Schiller, Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme (1795) : c'est par la beauté que l'on va à la liberté ; l'homme est pleinement homme quand il joue. Hegel, Esthétique : l'art rend sensible à la conscience ce qu'il y a de plus élevé (vérité, liberté, esprit).
- Exemple : lire un roman historique, voir Guernica ou écouter une œuvre de Bach fait comprendre une époque, une souffrance, une émotion que le simple calcul ne livre pas.
- Transition : Mais si l'art est utile parce qu'il instruit, on le ramène à un moyen ; or ce qui frappe, c'est qu'il vaut en dehors de tout profit. La vraie question devient celle de la valeur d'un temps gratuit.
RéponseNon : l'art éclaire, forme et élève
Partie 3Plan détaillé : partie 3 — Perdre son temps pour mieux le gagner : la valeur de la gratuitéTouche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, la fin en soi : Kant, Critique de la faculté de juger, §2 et §5 : le jugement de goût repose sur une satisfaction désintéressée ; le beau plaît sans concept et sans intérêt. Fréquenter une œuvre n'est donc pas un moyen, mais un temps qui trouve sa fin en lui-même.
- Argument 2, le loisir : Aristote, Éthique à Nicomaque, livre X, 7 : nous nous occupons pour avoir du loisir ; le loisir (scholè), temps libéré du nécessaire, est ce pour quoi on travaille. L'art appartient à ce temps où l'on vit pour soi.
- Argument 3, la valeur d'un temps perdu : Rousseau, Émile, livre II : la plus utile règle de toute l'éducation, c'est de perdre du temps plutôt que d'en gagner. Il y a des pertes de temps qui sont des gains ; celui qui économise son temps peut le vider de sens (Sénèque, De la brièveté de la vie).
- Argument 4, la culture contre l'utile : Arendt, La Crise de la culture : les œuvres d'art sont les objets les plus durables du monde ; elles ne sont pas faites pour être consommées et leur fréquentation relève d'un rapport libre au monde commun.
- Résolution : la fréquentation des œuvres est une perte au regard de l'utile, mais cette perte est précisément ce qui nous permet de juger l'utile et de donner un sens à tous les autres temps.
- Transition : On peut conclure sur la distinction entre temps productif et temps humain.
RéponsePerdre son temps pour mieux le gagner : la valeur de la gratuité
IntroductionRédiger l'introduction du sujet « La fréquentation des œuvres d'art est-elle une perte de temps ? »Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : amorce, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions).
- Rédaction possible : Dans un monde où l'on mesure sa vie en rendements et où l'on s'excuse de « n'avoir pas le temps », passer une après-midi dans un musée ou une soirée à lire un roman passe aisément pour un luxe, voire un gâchis. La fréquentation des œuvres d'art, c'est-à-dire le commerce régulier avec des productions faites pour être contemplées plutôt qu'utilisées, ne rapporte en effet ni argent ni compétence mesurable. Faut-il pour autant la tenir pour une perte de temps ? Cela suppose que le temps ne vaut que par ce qu'il produit. Or l'art apporte une forme de savoir, de sensibilité et de liberté qui échappe à ce calcul. Nous nous demanderons donc si l'on peut juger la valeur du temps passé auprès des œuvres avec le seul critère de l'utilité. Nous verrons d'abord ce qui plaide pour son improductivité, puis ce que l'art apporte à qui le fréquente, enfin en quoi la gratuité de ce temps en fait la valeur.
RéponseDans un monde où l'on mesure sa vie en rendements et où l'on s'excuse de « n'avoir pas le temps », passer une après-midi dans un musée ou une soirée à lire un roman passe aisément pour un luxe, voire un gâchis. La fréquentation des œuvres d'art, c'est-à-dire le commerce régulier avec des productions faites pour être contemplées plutôt qu'utilisées, ne rapporte en effet ni argent ni compétence mesurable. Faut-il pour autant la tenir pour une perte de temps ? Cela suppose que le temps ne vaut que par ce qu'il produit. Or l'art apporte une forme de savoir, de sensibilité et de liberté qui échappe à ce calcul. Nous nous demanderons donc si l'on peut juger la valeur du temps passé auprès des œuvres avec le seul critère de l'utilité. Nous verrons d'abord ce qui plaide pour son improductivité, puis ce que l'art apporte à qui le fréquente, enfin en quoi la gratuité de ce temps en fait la valeur.
