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Bac 2026

SES – Antilles-Guyane 2026 – Sujet 1 : correction détaillée

Spécialité SES · 4 h · coefficient 16 · au choix : dissertation sur dossier OU épreuve composée (4 + 6 + 10 pts)

Corrigé

Correction rédigée par l'équipe BAC Révision, non officielle. Les énoncés sont reformulés avec leurs données : refais toujours les calculs et compare avec ton professeur.

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Exercice 1 : Dissertation : le commerce international ne s'explique-t-il que par des échanges entre pays à spécialisations différentes ?20 points

Sujet au choix (à la place de l'épreuve composée). Dossier de quatre documents : échanges France-Argentine (doc. 1), principaux partenaires commerciaux de la France (doc. 2), échanges franco-allemands par produits (doc. 3), répartition des tâches de fabrication de l'A320 (doc. 4). Le mot « que » invite à une discussion : la théorie des avantages comparatifs explique une partie des échanges, mais pas tous.

Documents du sujet Cet exercice s'appuie sur des figures ou documents du sujet : Document 3 : échanges commerciaux franco-allemands par produits, 2023, en % du total ; Document 4 : répartition des tâches productives pour la fabrication de l'A320. Ils sont affichés avec la correction dans l'application.

1Analyser le sujet : définir les termes, formuler une problématique et construire l'introduction.Touche pour voir la correction

À retenir Une introduction de dissertation comprend : accroche, définition des termes, problématique, annonce du plan. Ici le piège est le « que » : il demande d'examiner si la spécialisation différente est l'unique explication.

Démarche
  1. Définitions : commerce international = ensemble des échanges de biens et de services entre agents de pays différents (exportations et importations) ; spécialisation = concentration d'un pays sur la production des biens qu'il produit le plus efficacement ; échanges inter-branches = échanges de produits différents (ex. France-Argentine : produits chimiques et machines contre produits alimentaires) ; échanges intra-branches = échanges de produits similaires de la même branche (ex. voitures contre voitures).
  2. Mise en tension : la théorie ricardienne (avantages comparatifs) et la théorie HOS (dotations en facteurs) expliquent les échanges inter-branches entre pays différents ; mais une grande partie du commerce mondial a lieu entre pays proches et semblables, sur des produits similaires, ce que ces théories n'expliquent pas.
  3. Problématique possible : dans quelle mesure la spécialisation différente des pays suffit-elle à expliquer le commerce international, ou faut-il y ajouter d'autres déterminants (différenciation des produits, demande de variété, fragmentation des chaînes de valeur) ?
  4. Plan : I. Les différences de spécialisation expliquent une partie importante des échanges (inter-branches) ; II. Mais le commerce international s'explique aussi par des échanges entre pays aux productions similaires (intra-branche) et par la fragmentation internationale des processus de production.
  5. Rédaction possible : « En 2024, la France exporte 78,2 milliards d'euros vers l'Allemagne et en importe 86,4 : elle échange donc avant tout avec un pays dont l'économie lui ressemble. Or la théorie des avantages comparatifs enseigne que les pays gagnent à se spécialiser dans des productions différentes. Le commerce international, c'est-à-dire l'ensemble des échanges de biens et de services entre pays, ne s'explique-t-il alors que par ces spécialisations différentes ? Nous verrons d'abord que les écarts de spécialisation expliquent une part des échanges, puis que d'autres logiques, intra-branche et fragmentation des chaînes de valeur, y contribuent tout autant. »

RéponseProblématique : la différence de spécialisation est-elle la seule explication du commerce international ? Plan en deux parties : I. Des échanges qui s'expliquent par des spécialisations différentes ; II. Des échanges aussi entre pays semblables et au sein de chaînes de valeur fragmentées.

Piège Ne pas se contenter de réciter Ricardo : le sujet demande une réponse nuancée. Un plan à sens unique (tout par les spécialisations) est hors sujet. La tournure « ne… que » du libellé exprime une restriction : c'est elle qui appelle la discussion.

2Développement, partie I : montrer que les spécialisations différentes expliquent une partie du commerce international.Touche pour voir la correction

À retenir Selon Ricardo, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production où son désavantage est le plus faible ou son avantage le plus fort (avantage comparatif) ; selon HOS, il exporte les biens intensifs en facteur abondant. Les échanges sont alors inter-branches.