ConclusionRédiger la conclusion de la dissertationTouche pour voir la correction
À retenir La conclusion répond à la problématique par un bilan (sans répéter le devoir) et ouvre brièvement sur un prolongement.
- Rédaction possible : Fréquenter les œuvres d'art est une perte de temps si l'on ne compte que le temps qui produit ; ce n'en est pas une dès que l'on accepte qu'un temps puisse valoir par lui-même. L'art ne nous rend pas plus efficaces, mais il nous rend plus lucides, plus sensibles et plus libres, et il rappelle qu'une vie n'est pas seulement une durée à rentabiliser. La gratuité des œuvres n'est donc pas une défaillance : elle est ce qui nous permet de juger de l'utile et de lui donner un sens. On peut alors se demander si ce qui menace aujourd'hui l'art n'est pas moins la perte de temps que la perte du loisir lui-même, c'est-à-dire du temps disponible pour la contemplation.
RéponseFréquenter les œuvres d'art est une perte de temps si l'on ne compte que le temps qui produit ; ce n'en est pas une dès que l'on accepte qu'un temps puisse valoir par lui-même. L'art ne nous rend pas plus efficaces, mais il nous rend plus lucides, plus sensibles et plus libres, et il rappelle qu'une vie n'est pas seulement une durée à rentabiliser. La gratuité des œuvres n'est donc pas une défaillance : elle est ce qui nous permet de juger de l'utile et de lui donner un sens. On peut alors se demander si ce qui menace aujourd'hui l'art n'est pas moins la perte de temps que la perte du loisir lui-même, c'est-à-dire du temps disponible pour la contemplation.
Piège Piège : les références sont des repères à reformuler avec vos propres mots ; ne les plaquez pas sans les relier à la question posée, et ne citez entre guillemets que ce dont vous êtes sûr.
Exercice 2 : Sujet 2 — Peut-on combattre une croyance par le raisonnement ?20 points
Dissertation au choix : analyse du sujet, problématique, plan détaillé avec références, introduction et conclusion rédigées.
AnalyseAnalyser les termes du sujet : « Peut-on combattre une croyance par le raisonnement ? »Touche pour voir la correction
À retenir Une dissertation commence par l'analyse de chaque terme, de ses sens possibles et des présupposés de la question ; sans cela, on tombe dans le hors-sujet.
- « Croyance » : adhésion de l'esprit à une proposition tenue pour vraie sans preuve suffisante ou avant toute preuve (opinion, préjugé, foi religieuse, conviction). Kant distingue l'opinion, la croyance (ou foi) et le savoir selon les degrés de certitude subjective et de justification objective (Critique de la raison pure, Canon). Une croyance s'enracine souvent dans l'affectivité, l'éducation, la tradition.
- « Raisonnement » : opération qui enchaîne des propositions pour en tirer une conclusion (déduction, induction, argumentation). Il s'adresse à l'entendement ; il vaut par sa rigueur et non par l'émotion ou l'autorité de celui qui l'énonce. À distinguer de la persuasion, qui peut utiliser le charme, la peur ou l'intérêt.
- « Combattre » : verbe de lutte ; il ne s'agit pas seulement d'examiner une croyance, mais de l'ébranler, de la réfuter, voire de la détruire. La croyance est présentée comme un adversaire installé et résistant.
- « Peut-on » : double sens, de possibilité de fait (est-ce efficace ?) et de droit (est-ce légitime, la raison a-t-elle compétence sur ce qui n'est pas né d'elle ?).
- Difficulté centrale : une croyance n'est pas née d'un raisonnement ; la raison peut-elle défaire ce qu'elle n'a pas produit ?
RéponseQuestion réelle : la raison a-t-elle prise sur nos croyances, ou faut-il d'autres ressorts (affects, éducation, expérience) pour les modifier ?