Démarche
  1. Argument 1 : les avantages comparatifs (Ricardo) ; l'échange permet à chaque pays de gagner en consommant plus qu'en autarcie, même si l'un est plus efficace partout. Appuyer sur les dotations factorielles : pays riches en capital et en main-d'œuvre qualifiée exportent des biens à forte valeur technologique, pays riches en terres ou ressources exportent des produits primaires.
  2. Document 1 : la France exporte vers l'Argentine des produits chimiques (374 millions de dollars), du matériel de transport (316) et des machines (181), et importe des produits alimentaires (100), des produits végétaux (68,4) et des produits agricoles, sylvicoles et de la pêche (35,8) : échanges inter-branches, spécialisations opposées (industrie à forte valeur ajoutée contre produits agricoles).
  3. Document 2 : la France a un excédent commercial avec le Royaume-Uni (37,8 exportés contre 26,9 importés) et un fort déficit avec la Chine (24,3 contre 70,9, soit un déficit d'environ 46,6 milliards d'euros) : la Chine, spécialisée dans les biens manufacturés intensifs en main-d'œuvre et en capital, est un fournisseur majeur.
  4. Argument 2 (nuance de fin de partie) : la spécialisation peut aussi résulter d'avantages construits (économies d'échelle, apprentissage, innovation), pas seulement de dotations naturelles ; mais ces échanges restent expliqués par des différences de position productive.
  5. Transition : toutefois, le document 2 montre que les premiers partenaires de la France sont l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, l'Espagne, c'est-à-dire des pays proches et semblables : la différence de spécialisation ne peut donc suffire.

RéponseLes échanges inter-branches (France-Argentine, France-Chine) s'expliquent par les avantages comparatifs et les dotations factorielles : chaque pays exporte ce qu'il produit à moindre coût relatif.

Vérification Calcul vérifié : 70,9 − 24,3 = 46,6 milliards d'euros de déficit avec la Chine ; 37,8 − 26,9 = 10,9 milliards d'excédent avec le Royaume-Uni.

3Développement, partie II : montrer que le commerce international s'explique aussi par d'autres logiques que la différence de spécialisation.Touche pour voir la correction

À retenir Le commerce intra-branche (échange de produits similaires, différenciés par la qualité, la marque ou la variété) représente une part majeure du commerce entre pays développés. La fragmentation internationale de la chaîne de valeur (FICV) multiplie les échanges de biens intermédiaires au sein d'une même firme ou d'un même réseau.

Démarche
  1. Argument 1 : l'intra-branche. Document 3 : en 2023, le matériel de transport représente 24,8 % des importations françaises depuis l'Allemagne et environ 24,3 % des exportations françaises vers l'Allemagne ; les mêmes catégories de produits figurent des deux côtés : machines (environ 14,4 % des importations et 8,5 % des exportations), produits métallurgiques et mécaniques (environ 10,0 % et 9,1 %), produits chimiques, parfums et cosmétiques (environ 11,0 % et 11,7 %). La France et l'Allemagne s'échangent donc des produits de la même branche.
  2. Explication : différenciation des produits (qualité, marque, gamme), demande de variété des consommateurs, économies d'échelle (Krugman) ; la concurrence monopolistique pousse chaque pays à produire des variétés différentes d'un même bien et à les échanger.
  3. Document 2 : l'Allemagne, les États-Unis, l'Italie, la Belgique, l'Espagne sont les premiers partenaires et les échanges y sont dans les deux sens, de montants voisins (78,2 exportés pour 86,4 importés avec l'Allemagne) : signe d'échanges croisés entre économies proches.
  4. Argument 2 : la fragmentation internationale du processus productif. Document 4 : un A320 est fabriqué en répartissant les tâches entre la France (fuselage avant, fuselage central avant, caisson central des ailes, pylônes de moteurs), l'Allemagne (fuselage central, stabilisateur vertical, cône de queue, volets), l'Espagne (stabilisateur horizontal) et le Royaume-Uni (ailes) : chaque pays se spécialise dans une tâche et non dans un produit final.
  5. Conséquence : le commerce international est en partie un commerce de biens intermédiaires entre filiales ou sous-traitants d'une même firme (commerce intra-firme) ; ce n'est pas une spécialisation entre branches mais entre segments de chaîne, motivée par la minimisation des coûts et l'accès aux compétences.
  6. Rédaction possible : « Le document 4 montre qu'un avion n'est plus produit par un seul pays : les ailes viennent du Royaume-Uni, le fuselage central d'Allemagne, l'avant de France. Le commerce international ne se réduit donc pas à l'échange de produits finis entre pays spécialisés dans des branches différentes. »
  7. Conclusion possible : la spécialisation différente reste le socle explicatif du commerce inter-branches, mais elle est insuffisante ; les échanges intra-branche et la fragmentation des chaînes de valeur expliquent une part majeure du commerce entre pays développés.