ProblématiqueFormuler la problématique du sujet « Peut-on combattre une croyance par le raisonnement ? »Touche pour voir la correction
À retenir La problématique transforme la question en difficulté : elle montre pourquoi la réponse spontanée ne suffit pas et ce qui est réellement en jeu.
- Difficulté : nous savons que la raison est notre instrument de vérité et de critique ; on s'attend donc à ce qu'un argument valide détruise une croyance fausse.
- Pourtant l'expérience montre que les croyances survivent aux démentis (préjugés, superstitions, théories du complot) : plus on les attaque, plus elles se raidissent. Les croyances tiennent à autre chose qu'à des raisons : désirs, identité, appartenance, peur.
- Il faut donc comprendre ce qui fait la force d'une croyance et dans quelles conditions un raisonnement peut l'atteindre sans se heurter à un mur.
RéponseProblématique : le raisonnement peut-il réellement combattre une croyance, ou ne vaut-il que s'il s'appuie sur ce qui fait tenir les croyances, c'est-à-dire sur les affects et les conditions de l'échange ?
Partie 1Plan détaillé : partie 1 — Oui : la raison est l'outil de l'esprit critiqueTouche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, la réfutation : Platon, Ménon et Apologie de Socrate : la méthode socratique (elenchos) fait vaciller par questions les certitudes de l'interlocuteur ; l'aporie est le début du savoir (l'esclave du Ménon reconnaît qu'il ne sait pas).
- Argument 2, le doute méthodique : Descartes, Discours de la méthode, 2e partie, et Méditations métaphysiques, I : examiner toutes ses opinions, ne rien recevoir pour vrai que ce qui est évident ; le raisonnement permet de se défaire des préjugés de l'enfance.
- Argument 3, les Lumières : Kant, Qu'est-ce que les Lumières ? (1784) : « Sapere aude ! » ; la minorité est de ne pas se servir de son entendement sans la direction d'autrui. Raisonner, c'est sortir de la tutelle des croyances reçues.
- Argument 4, la science : Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (1938) : l'esprit se forme contre l'opinion ; l'opinion est le premier obstacle à surmonter. Exemple : Pasteur réfute par l'expérience la croyance en la génération spontanée ; l'astronomie a eu raison de la croyance en l'immobilité de la Terre.
- Transition : Mais ces exemples valent pour des croyances portant sur des faits ; que dire de celles qui s'enracinent dans l'affectivité ou l'identité, que les arguments n'entament pas ?
RéponseOui : la raison est l'outil de l'esprit critique
Partie 2Plan détaillé : partie 2 — Non : les croyances ne naissent pas de la raison, elle ne peut les vaincreTouche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, l'ordre du cœur : Pascal, Pensées : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » ; De l'esprit géométrique et De l'art de persuader : on croit plus par agrément que par preuve ; la coutume est une seconde nature.
- Argument 2, la raison au service des passions : Hume, Traité de la nature humaine, II, 3, 3 : « la raison est, et ne doit être, que l'esclave des passions ». Un raisonnement ne meut pas l'esprit sans un désir qui le soutienne.
- Argument 3, l'illusion et le désir : Freud, L'Avenir d'une illusion (1927) : les croyances religieuses sont des illusions dérivées de désirs ; on ne les réfute pas, car elles ne reposent pas sur des raisons. Il ajoute pourtant que la voix de l'intellect est basse mais ne se laisse pas réduire au silence.
- Argument 4, les auto-immunisations : Spinoza, Éthique, IV, prop. 14 : la connaissance vraie du bien et du mal ne peut, en tant que vraie, réprimer aucun affect. Festinger, L'Échec d'une prophétie (1956) : les adeptes d'une prédiction démentie renforcent leur croyance pour réduire la dissonance cognitive.
- Exemple : la personne attachée à une théorie du complot reçoit les démentis comme de nouvelles preuves du complot.
- Transition : Si le raisonnement seul échoue, ce n'est pas qu'il soit inutile : c'est qu'il doit s'appuyer sur ce qui meut réellement l'esprit. La question devient celle de ses conditions d'efficacité.