RéponseNon, le commerce international ne s'explique pas que par des spécialisations différentes : il repose aussi sur les échanges intra-branches (France-Allemagne, doc. 3) et sur la fragmentation des chaînes de valeur (A320, doc. 4).

Piège Les pourcentages du document 3 sont lus sur un graphique en barres : la valeur de 24,8 % est étiquetée ; les autres valeurs sont mesurées à ±0,1 point près, d'où le « environ ».

Exercice 2 : Épreuve composée, partie 1 : croissance soutenable et limites écologiques4 points

Question de mobilisation des connaissances : « Vous montrerez qu'une croissance économique soutenable se heurte à des limites écologiques. » Rédiger un court développement structuré (5 à 15 lignes) avec notions et exemples, sans document.

1Montrer qu'une croissance économique soutenable se heurte à des limites écologiques.Touche pour voir la correction

À retenir Croissance soutenable (ou durable) : croissance qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures (rapport Brundtland, 1987). Elle suppose la préservation des trois formes de capital : physique, humain, naturel (et social).

Démarche
  1. Définir : croissance soutenable = croissance qui préserve les capacités productives futures, notamment le capital naturel ; limites écologiques = épuisement des ressources non renouvelables, dégradation de la biodiversité, pollutions, changement climatique, dépassement des limites planétaires.
  2. Premier argument : le capital naturel n'est pas parfaitement substituable au capital artificiel (soutenabilité forte) ; certaines ressources (pétrole, métaux, eau, sols fertiles) s'épuisent ou ne se renouvellent pas assez vite.
  3. Deuxième argument : la croissance génère des externalités négatives (émissions de gaz à effet de serre, pollution de l'eau et de l'air, déchets) qui dégradent le climat et la biodiversité ; la croissance mondiale reste fortement corrélée aux émissions, malgré un découplage relatif dans certains pays.
  4. Troisième argument : effet rebond et limites du progrès technique (une technique plus économe incite à consommer plus) ; les limites planétaires (Rockström) sont dépassées pour plusieurs processus (changement climatique, biodiversité, cycle de l'azote).
  5. Conclure : réconcilier croissance et environnement suppose des politiques (taxe carbone, marché de quotas, subventions à l'innovation verte, normes, réglementation) pour internaliser les externalités.

RéponseLa croissance soutenable se heurte à des limites écologiques parce qu'elle consomme du capital naturel (ressources non renouvelables, climat, biodiversité), génère des externalités négatives et voit son découplage limité par l'effet rebond et par la faible substituabilité du capital naturel.

Piège Ne pas confondre croissance soutenable (concept) et développement durable (plus large, inclut l'équité). Citer au moins une notion précise (limites planétaires, soutenabilité forte/faible, découplage, effet rebond).

Exercice 3 : Épreuve composée, partie 2 : étude d'un document (catégories socioprofessionnelles)6 points

Courbes INSEE : part des catégories socioprofessionnelles dans l'emploi total, de 1982 à 2023 (France hors Mayotte). Lectures à ±0,5 point : cadres environ 8 % en 1982 et 22 % en 2023 ; ouvriers environ 30 % en 1982 et 19 % en 2023.

Documents du sujet Cet exercice s'appuie sur des figures ou documents du sujet : Catégories socioprofessionnelles des personnes en emploi, en % de l'emploi total, de 1982 à 2023. Ils sont affichés avec la correction dans l'application.

2.1À l'aide des données du document et d'un calcul simple, comparer l'évolution de la part des « cadres » à celle des « ouvriers ». (2 points)Touche pour voir la correction

À retenir Pour comparer deux évolutions : donner les valeurs de départ et d'arrivée, puis un calcul (différence en points de pourcentage, coefficient multiplicateur ou taux de variation) et interpréter.