RéponseNon : les croyances ne naissent pas de la raison, elle ne peut les vaincre
Partie 3Plan détaillé : partie 3 — Raison et persuasion : à quelles conditions le raisonnement agit-il ?Touche pour voir la correction
À retenir Chaque partie défend une thèse avec des arguments, des auteurs (œuvre précise) et des exemples, puis se termine par une transition qui amène la partie suivante.
- Argument 1, la conversion de l'âme : Platon, République, VII (allégorie de la caverne) : l'éducation ne consiste pas à mettre la science dans une âme comme on mettrait la vue dans des yeux aveugles, mais à retourner l'âme tout entière. Le libérateur est même menacé par les prisonniers : un discours seul ne suffit pas.
- Argument 2, le contre-affect : Spinoza, Éthique, IV, prop. 7 : un affect ne peut être contenu que par un affect contraire plus fort. La raison agit lorsqu'elle devient elle-même affect, c'est-à-dire joie de comprendre.
- Argument 3, le dialogue : Mill, De la liberté, chap. 2 : celui qui ne connaît que sa propre version d'une cause en connaît peu ; une croyance non confrontée devient dogme. Kant, Critique de la faculté de juger, §40 : penser en se mettant à la place de tout autre.
- Argument 4, l'éducation de l'esprit critique : Bachelard, psychanalyse de la connaissance objective : il faut changer le rapport à l'erreur. On combat moins une croyance qu'on n'aide quelqu'un à construire des raisons.
- Résolution : le raisonnement combat une croyance à condition de respecter la personne, de partir de ce qu'elle tient pour vrai, de lui laisser le temps et de lui faire éprouver la valeur de la rigueur.
- Transition : On peut conclure en montrant que combattre n'est pas vaincre, mais permettre à autrui de se libérer lui-même.
RéponseRaison et persuasion : à quelles conditions le raisonnement agit-il ?
IntroductionRédiger l'introduction du sujet « Peut-on combattre une croyance par le raisonnement ? »Touche pour voir la correction
À retenir Introduction : amorce, analyse des termes, problème, problématique, annonce du plan (sans en donner les conclusions).
- Rédaction possible : Chacun a déjà tenté de convaincre un proche d'abandonner une conviction fausse en lui exposant des faits et des arguments, pour constater que ce dernier s'en tenait à sa position avec plus de force encore. Une croyance est une adhésion de l'esprit à une proposition tenue pour vraie sans preuve suffisante ; le raisonnement, lui, enchaîne des propositions pour en déduire une conclusion. Peut-on combattre l'un par l'autre ? La raison est notre instrument de critique, mais une croyance n'est pas née d'un raisonnement : elle s'enracine dans des désirs, des habitudes, des appartenances. La raison a-t-elle alors prise sur ce qu'elle n'a pas produit ? Nous verrons d'abord que le raisonnement est l'outil de l'esprit critique, puis que les croyances lui résistent parce qu'elles ne naissent pas de lui, enfin à quelles conditions il peut néanmoins agir.
RéponseChacun a déjà tenté de convaincre un proche d'abandonner une conviction fausse en lui exposant des faits et des arguments, pour constater que ce dernier s'en tenait à sa position avec plus de force encore. Une croyance est une adhésion de l'esprit à une proposition tenue pour vraie sans preuve suffisante ; le raisonnement, lui, enchaîne des propositions pour en déduire une conclusion. Peut-on combattre l'un par l'autre ? La raison est notre instrument de critique, mais une croyance n'est pas née d'un raisonnement : elle s'enracine dans des désirs, des habitudes, des appartenances. La raison a-t-elle alors prise sur ce qu'elle n'a pas produit ? Nous verrons d'abord que le raisonnement est l'outil de l'esprit critique, puis que les croyances lui résistent parce qu'elles ne naissent pas de lui, enfin à quelles conditions il peut néanmoins agir.
ConclusionRédiger la conclusion de la dissertationTouche pour voir la correction
À retenir La conclusion répond à la problématique par un bilan (sans répéter le devoir) et ouvre brièvement sur un prolongement.