Démarche
  1. Lire les valeurs : cadres 8 % en 1982, environ 22 % en 2023 ; ouvriers environ 30 % en 1982, environ 19 % en 2023.
  2. Calcul pour les cadres : coefficient multiplicateur 22 / 8 ≈ 2,75, soit une part presque multipliée par 2,8 (+14 points de pourcentage).
  3. Calcul pour les ouvriers : 19 − 30 = −11 points de pourcentage ; taux de variation de la part ≈ (19 − 30) / 30 ≈ −37 %.
  4. Interpréter : en quarante ans, les cadres ont vu leur part dans l'emploi presque tripler tandis que celle des ouvriers a baissé d'un tiers environ ; les courbes se croisent en 2019 : les cadres deviennent plus nombreux que les ouvriers.
  5. Rédaction possible : « Entre 1982 et 2023, la part des cadres dans l'emploi total passe d'environ 8 % à 22 %, soit une multiplication par près de 2,8, alors que celle des ouvriers recule de 30 % à 19 %, soit une baisse d'environ 37 %. Les cadres sont désormais plus nombreux que les ouvriers. »

RéponsePart des cadres : environ ×2,8 (de 8 % à 22 %, +14 points) ; part des ouvriers : environ −37 % (de 30 % à 19 %, −11 points). Les cadres dépassent les ouvriers depuis 2019.

Vérification Valeurs lues graphiquement (mesurées à ±0,5 point près) : un calcul avec des valeurs voisines est accepté. 22/8 = 2,75 ; (19−30)/30 = −36,7 %.

Piège Ne pas confondre points de pourcentage (différence entre deux parts) et pourcentage de variation (évolution relative).

2.2À l'aide des données du document et de vos connaissances, présenter quatre facteurs d'évolution de la structure socioprofessionnelle depuis la seconde moitié du XXe siècle. (4 points)Touche pour voir la correction

À retenir La structure socioprofessionnelle (répartition de la population active par PCS) évolue sous l'effet de la tertiarisation, de l'élévation du niveau de formation, du progrès technique et de la féminisation de l'emploi (entre autres).

Démarche
  1. Facteur 1 : la tertiarisation de l'économie, c'est-à-dire la croissance des services dans la valeur ajoutée et l'emploi, explique la hausse de la part des employés (environ 26 % à plus de 30 % en 2000-2010) et des professions intermédiaires (environ 19 % à 25 %).
  2. Facteur 2 : le recul de l'agriculture et de l'industrie (désindustrialisation, mécanisation, gains de productivité, délocalisations) : la part des agriculteurs passe de 7-8 % à environ 1,5 %, celle des ouvriers de 30 % à 19 %.
  3. Facteur 3 : l'élévation du niveau de formation (massification scolaire) et le progrès technique qui exigent des qualifications plus élevées : la part des cadres et des professions intermédiaires croît ; les emplois d'exécution peu qualifiés se raréfient dans l'industrie.
  4. Facteur 4 : la salarisation et la féminisation de l'emploi : l'arrivée des femmes sur le marché du travail alimente les emplois d'employés (services à la personne, commerce, administration) ; la part des artisans, commerçants et chefs d'entreprise baisse de 8 % environ en 1982 à 5 % vers 2000-2010, puis remonte à environ 6,8 % en 2023 (document) avec le développement du micro-entrepreneuriat (connaissance).
  5. Rédaction possible : « Le document montre que la part des employés est passée d'environ 26 % en 1982 à plus de 30 % au début des années 2000 ; ce mouvement s'explique d'abord par la tertiarisation, c'est-à-dire par le poids croissant des services dans l'économie. De même, la part des ouvriers a reculé de 30 % à 19 % du fait de la désindustrialisation et des gains de productivité, tandis que celle des cadres a presque triplé sous l'effet de l'élévation du niveau de formation et du progrès technique. Enfin, la féminisation de l'emploi a nourri l'essor des emplois d'employés. »

RéponseQuatre facteurs : tertiarisation, recul de l'agriculture et désindustrialisation (gains de productivité, mécanisation), élévation du niveau de formation et progrès technique, féminisation et salarisation de l'emploi.

Piège Chaque facteur doit être illustré par une donnée du document ET une explication tirée du cours ; une simple liste ne rapporte pas tous les points.

Exercice 4 : Épreuve composée, partie 3 : les évolutions du travail et de l'emploi affaiblissent le pouvoir intégrateur du travail10 points

Raisonnement sur dossier : « À l'aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que certaines évolutions du travail et de l'emploi affaiblissent le pouvoir intégrateur du travail. » Trois documents : part des CDD et de l'intérim, 1982-2017 (doc. 1) ; chômage de longue durée, 1975-2024 (doc. 2) ; extrait de S. Paugam, Le salarié de la précarité, 2007 (doc. 3). Il faut composer une introduction, un développement en deux ou trois parties, une conclusion.

Documents du sujet Cet exercice s'appuie sur des figures ou documents du sujet : Document 1 : part des CDD et de l'intérim dans l'emploi salarié total, 1982-2017 ; Document 2 : taux de chômage de longue durée en France, 1975-2024. Ils sont affichés avec la correction dans l'application.

3.1Introduction : définir le pouvoir intégrateur du travail, formuler la problématique, annoncer le plan.Touche pour voir la correction

À retenir Le travail est un vecteur d'intégration sociale (Durkheim : solidarité organique ; Paugam : intégration professionnelle) : il procure un revenu, une protection sociale, des liens sociaux, une identité et une reconnaissance.

Démarche
  1. Définitions : pouvoir intégrateur du travail = capacité du travail à insérer les individus dans la société en leur donnant revenu, statut, droits sociaux (cotisations, protection), relations sociales et sentiment d'utilité ; précarité = situation d'instabilité de l'emploi ou du revenu ; CDD = contrat à durée déterminée ; intérim = travail temporaire.
  2. Problématique : en quoi les transformations contemporaines du travail et de l'emploi (précarisation, chômage de longue durée, insatisfaction au travail) fragilisent-elles son rôle d'intégration ?
  3. Plan : I. La précarisation de l'emploi (CDD, intérim) réduit la stabilité et les protections ; II. Le chômage de longue durée exclut et isole ; III. L'intégration est aussi affaiblie par la qualité du travail lui-même (insatisfaction, inégalités entre catégories).
  4. Rédaction possible : « Depuis les années 1980, le travail n'est plus seulement un revenu : il confère des droits, un statut et des liens. Pourtant, la part des CDD et de l'intérim dans l'emploi salarié a plus que doublé entre 1982 et 2017. Dans quelle mesure les évolutions du travail et de l'emploi affaiblissent-elles son pouvoir intégrateur ? Nous verrons d'abord que la précarisation de l'emploi (contrats courts) fragilise l'intégration, ensuite que le chômage de longue durée exclut durablement, enfin que la qualité inégale du travail limite son rôle intégrateur. »

RéponseProblématique : en quoi les évolutions du travail et de l'emploi affaiblissent-elles son rôle d'intégration sociale ? Plan : I. précarisation par les contrats courts ; II. chômage de longue durée et exclusion ; III. qualité du travail et insatisfaction.

3.2Développement, partie I : le développement des formes particulières d'emploi (CDD, intérim) fragilise l'intégration professionnelle (document 1).Touche pour voir la correction

À retenir Les formes particulières d'emploi (CDD, intérim, temps partiel subi) s'écartent du CDI : moindre sécurité, moindres perspectives de carrière, accès difficile au crédit et au logement, faible reconnaissance et moindre intégration à la communauté de travail.

Démarche
  1. Document 1 : la part de l'ensemble CDD + intérim dans l'emploi salarié passe d'environ 5,5 % en 1982 à environ 13,8 % en 2017 (soit presque ×2,5) ; les CDD passent d'environ 5 % à environ 10,8 %, l'intérim de 0,5 % à environ 3 %.
  2. Rythme : creux en 1984 (environ 5 %) et en 1991 (environ 7,8 %), forte hausse jusqu'en 2000 (environ 12,5 %), léger repli puis plateau entre 11,2 et 12,2 % de 2001 à 2013 (creux d'environ 11,2 % en 2004 puis 11,4 % en 2009, effet de la crise), nouvelle hausse à partir de 2014 jusqu'à environ 13,8 % en 2017 : le phénomène est structurel malgré les cycles.
  3. Conséquences pour l'intégration : instabilité des revenus, accès restreint aux droits sociaux (indemnisation chômage conditionnée à la durée d'activité), difficulté à se projeter (logement, crédit), moindre accès à la formation, faible intégration à l'entreprise (syndicats, collectifs) ; Paugam parle de « précarité de l'emploi ».
  4. Dualisation du marché du travail : théorie de la segmentation ou des « insiders et outsiders » : les salariés en CDI sont protégés, les jeunes, les moins qualifiés et les femmes cumulent plus souvent contrats courts et temps partiel.