- Rédaction possible : Le raisonnement peut combattre une croyance, mais rarement seul ni par la seule force de sa logique. Il est l'outil irremplaçable de l'esprit critique, comme le montrent Descartes, Kant ou la science moderne ; mais, comme l'ont vu Pascal, Hume, Spinoza et Freud, les croyances tiennent à des affects et à des appartenances que les arguments n'atteignent pas directement. Il agit lorsqu'il s'inscrit dans un dialogue, une éducation, une expérience qui fait éprouver la valeur de la vérité. Combattre une croyance, c'est alors moins vaincre un adversaire que rendre à l'autre sa capacité de juger par lui-même. On peut se demander si la raison elle-même ne repose pas sur une croyance, celle de sa propre valeur.
RéponseLe raisonnement peut combattre une croyance, mais rarement seul ni par la seule force de sa logique. Il est l'outil irremplaçable de l'esprit critique, comme le montrent Descartes, Kant ou la science moderne ; mais, comme l'ont vu Pascal, Hume, Spinoza et Freud, les croyances tiennent à des affects et à des appartenances que les arguments n'atteignent pas directement. Il agit lorsqu'il s'inscrit dans un dialogue, une éducation, une expérience qui fait éprouver la valeur de la vérité. Combattre une croyance, c'est alors moins vaincre un adversaire que rendre à l'autre sa capacité de juger par lui-même. On peut se demander si la raison elle-même ne repose pas sur une croyance, celle de sa propre valeur.
Piège Piège : les références sont des repères à reformuler avec vos propres mots ; ne les plaquez pas sans les relier à la question posée, et ne citez entre guillemets que ce dont vous êtes sûr.
Exercice 3 : Sujet 3 — Explication de texte (Platon, Les Lois)20 points
Explication de texte au choix : thèse, structure, lecture pas à pas, enjeux, introduction et conclusion rédigées.
ThèseDégager la thèse et le problème du texteTouche pour voir la correction
À retenir Une explication commence par la thèse (la réponse de l'auteur) et par le problème qu'elle résout.
- Thèse : le plus grand des maux de l'âme est l'amour de soi excessif ; « chacune de nos fautes a en toute occasion pour cause un excès d'amour de soi ».
- Problème : d'où viennent nos erreurs sur le juste, le bon et le beau ? Pourquoi, alors que nous ignorons presque tout, nous croyons-nous savants ?
- Argument : celui qui aime est aveugle à ce qu'il aime ; il préfère son intérêt au vrai et croit savoir ce qu'il ignore.
- Conséquence normative : il faut fuir l'amour excessif de soi et rechercher quelqu'un de meilleur que soi, sans honte.
RéponsePlaton soutient que la source de toutes nos fautes est l'amour excessif de soi : il aveugle notre jugement sur le juste, nous fait prendre notre ignorance pour de la sagesse, et ne se guérit qu'en cherchant plus savant que soi.
StructureDégager la structure et le mouvement du texteTouche pour voir la correction
À retenir Découper le texte en étapes logiques et dire ce que chacune fait avancer dans l'argumentation.
- Première étape (« Mais il y a... qu'il en aille ainsi ») : diagnostic. Un mal, « plus grave que tous les autres », est implanté dans l'âme de la plupart des hommes : l'indulgence envers soi-même, l'« amour de soi ». Platon relève que l'on tient cette indulgence pour naturelle et conforme à « l'ordre des choses » ; ce préjugé rend le mal invisible.
- Deuxième étape (« Oui, mais en réalité... celle d'autrui ») : explication. Toutes les fautes viennent de l'excès d'amour de soi. L'argument : « celui qui aime fait preuve d'aveuglement à l'égard de ce qu'il aime » ; le jugement sur ce qui est « juste, bon et beau » est donc faussé, car on pense que son intérêt « doit toujours mériter plus d'estime que le vrai ». Platon en tire un critère : on doit chérir le juste, que l'action juste soit la sienne ou celle d'autrui.
- Troisième étape (« Or, c'est cette même erreur... en le faisant nous-mêmes ») : l'ignorance se prend pour sagesse. Le même excès explique que les hommes « prennent leur ignorance pour de la sagesse » : nous ne savons presque rien, mais nous croyons tout savoir ; et parce que nous ne laissons pas faire aux autres ce que nous ne savons pas faire, nous nous trompons en le faisant nous-mêmes.