RéponseLa part des CDD et de l'intérim dans l'emploi salarié passe de 5,5 % à 13,8 % entre 1982 et 2017 : cette précarisation fragilise l'intégration (revenus incertains, droits sociaux, perspectives).

Vérification Valeurs lues sur le graphique (mesurées à ±0,2 point près).

3.3Développement, partie II : le chômage de longue durée exclut durablement du travail et affaiblit les liens sociaux (document 2).Touche pour voir la correction

À retenir Le chômage de longue durée (plus d'un an) fait perdre revenus, qualifications et réseau, et conduit à la désaffiliation (Castel) ou à la disqualification sociale (Paugam).

Démarche
  1. Document 2 : le taux de chômage de longue durée passe d'environ 0,4 % de la population active en 1975 à environ 3,1 % en 1987, culmine à environ 3,6 % en 1998, redescend vers 1,8 % en 2008, remonte à environ 3,2 % en 2016, puis retombe à environ 1,7 % en 2024.
  2. Lecture : même au plus bas, il reste supérieur à son niveau de 1975 ; la chute récente est conjoncturelle et n'efface pas l'existence d'un noyau durable de personnes éloignées de l'emploi.
  3. Conséquences : perte de revenu et de droits (fin d'indemnisation), perte de compétences (dévalorisation du capital humain), isolement social, perte d'estime de soi ; disqualification sociale (Paugam) et désaffiliation (Castel : rupture du lien au travail et du lien social).
  4. Effet d'hystérèse : plus la durée de chômage est longue, plus le retour à l'emploi est difficile (stigmatisation des employeurs), ce qui entretient l'exclusion.

RéponseLe chômage de longue durée, passé de 0,4 % en 1975 à un pic de 3,6 % en 1998, puis encore 3,2 % en 2016, prive une partie de la population active du revenu, du statut et du réseau que procure l'emploi : il affaiblit l'intégration.

Vérification Valeurs lues sur la courbe (mesurées à ±0,1 point près) ; en 2024 environ 1,7 %.

3.4Développement, partie III et conclusion : la qualité du travail et ses inégalités affaiblissent aussi son rôle intégrateur (document 3).Touche pour voir la correction

À retenir Le travail intègre par sa qualité (satisfaction, reconnaissance, conditions) et pas seulement par le fait d'avoir un emploi ; l'intégration professionnelle diffère selon les catégories sociales (Paugam : intégration assurée, incertaine, laborieuse, disqualifiante).

Démarche
  1. Document 3 (Paugam, 2007) : environ 85 % des salariés se disent satisfaits du travail en lui-même, mais la proportion varie de 65 % chez les ouvriers non qualifiés à 95 % chez les cadres : le travail n'épanouit pas de façon identique selon les milieux.
  2. L'insatisfaction dans le travail est fortement corrélée à l'insatisfaction salariale ; les ouvriers non qualifiés et certains employés cumulent plusieurs insatisfactions : c'est le paradoxe de l'intégration professionnelle contemporaine, où l'on tient à l'emploi pour le statut malgré la frustration.
  3. Interprétation : le travail intègre alors par le statut social et non plus par l'épanouissement ; l'intégration est « laborieuse » ou « incertaine » pour une partie des salariés (Paugam).
  4. Autres évolutions à mobiliser : intensification du travail, précarité des conditions, montée des contrats atypiques, uberisation, télétravail et affaiblissement des collectifs, déclin syndical.
  5. Conclusion possible : les évolutions du travail (contrats courts, chômage de longue durée, inégalités de qualité du travail) affaiblissent le pouvoir intégrateur du travail ; celui-ci reste néanmoins un puissant vecteur d'intégration (revenu, protection sociale, statut), ce que montre la persistance de l'attachement à l'emploi, y compris chez les salariés insatisfaits.

RéponseLe travail intègre de façon inégale : la satisfaction passe de 65 % (ouvriers non qualifiés) à 95 % (cadres) et beaucoup de salariés tiennent à l'emploi par statut plus que par épanouissement ; ces évolutions affaiblissent la fonction intégratrice du travail sans la supprimer.

Piège Garder un point de vue nuancé : le sujet demande de « montrer que certaines évolutions affaiblissent » le pouvoir intégrateur, pas qu'il disparaît. La conclusion doit rappeler que le travail reste central.

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