- Quatrième étape (« Aussi tout homme... honte ») : le remède. Il faut fuir l'amour excessif de soi et chercher toujours un meilleur que soi, sans s'abriter derrière la honte ; la honte est le dernier remède de l'amour-propre.
RéponseMouvement général : constat (un mal), cause (l'amour de soi), mécanisme (aveuglement, illusion de savoir), remède (l'humilité active).
LectureExplication pas à pas : idées, notions, arguments et citations à expliquerTouche pour voir la correction
À retenir Expliquer, c'est éclaircir les notions et les liens logiques en citant le texte, non le paraphraser.
- « Un mal... plus grave que tous les autres » : le mal est moral et intellectuel à la fois ; il n'est pas une passion violente, mais une complaisance insensible.
- « amour de soi » : le mot grec est la philautia. Platon ne le condamne pas en tant que tel, mais dans son excès (« excès d'amour de soi »). Il joue sur l'idée d'une loi de nature (« naturelle à tout homme ») : ce qui est naturel n'est pas pour autant bon.
- « celui qui aime fait preuve d'aveuglement à l'égard de ce qu'il aime » : l'analogie de l'amour. L'amoureux ne voit plus les défauts de l'aimé ; de même, celui qui s'aime se juge sans distance. L'erreur n'est pas d'abord de calcul, mais d'estimation.
- « son intérêt doit toujours mériter plus d'estime que le vrai » : on choisit moins ce qui est vrai ou juste que ce qui nous est avantageux ; la faute morale a une racine intellectuelle.
- « le juste, que l'action juste soit la sienne ou plutôt celle d'autrui » : la valeur est objective ; peu importe qui agit bien. « Ou plutôt » suggère qu'il vaut mieux l'avouer d'autrui que s'en faire gloire.
- « prennent leur ignorance pour de la sagesse » : l'ignorance double, celle de ne pas savoir qu'on ne sait pas (Socrate, Apologie, 29b). C'est l'illusion de savoir.
- « nous ne laissons pas faire aux autres ce que nous ne savons pas faire » : nous empêchons ceux qui savent d'agir, par jalousie ou prétention ; d'où l'erreur collective.
- « rechercher toujours quelqu'un qui soit meilleur que lui-même » : le remède est la relation éducative ; on se connaît en se confrontant à un plus savant ; « aucun sentiment de honte » : l'amour de soi se déguise en honte d'avouer sa faiblesse.
RéponseLien avec la doctrine platonicienne : nul n'est méchant volontairement (Protagoras, Gorgias) ; la faute procède de l'ignorance, donc se corrige par le savoir.
EnjeuxQuels sont l'enjeu et l'intérêt philosophique du texte ?Touche pour voir la correction
À retenir L'intérêt d'un texte se dégage en le situant dans le débat : ce qu'il réfute, ce qu'il fonde, ses limites.
- Enjeu moral : le texte renverse l'idée commune que le mal vient de passions fortes ; il vient d'une indulgence qui fausse le jugement. L'intellectualisme moral socratique est à l'œuvre.
- Enjeu pédagogique : on ne devient juste que par l'examen de soi et la recherche d'un maître ; la connaissance de soi (« connais-toi toi-même ») passe par la mise en cause de l'amour-propre.
- Discussion : Aristote (Éthique à Nicomaque, IX, 8) distingue l'amour de soi vil de celui de l'homme de bien qui s'aime en visant le beau ; Rousseau (Discours sur l'inégalité, note XV) distingue amour de soi et amour-propre ; Kant (Critique de la raison pratique) dénonce la philautie et la présomption, qui font de l'inclination le principe de la volonté.
- Limite : Platon dévalorise toute autonomie du jugement ; l'idée de chercher quelqu'un de « meilleur que lui-même » risque de justifier la tutelle ; Kant exigera de penser par soi-même. On répondra qu'il s'agit d'un dialogue de maître à disciple, non d'une soumission.
RéponsePortée actuelle : l'illusion de savoir, le biais d'auto-complaisance et l'effet Dunning-Kruger confirment l'intuition de Platon.
IntroductionRédiger l'introduction de l'explicationTouche pour voir la correction
À retenir Introduction : situer l'auteur et le texte, énoncer le problème, donner la thèse, annoncer le mouvement.
- Modèle d'ouverture : Nous jugeons volontiers les autres durement et nous-mêmes avec indulgence. Dans les Lois, dialogue de la vieillesse de Platon consacré aux fondements d'une cité bien gouvernée, l'Athénien s'interroge sur l'origine de nos fautes. Il l'identifie dans l'amour excessif de soi, qui rend aveugle au juste et nous fait prendre notre ignorance pour de la sagesse. La question est donc de savoir comment un défaut aussi naturel peut fausser le jugement et comment s'en défaire. Platon soutient que cet excès d'amour de soi est la cause de toutes les fautes et que seule la recherche d'un plus savant que soi nous en guérit. Nous verrons d'abord le diagnostic d'un mal inaperçu, puis son mécanisme (l'aveuglement et l'illusion de savoir), enfin le remède.
RéponseNous jugeons volontiers les autres durement et nous-mêmes avec indulgence. Dans les Lois, dialogue de la vieillesse de Platon consacré aux fondements d'une cité bien gouvernée, l'Athénien s'interroge sur l'origine de nos fautes. Il l'identifie dans l'amour excessif de soi, qui rend aveugle au juste et nous fait prendre notre ignorance pour de la sagesse. La question est donc de savoir comment un défaut aussi naturel peut fausser le jugement et comment s'en défaire. Platon soutient que cet excès d'amour de soi est la cause de toutes les fautes et que seule la recherche d'un plus savant que soi nous en guérit. Nous verrons d'abord le diagnostic d'un mal inaperçu, puis son mécanisme (l'aveuglement et l'illusion de savoir), enfin le remède.
ConclusionRédiger la conclusion de l'explicationTouche pour voir la correction
À retenir Bilan de la thèse établie, puis portée ou discussion brève.
- Rédaction possible : Platon montre que la faute est d'abord une erreur de jugement dont l'origine est l'amour excessif de soi : celui-ci préfère l'intérêt au vrai et entretient l'illusion de savoir. Il n'en conclut pas qu'il faille se haïr, mais qu'il faut se décentrer et chercher quelqu'un de meilleur que soi. L'humilité intellectuelle est donc la condition de la justice et du savoir. Reste à se demander si cette recherche d'un meilleur que soi ne peut pas aussi devenir une forme de dépendance, d'où l'exigence kantienne de penser par soi-même.
RéponsePlaton montre que la faute est d'abord une erreur de jugement dont l'origine est l'amour excessif de soi : celui-ci préfère l'intérêt au vrai et entretient l'illusion de savoir. Il n'en conclut pas qu'il faille se haïr, mais qu'il faut se décentrer et chercher quelqu'un de meilleur que soi. L'humilité intellectuelle est donc la condition de la justice et du savoir. Reste à se demander si cette recherche d'un meilleur que soi ne peut pas aussi devenir une forme de dépendance, d'où l'exigence kantienne de penser par soi-même.
Vérification Le texte est tiré des Lois (livre V, début), repère classique ; le sujet ne l'indique pas, à ne mentionner que comme contexte.
Piège Piège : Platon ne condamne pas tout amour de soi, mais son excès. Ne pas attribuer au texte une condamnation de l'individu ni un éloge de la soumission. Le texte ne comporte pas de numéros de ligne : ne pas en citer.
Autres sujets de Philosophie (Bac 2025)
- Bac 2025 – Philosophie – Amérique du Nord (remplacement)
- Bac 2025 – Philosophie – Amérique du Nord
- Bac 2025 – Philosophie – Amérique du Sud
- Bac 2025 – Philosophie – Antilles-Guyane
- Bac 2025 – Philosophie – Asie
- Bac 2025 – Philosophie – Centres étrangers
- Bac 2025 – Philosophie – Métropole – Sujet 1 (remplacement)
- Bac 2025 – Philosophie – Métropole – Sujet 1